Du cuivre au bacon en passant par le nickel : la flambée des matières premières impacte les consommateurs

consommation
nickel
Plaque de cuivre du groupe franco-belge Umicore en Belgique ©Alain Jeannin

Boom de la demande, embouteillages logistiques, dollar faible: les prix des matières premières flambent, du cuivre, à un sommet en dix ans ou du nickel en hausse de 40 % sur un an, au porc, goûté plus que jamais pour son bacon au petit déjeuner des Américains en télétravail.

Selon l'indice Bloomberg des prix des matières agricoles, les prix des céréales ont grimpé de 22% sur un an, au plus haut depuis 2016. Et les métaux industriels ne sont pas en reste : +92% pour le cuivre, +88% pour l'étain, +63% pour l'aluminium, +48% pour le nickel.

Le cours du pétrole brut a pris 30% depuis un an. Celui du bois de construction a triplé au cours des douze derniers mois. La fédération des constructeurs aux Etats-Unis a même averti qu'il en coûtait désormais 36.000 dollars de plus en moyenne pour bâtir la charpente d'une maison.

Le cours du cuivre, dont la demande reflète l'état de santé de l'économie mondiale, a battu cette semaine un record vieux de dix ans, porté par l'appétit chinois et la faiblesse du dollar. Dans le sillage du "roi des métaux", le cours du nickel destiné à l'acier et aux batteries des véhicules électriques a monté de 7,39 % la semaine dernière.

L'étain, prisé pour les circuits électroniques, les composants automobiles, les batteries, est également au plus haut depuis 2011, ayant doublé son prix en un an.

Les raisons à ces hausses sont variées

Pour le pétrole, la demande mondiale accélère avec la réouverture des économies, "la Chine et la locomotive américaine dépassant de loin l'ampleur du ralentissement en Inde", submergée par l'épidémie de Covid-19, remarque Bjornar Tonhaugen de Rystad Energy.

"Le pétrole brut semble inattaquable", écrit Bart Melek de TD Securities, alors que le cours du baril de Brent s'est rapproché cette semaine du seuil des 70 dollars.

A la pompe, le prix de l'essence aux Etats-Unis est passé de 1,77 dollar le gallon (3,8 litres) il y a un an, à 2,89 dollars aujourd'hui, selon l'association automobile AAA.

Pour le nickel, il s’agit principalement de la demande pour les batteries des véhicules électriques, les éoliennes, les produits de l'acier inoxydable alors que ces marchés sont en forte croissance et qu’elle devrait s’accélérer.

Pénurie de conteneurs 

Pour le sucre, c'est la pénurie de conteneurs et les goulets d'étranglement dans les ports qui poussent les prix, tandis que le maïs, le soja et le blé connaissent aussi des problèmes de livraison.

SUCRE
Un entrepôt de sucre de canne au Brésil ©Andrew Alvarez AFP

Quant au cuivre, il est de plus en plus utilisé dans les infrastructures énergétiques en transition, estime Elijah Oliveros-Rosen de S&P Global Ratings. Tout comme le lithium et le nickel.

Sur les marchés boursiers, les contrats à terme sur ces produits sont en outre des instruments financiers très attractifs pour les investisseurs, dans un contexte de taux d'intérêt très faibles et de modeste rentabilité des bons du Trésor, soulignent les analystes.

Achats spéculatifs

Ces achats spéculatifs sont partiellement déconnectés de la réalité des productions industrielles et des stocks qui restent disponibles en quantité suffisante. Ainsi, plus de 200 000 tonnes de nickel sont disponibles dans les entrepôts mondiaux de la Bourse des métaux de Londres.

Mais ceux qui détiennent ces lots ont tendance à les conserver, à spéculer puis à vendre au bon moment, entrainant une instabilité des cours. De 15 000 à 20 000 dollars pour la tonne de nickel depuis le début de l’année.

"Il y a beaucoup d'argent sur le marché, et lorsque la Fed, la Réserve fédérale américaine, a indiqué en août qu'elle ne relèverait pas les taux de sitôt, elle a autorisé l'inflation à se former", analyse Michael Zuzolo de Global Commodity Analytics and Consulting.

"Ce changement historique de politique monétaire a attiré les investisseurs, en plus des problèmes d'approvisionnement restreints, de logistique et de bond de la demande", ajoute l'analyste des marchés agricoles interrogé par l'AFP. Il souligne aussi que "le dollar faible et le renforcement des monnaies des pays émergents producteurs attirent les flux d'investissements", et les achats de minerai ou de métaux industriels.

Les entreprises stockent 

Les caprices du climat avec la sécheresse en Amérique latine et la vague de froid en Europe ont aussi une influence.

Porc
Tranches de bacon dans un supermarché aux Etats-Unis ©Virginie Montet/AFP

Parmi les hausses de prix les plus spectaculaires, le porc tient le haut du pavé (+51% en un an), selon le département américain de l'Agriculture dans un rapport publié en avril.

Alors qu'on cite souvent la forte demande chinoise pour cette viande, le ministère signale ici "un doublement du prix de la poitrine de porc" depuis la pandémie car "les consommateurs américains prennent davantage leur petit déjeuner à la maison".

Dans ces conditions de tensions sur les marchés, les entreprises tendent à stocker ces matières premières d'avance, poussant encore les prix à la hausse. C’est le cas de la Chine dont les importations de minerai et de ferronickel ont fortement augmenté depuis le début de l’année.

Certains fabricants commencent à "trop" acheter, en raison "de pénuries de matières premières", a signalé vendredi l'indice ISM d'activité manufacturière de la région très industrielle de Chicago. En réalité, c’est une pénurie due à un affolement général et à des achats sans raison, "un peu comme quand on se précipite au supermarché pour faire des stocks et qu’on vide les rayons", commente un analyste londonien à La 1ère.

Cette poussée des coûts est en passe d'atteindre le consommateur aux Etats-Unis, alors que l'inflation a accéléré en mars.

Entre la hausse des plastiques, du papier et du sucre, les grands fabricants comme Procter and Gamble, Kimberly-Clark et Coca-Cola ont tous annoncé qu'ils allaient augmenter leurs prix. "Pour les métallurgistes, c’est plus compliqué, ils ne dictent pas les prix, ils ont plutôt tendance à les subir de la part des producteurs d’acier". "Les fourchettes et les couteaux sont nos premiers contacts avec le métal au quotidien", a rappelé l’économiste Philippe Chalmin pendant l’émission Débat à la Une consacrée au nickel, sur Nouvelle-Calédonie La 1ère.