Des élections générales anticipées au Vanuatu et reportées aux Salomon

océan pacifique
Bob Loughman, Premier ministre du Vanuatu et Manasseh Sogavare, Premier ministre des îles Salomon
Bob Loughman, Premier ministre du Vanuatu et Manasseh Sogavare, Premier ministre des îles Salomon. ©Hulaire Bule et CC
Des élections anticipées se tiendront, jeudi 13 octobre, au Vanuatu. La dissolution du Parlement a été approuvée, vendredi 9 septembre. A contrario, des élections sont repoussées de mai 2023 à 2024, au plus tôt, aux Salomon, où la Constitution a été amendée pour maintenir le Premier ministre.

Processus politiques compliqués au Vanuatu et aux îles Salomon, deux archipels voisins de la Nouvelle-Calédonie. Au Vanuatu, les élections générales auront lieu, le 13 octobre, après que la Cour suprême a approuvé, vendredi 9 septembre, la décision controversée du président Nikenike Vurobaravu de dissoudre le Parlement deux ans plus tôt que prévu. L'opposition estime que cette décision a été insufflée par le Premier ministre Bob Loughman pour éviter un vote de défiance qu'il aurait pu perdre.

Le président de la haute juridiction Vincent Lunabeck a rejeté une plainte déposée par l'opposition, qui soutenait que la dissolution du Parlement par le président Nikenike Vurobaravu était fondée sur un avis inconstitutionnel et illégal du cabinet de Bob Loughman. La date des élections générales étant déjà fixée, ces dernières auront lieu 2 ans plus tôt que prévu.  "Nous sommes d'avis que le droit du peuple du Vanuatu à exprimer démocratiquement ses opinions lors des élections du nouveau Parlement doit être la priorité", a déclaré Vincent Lunabeck, en rendant son verdict.

Une victoire pour le gouvernement du Vanuatu et une opposition inquiète

"Le gouvernement estime que notre meilleure option est de réinitialiser le pays par le biais d'élections rapides", a commenté le porte-parole du Premier ministre, Fred Vurobaravu, ajoutant qu'il n'y aurait eu "aucune garantie de stabilité" si le tribunal avait donné raison à l'opposition.

Cette décision aujourd'hui est interprétée par le gouvernement comme une victoire de l'intérêt national et commun sur les intérêts personnels

Fred Vurobaravu, porte-parole du Premier ministre du Vanuatu

"Nous espérions annuler la dissolution et retourner au Parlement pour terminer le travail qui reste, mais la cour a confirmé la dissolution et nous la respecterons", a affirmé de son côté l'ancien chef de l'opposition Ralph Regenvanu. "Nous sommes inquiets du précédent", a-t-il néanmoins dit, ajoutant vouloir "attendre d'étudier en profondeur le jugement écrit et voir si nous voulons faire appel de la décision ou simplement procéder aux élections anticipées."

Pas de scrutin avant 2024, au plus tôt, aux Salomon

Aux îles Salomon, le Premier ministre Manasseh Sogavare, favorable à Pékin, a obtenu l'aval du Parlement, jeudi 8 septembre, pour reporter les élections jusqu'en 2024, au plus tôt, ce que l'opposition interprète comme une volonté de porter atteinte à la démocratie. Le projet controversé d'amendement de la Constitution a été approuvé par les deux-tiers des parlementaires, autorisant ainsi le Premier ministre à rester à la tête du gouvernement au moins sept mois de plus.

Le scrutin devait se tenir en mai 2023, mais Manasseh Sogavare a affirmé que son gouvernement n'est pas en capacité d'assurer la tenue d'un scrutin national et d'accueillir les Jeux du Pacifique, une compétition sportive, la même année. Sa proposition de report a été vue comme un recul de la démocratie dans une nation qui s'est récemment rapprochée du gouvernement autoritaire chinois.

Un appel au calme lancé par la police

Jeudi dernier, lors du débat devant le Parlement de ce projet de loi, le chef de l'opposition Matthew Wale a accusé le gouvernement de transformer sa "majorité démocratique en une tyrannie du nombre qui prend en otage le processus parlementaire". Matthew Wale a qualifié ce texte de "subterfuge" de la part de Manasseh Sogavare pour rester au pouvoir "aux dépens des électeurs".

Le peuple des îles Salomon doit se souvenir - et se souviendra - de ce triste jour où le gouvernement a abusé, sans raison valable, du Parlement au profit d'un coup de force du Premier ministre.

Matthew Wale, chef de l'opposition aux îles Salomon

Un important dispositif policier a été déployé dans les rues de la capitale Honiara avant le vote du Parlement, par crainte que ne se reproduisent les violentes émeutes de l'an passé. Dans un communiqué, la police des îles Salomon a appelé au calme et a renforcé les effectifs des forces de l'ordre dans les rues "afin de garantir le maintien de l'ordre public et de gérer rapidement tout problème d'ordre public".