"Entre chaînes et terre" : l'histoire du bagne calédonien racontée par Louis-José Barbançon

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Entre chaînes et terre
Le bagne calédonien, par l’historien Louis-José Barbançon. À partir d’une photo, l'historien vous raconte, à travers une série de 21 épisodes, intitulée " Entre chaînes et terre ", l'histoire douloureuse de la vie des forçats en Nouvelle-Calédonie.

"DESTINATION EN FACE"
Des forçats canotiers assurent la liaison entre Nouméa et en face, de l’autre côté de la rade, là où, l’on garde les autres gens, ceux que l’on regarde comme autres. Ces gens d’en face, comme on les désigne au temps du bagne, ne sauraient vivre aux côtés des braves gens et demeurent sur l’île avec au milieu, la mer, comme cordon sanitaire, ces gens que l’on reconnait entre tous, à leurs chapeaux de paille et leurs habits grisâtre. 



"LE BOULEVARD DU CRIME"
Le double alignement des cases dortoires du pénitentier dépôt de l’île Nou, officiellement dénommé "Camp central" représente certainement le lieu du bagne calédonien, le plus souvent photographié, dessiné, gravé. Ce cliché d'un photographe australien, datant de 1876, est considéré comme une icône. 



"À L'INTÉRIEUR DES CASES"
Au camp central, les forçats ne sont pas en cellule, ils logent dans des cases. Longues de 21 mètres et larges de 15 mètres, ces cases sont prévues pour 40 à 50 forçats, mais selon les époques, elles peuvent en abriter beaucoup plus. Les condamnés sont logés dans des conditions contraires à l’hygiène due à la surpopulation de condamnés dans ces cases. 



"LA BRIGADE"
En 1885, l’administration pénitentiaire compte plus de 700 agents, qui encadrent 10 500 condamnés et 6 400 libérés, les surveillants militaires, en constituent la colonne vertébrale. À la même date, ils sont 476 agents, dont 6 surveillants principaux, 22 surveillants en chef, et 342 surveillants allant de la troisième à la première classe.



"VIE DE FAMILLE"
La scène se passe à la caserne des surveillants mariés de l'île Nou. Le batiment construit entre 1877 et 1878 s'étend sur 72 mètres de long, et comprend 18 logements de 2 à 3 pièces. Le toit est en tuiles, les gouttières permettent de recueillir l'eau de pluie, stockée dans des citernes qui équipent le soubassement et sont équipeés de pompes à bras. Avec leur traitement à 133 francs par mois, les surveillants de troisième classe qui logent dans cette caserne, malgré la ration, ont bien du mal à faire vivre correctement leur famille, compte tenu du coût des denrées dans la colonie. 



"LA POLICE INDIGÈNE"
Nous sommes à la fin du bagne, les policiers kanaks ne sont plus logés dans des gourbis situés hors de l’enceinte du camp, ils ont intégré, des logements plus fonctionnels. Les tomettes au sol, rappellent celles utilisées dans l’actuel chantier de fouille, à l’arrière de la boulangerie de Nouville. Ils disposent désormais, des lits, de mobilier, et d’uniformes. Ils ont de vraies responsabilités. 



"DES HÔPITAUX"
L’hôpital du Marais à l’île Nou, est l’un des plus beaux établissements de la pénitentiaire. Le Marais, est admirablement situé sur le bord de mer, regardant le large, balayé par les vents marins, abrité par une végétation luxuriante. Un emplacement de choix. Il fût une véritable école de chirurgie pour les jeunes médecins coloniaux. 



"LÉPREUX ET ALIÉNÉS"
En 1890, des cas de lèpre sont constatés parmi les condamnés et il est décidé d’affecter à une léproserie l’ancien poste militaire de la pointe Nord de l’île Nou.
En 1895, 12 lépreux sont recensés, puis une léproserie pénitentiaire est ouverte sur l’île de Bélep où il existait déjà, une léproserie civile. Tous les habitants de Bélep ayant déjà été déplacés sur la Grande Terre. Sur place, la léproserie avec ses payottes, présente l’aspect d’un petit village misérable. 



"L’ABATTOIR"
Au camp Brun, le règlement prévoit que les détenus, travailleront dix heures par jour aux travaux les plus pénibles, et qu’ils pourront être tenus de marcher au pas et à la file depuis le lever jusqu’au coucher du soleil. Qu’ils porteront, une chaîne aux deux jambes, pour les empêcher de courir, que l’accouplement à deux sur les chantiers sera appliqué, toutes les fois que la nature du travail le permettra. Les mauvais traitements y sont tels, que l’administration créée une section de mutilés, car des condamnés se mutilent pour échapper au travail pénible qui leur ait imposé dans le but de rentrer à l’hôpital de l’île Nou. 



"LA BROCHE " 
Il semble qu’on ne puisse pas comprendre le bagne sans un bruit de chaînes. Au bagne, punir les corps, est la solution qui apparaît la plus efficace pour soumettre les hommes. Fer, chaînes, entraves, menottes, barre de justice, coups de martinet ou bastonnades, supprimés en 1880 etc… les moyens ne manquent pas et l’imagination des hommes pour punir leurs semblables ou trouver des prétextes de punition semble sans limite. 



