Handball : le pôle espoir du Pacifique fait décoller ses jeunes

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Espoirs du handball féminin, Cassidy Chambonnier et Norah Folituu.
Espoirs du handball féminin, Cassidy Chambonnier et Norah Folituu. ©DR
La Polynésie aimerait lui confier des talents potientiels, et l'Australie est intéressée. Le pôle féminin basé à Dumbéa séduit par son travail. Plusieurs jeunes formées par ses soins vont intégrer ou revenir dans des structures d'accès au haut niveau. 

Suivi au plus près, rigueur permanente


Un peu de pression pour Giovanna, 14 ans. L’heure est à l’entretien-bilan du premier semestre. Partie sportive, scolaire et intégration au centre international sport et expertise de Koutio sont pris en compte par la responsable du pôle, Olivia Vaïtanaki. Se présenter devant elle n'est pas vraiment une partie de plaisir. " On les confronte à la réalité d'un pôle en métropole. Si le comportement n'est pas adapté, on le dit, et souvent il y a des pleurs, ils sont vexés. Le tout, c'est de leur faire comprendre que la réussite de leur projet sportif dépendra de leur rigueur et de leur exigence ". Dans le cas de Giovanna, l'évaluation est positive sur tous les plans. Seule remarque : s'exprimer davantage en cours et ballon en main. Sur le terrain, Olivia compte l'utiliser comme demi-centre et lui confier davantage de responsabilités. Fin de l'échange, la joueuse sort soulagée. Elle ne regrette pas d'avoir rejoint ce pôle espoir féminin du Pacifique, labelisé fédération française, et qui regroupe 21 joueuses de 11 à 17 ans. " En club, il n'y avait pas trop d'entraînements. Je voulais faire plus de sport, donc j'ai passé les tests du pôle, et j'ai été reçue. Comme on fait plus d'entraînements, ça me motive plus ". 
 

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Cassidy Chambonnier a terminé 3e de l'Euro et remporté le Festival olympique de la jeunesse avec les jeunes Bleues
Cassidy Chambonnier a terminé 3e de l'Euro et remporté le Festival olympique de la jeunesse avec les jeunes Bleues ©C. Favennec

La structure lancée en 2015 est bien organisée. Elle est encadrée par une ancienne joueuse de l'élite et fait appel à une préparatrice mentale. Les résultats ne se sont pas fait attendre. Des jeunes ne cessent d'être envoyées dans des pôles d'excellence en métropole. La première, Suzanne Wajoka, est désormais joueuse en 1ère division professionnelle à Fleury Loiret et capitaine de l'équipe de France moins de 19 ans. En 2021, elle devrait goûter à l'EHF European League, la deuxième compétition européenne après la ligue des champions. 
Cassidy Chambonnier et Norah Folituu ont elles aussi été recrutées par le centre Val de Loire. " Au pôle du Pacifique, on travaille un peu les même bases que l'on répète ensuite en métropole : tout ce qui est double appuis, les appuis décalés, les tirs en appuis. Cela aide, mais il reste une différence de niveau de jeu entre ici et là-bas, explique la première. Comme Suzanne, elle s'est vite intégrée et a pu connaître la joie d'être appelée en équipe de France. " L'année dernière, j'ai participé au festival olympique de la jeunesse. On a remporté le titre. On a aussi participé à l'Euro où l'on s'est classée troisièmes. C'était trop bien de ressentir cette envie commune de gagner et le stress de la compétition. C'était bien à vivre. C'est une fierté de pouvoir représenter son pays. Là, il y a peut-être le championnat du monde, je dis bien "peut-être". J'espère qu'on sera championne. Plus tard, j'aimerais aller en équipe de France senior ".
 

" J'ai vraiment aimé mon année là-bas "


Cassidy a déjà vécu deux années bien remplies en métropole. Pour Norah, cela ne fait qu'un an, mais l'expérience est marquante. " Au début, le changement de climat et de cursus scolaire était dur. Avec le temps, je me suis habitué, j'ai travaillé sur mon intégration là-bas. Au fur et à mesure, je me suis bien adapté et j'ai bien aimé mon année là-bas. J'ai joué dans le pôle espoir du centre Val de Loire, en nationale 1 avec Fleury, et en équipe de France développement lors des vacances pour des stages. C'est vraiment différent de ce qu'on fait ici. On s'entraîne deux fois plus, avec plus d'intensité. On apprend beaucoup, on change d'environnement, d'adversaires. C'est très plaisant. Ca fatigue forcément un peu, mais on y prend beaucoup de plaisir. Plus on avance, plus on a envie de continuer et de découvrir d'autres horizons "
 
Norah Folituu a déjà passé un an au pôle d'excellence d'Orléans.
Norah Folituu a déjà passé un an au pôle d'excellence d'Orléans. ©C.F


Lolou en Guadeloupe, Takaniua à Nîmes


Aujourd'hui encore, les talents calédoniens continuent de s'envoler vers d'autres cieux. Thérèse Lolou va prendre la direction du pôle Antilles-Guyane et Jean-Philippe Takaniua, celle du pôle d'excellence de Nîmes. Le travail mené par Olivia Vaïtanaki paye avec les féminines, mais aussi les garçons du centre territorial d’entraînement dont elle s'occupe. Sous ses ordres, Jean-Philippe s’est transformé en perdant 20 kilos. Après plusieurs tests en métropole, il est déjà sélectionné en équipe de France de beach-handball. " Quand je suis rentré au CTE, j'étais à 115 kilos. Après les tests à Eaubonne, Aix-en-Provence et Lyon, j'avais encore pas mal de masse musculaire. Quand je suis revenu sur le territoire, et à force de m'entraîner, j'étais redescendu à 95 kilos. Je me suis donné à fond avec beaucoup de renforcement musculaire et de course à pied, de la PMA et des accélérations progressives ". 
 
Jean-Philippe Takiniua va rejoindre le pôle d'excellence de Nîmes.
Jean-Philippe Takiniua va rejoindre le pôle d'excellence de Nîmes. ©C. Favennec

Une réussite qui fait parler, comme en témoigne cette petite anecdote d'Olivia Vaïtanaki : " quand je demandais à la première génération de jeunes reçus au pôle du Pacifique des noms de grands joueurs de l'équipe de France de hand, on me parlait d'un rasta. Le "rasta" en question, c'était une légende : Jackson Richardson. Maintenant, on me dit tout de suite Suzanne Wajoka ". L'intérêt est croissant et dans la région, on regarde de près ce qui se passe en Nouvelle-Calédonie. La Polynésie voudrait envoyer ses meilleurs jeunes en formation au pôle du Pacifique. L'Australie n'est pas insensible non plus. 

Reportage vidéo ci-dessous :
 
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