"Il va y avoir des morts" : le cri d’alarme de spécialistes face à la pénurie de cardiologues

hôpital
Médipôle couloir
©NCla1ère
Quatre cardiologues ont annoncé leur départ du Médipôle pour le mois de juillet. Ils en ont avisé leur direction et le gouvernement en janvier. Une démission collective qui inquiète fortement les cardiologues libéraux, qui assurent le dépistage et le suivi des patients dans leurs cabinets.

Les six prochains mois s’annoncent très compliqués à l’hôpital en matière de prise en charge des urgences cardiologiques. Dès juillet, il n’y aura plus de cardiologue de garde au Médipôle selon le docteur Bertrand Huon : "Normalement, c’est un service qui tourne bien avec 12 personnes. Là, ils doivent être 8 à 10 personnes dans le service et 7 cardiologues. Sur ces 7 cardiologues,  il y en a quatre qui démissionnent et à ces quatre démissions s’ajoute le départ de deux autres cardiologues qui sont en fin de contrat. Ça signifie purement et simplement la fin de la cardiologie hospitalière sur le territoire."

Sous-effectif chronique

Plus de soins intensifs de cardiologie, plus de coronarographie, d’angioplastie et de rythmologie : car les deux médecins qui pratiquent ces gestes font partie des démissionnaires. Avec ce sous-effectif chronique, les semaines s’étirent : de 50 à 70h de présence dans le service.

Des conditions de travail dégradées, qui expliquent ces départs, selon le Dr Rachid El Belghiti, cardiologue libéral : "On est conscient de la chance qu’on a d’avoir des collègues de ce niveau, c’est très agréable de travailler avec eux, malheureusement, ils n’ont pas aujourd’hui les conditions de travail qui leur permettront de rester parce qu’ils sont épuisés. Grosso modo, il y a 35 cardiologues qui sont passés en six ans. Il faut construire sur une équipe pérenne et ça on les a actuellement, on ne demande qu’à les garder. Nous avons été gâtés pendant longtemps, donc on reste un peu avec cette impression que tout le monde veut venir ici. Force est de reconnaître que depuis deux trois ans on ne voit plus beaucoup de personnes venir et que l’on commence à s’inquiéter."


Risque avéré pour les malades

Enrayer les départs, pérenniser les arrivées : une solution doit être trouvée, en lien avec la direction et les pouvoirs publics. D’autant que contrairement à d’autres spécialités, les cardiologues libéraux ne sont pas habitués à réaliser les gestes techniques de leurs confrères hospitaliers. Ces praticiens ne sont donc pas interchangeables et il y a désormais un véritable risque pour les malades selon le Dr El Belghiti : "Il va y avoir des morts. L’infarctus qui va être dilaté avec un stent qui va sortir trois jours après, aujourd’hui avec un très bon pronostic, il va mourir. Nous en tant que soignants, on ne peut pas accepter ça […]. Et on va dire c’est la faute de qui? Aux cardiologues qui sont partis? On va quand même pas leur faire porter ça sur les épaules […]?  Personnellement pour ma santé, si il n’y a plus de coronographistes, je me poserai la question de quitter le territoire. J’ai peur pour moi, j’ai peur pour mes patients. "

Les missions cardiaques également menacées

Les soins d’urgence risquent donc de ne plus pouvoir être assurés, mais les missions de chirurgie cardiaque pourraient elles aussi être remises en cause. Ces missions très techniques ne peuvent en effet se faire que dans un environnement solide selon le Dr Mathieu Debauchez, l’un des chirurgiens spécialisés actuellement sur le territoire dans le cadre d’une de ces missions :  " On a prévu de faire une [autre] mission avant la fin de l’année. Il est clair qu’elle ne pourra avoir lieu que si l’effectif de cardiologie est stable et numériquement suffisant. Soit les gens sont remplacés, soit il n’y aura pas de missions. La compétence des gens qui vont partir va quand même manquer grandement à la Calédonie. Ce sont des gens de qualité qui partent."

Comment l’hôpital va-t-il s’organiser à partir de juillet, en attendant les renforts annoncés pour novembre ? Quelles seront les conséquences pour la population ? Le retour des évacuations sanitaires s’annonce et avec lui, une perte de chance grave pour le patient. 

En complément, le courrier adressé au gouvernement fin avril par "le collectif des cardiologues libéraux de Nouvelle-Calédonie" :