"LA VEUVE"
La macabre silhouette de la guillotine avec son couteau en biseau et ses noirs montants numérotés se détache dans le ciel de l’île Nou. C’est la seconde guillotine utilisée en Nouvelle-Calédonie, un modèle perché. Elle sert pour la première fois le 26 février 1902 pour l’exécution à l’île Nou d’Arthur TESS, matricule 14 128. Cette guillotine qui a été utilisée pour dix neuf exécutions, dont six, de vietnamiens en 1931 à Port-Vila. Celle-ci, est visible au musée de Bourail. 
 



"12 DÉCEMBRE 1931"
Nous sommes le samedi 12 décembre 1931, il n’est pas tout à fait cinq heures du matin, les flamboyants sont en fleurs, il faut beau. En arrière plan, ce sont les murs du camp Est, blanchis à la chaux, fermés par des grilles, surmontés de tessons de bouteilles. Des hommes sont assis, ils portent tous la même tenue règlementaire et tiennent entre leurs mains, un chapeau qui n’est plus de paille. 



"LES CARRIERS"
En cassant des pierres sous un globe de feu d'où la lave ruisselle. Dans un embrasement créé pour les lions, des forçats au poitrail velu jusqu'à l'aisselle, geignant dans leur sueur, creusent de durs sillons. La carrière reste l'une des corvées les plus pénibles. Dans une carrière la tâche est divisée, il y a les carriers mineurs, qui pendant toute la journée ont à soulever d'énormes baramines pour percer la pierre... 


"LA BUTTE CONNEAU"
Le lieu, tire son nom de Théophile Conneau, un marin qui est nommé agent de colonisation avec l’appui de son frère, médecin de Napoléon 3 et qui deviendra capitaine du port de Nouméa. Le travail se fait à la pelle et à la pioche, à la baramine, à la masse, les déblais sont évacués par des wagonnets sur des rails, par la seule force des condamnés. C’est l’un des travaux les plus importants, réalisé par la main d’oeuvre pénale en Nouvelle-Calédonie.

 



"LE MAGASIN CENTRAL"
En 1886, afin de réduire le va et vient de matériel entre l’île Nou et la grande terre, l’administration pénitentiaire prévoit d’agrandir le magasin qu’elle possède, au début de la rue de l’Alma. Ce magasin sert d’entrepôt pour son matériel et abrite également une écurie et une forge. L’agrandissement est prévu au coin de la rue de l’Alma et de la rue de Solférino aujourd’hui rue Galliéni en face de l’actuel parking du banian. 



"LA CHENILLE"
La rue de Rivoli, actuelle Georges Clémenceau, est alors fermée à son extrémité nord par une colline qui entrave toute communication directe avec la Vallée-du-Tir. Son percement est réclamé depuis de nombreuses années par les commerçants de Nouméa. Les travaux accomplis par les forçats sont de grande envergure. Les déblais sont utilisés pour combler la place Courbet qui est reliée au chantier par des rails sur lesquels une corvée de forçats poussent des wagonnets chargés de roches. La chenille, est le nom donné à cet attelage de wagonnets. 



"BAGNES-SUR-MINES" 
C’était l’époque des fameux contrats de chair humaine, lesquels étaient passés entre la Princesse, surnom de l’administration pénitentiaire et les buveurs de sang de la société Le Nickel. Ce cliché anonyme représente des forçats sur une mine dans l’hiver austral. Sous leurs chapeaux de paille, les hommes portent une vareuse de laine grise par dessus leurs traditionnelles chemises de coton, d’autres sont enroulés dans leurs couvertures. À leurs pieds, des godillots fabriqués dans les ateliers de la pénitentiaire, il fait froid sur le grand plateau à Thio et sur les autres mines de nickel. 


 

"EN CONCESSION"
À la fin des années 1880, deux libérés, à la fois concessionnaires, imprimeurs, hôteliers et photographes à Bourail, sont chargés par l’administration pénitentiaire d’un reportage photographique. Ils réalisent plusieurs clichés, des bâtiments construits sommairement en torchis ouverts à tous les vents servant de cuisine, de hangar, d’écurie, d’étable et de poulailler. La loi sur les travaux forcés, prévoit qu’une concession pourra être accordé aux condamnés en cours de peine ou aux libérés les plus méritants. En 1895 plus de 1200 concessions ont été attribuées à titre définitif. 



"NÉMÉARA ET FONWHARI"
Souvent, les concessions pénales, ne permettaient pas à une famille nombreuse de survivre. Aussi, l’administration avait, elle, construit deux internats pour y placer les enfants les plus nécessiteux. Après une première tentative interrompue par l’insurrection kanak, un internat des garçons est ouvert en 1886 à Néméara. Dix ans plus tard, cette institution compte cent huit élèves, tous enfants de concessionnaires. L’enseignement était assuré par quatre frères maristes. 



"L’AGONIE"
Avec le vieillissement des ses effectifs, conséquence de l’arrêt des convois en 1897, le bagne entre dans une lente agonie. Les centres de brousse sont évacués en 1908. Le « camp central » et le « camp Est », deviennent des mouroirs.  



"L’ENRACINEMENT"
Le bagne a toujours été présenté par ses adversaires, comme un fardeau pour la colonisation libre, c’est le point de vue développé par le Gouverneur Paul Feillet. Ce cliché, pris à Prony en 1894, ce sont les condamnés, véritables bêtes de somme, qui tirent le fardeau du wagonnet…

 

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