Les rouleurs de Nakety en sursis

L'arrêt des exportations de latérites vers l'Australie menace directement l'activité sur mine à Canala. Premiers impactés : les rouleurs qui transportent le minerai.
Deux minéraliers en chargement à nakety sur la commune de Canala (Côte Est de la Nouvelle-Calédonie), un ballet qui semble rassurant pour les rouleurs de la commune, après deux mois d'intempéries.
Mais en dépit des apparences, c'est l'inquiétude qui domine l'ensemble de la profession.

Nakety : chargement d'un minéralier


Sans le transport des latérites, c'est mission impossible!

L'arrêt des exportations de latérites - minerai de nickel basse teneur entre 1,5 % et 2 % de nickel contenu - et donc de leur transport de la mine jusqu'en bord de mer, met ici en péril la profession de rouleurs.
Ceux qui viennent d'acquérir leur camion, après plus d'un an de démarche administrative et bancaire, sont les premiers menacés. 

Hippolyte kaichou : " sans la latérite, cela ne va pas être possible de s'en sortir pour payer les traites"


 "sans la latérite, c'est pas possible, çà va être dur. Et pour le fonds nickel, y'en aura pas assez pour tout le monde "

"Je ne sais pas si je vais m'en sortir, lance hippolyte kaichou - rouleur à canala- sans la latérite, c'est pas possible, çà va être dur. Et pour le fonds nickel, y'en aura pas assez pour tout le monde."


" Les banques n'attendent pas pour saisir les camions, dit Ronald Oniary - rouleur à Canala, d'un air dépité. Une fois que tu payes pas la traite du premier mois, ils t'envoient une lettre en recommandé. C'est vite fait, c'est rapide. "

Pour honorer leurs traites, remplacer  leurs pneus, ou payer les pièces détachées, et financer les réparations du camion,  les rouleurs doivent au minimum faire 10 voyages par jour.
Sans le transport des latérites, c'est mission impossible, même pour les rouleurs expérimentés, comme Francis Bélier, rouleur de Moindou :

Francis Bélier : la latérite sur Nakéty, c'est 70% de notre chiffre d'affaires, voire 80%!"

 

La latérite sur Nakéty, c'est 70 % de notre chiffre d'affaires, si c'est pas 80%, explique Francis Bélier. Si on fait que de la garniérite, - concentration en nickel entre 3 et 5%- Si on f notre chiffre d'affaires sera vraiment minable. Donc, notre survie dépend vraiment de la latérite.

A Nakéty comme ailleurs en Nouvelle-Calédonie, les rouleurs n'ont pas l'intention de disparaître sans réagir.
La colère gronde. Et, le retour aux actions d'éclat trotte dans tous les esprits.

Les rouleurs ne sont pas les seuls menacés par la crise du nickel et l'arrêt des latérites. A Nakéty, la mine Ballande pourrait aussi fermer. La cessation de ses activités aura de lourdes conséquences sur toute l'économie du pays.

Le reportage d'Olivier Joneman et Nicolas Fasquel


 
Invité du journal - vendredi 25 mars : Max Foucher, président du syndicat Contrakmine.

Il répond aux questions d'Olivier Joneman

Max Foucher invité du JT 25/03/16


Les rouleurs vont-ils bloquer le pays si l'export de latérite et l'activité de certaines mines s'arrêtent ?
Max Foucher : On a pas d'autres solutions. Aujourd'hui,on a investi et il faut que ce matériel travaille. Alors, si il faut bloquer, on bloquera. Je suis désolé d'en arriver là pour obtenir du résultat. Ce n'est pas notre stratégie, ni notre volonté.

Quel sera l'impact de votre baisse d'activité sur l'économie calédonienne ? 
Max Foucher : Aux jours d'aujourd'hui, tout l'argent gagné par les rouleurs sert à faire vivre l'ensemble du pays.

On parle de 11 milliards par mois, c'est cela ?
Max Foucher : C'est vrai. Aujourd'hui, c'est 11 milliards de Francs CFP mensuel, en incluant la SLN, de manque à gagner pour l'économie du territoire.

Qu'en est il du Fonds Nickel et de ses 2 milliards débloqués pour soulager les acteurs du secteur ?
Max Foucher : Non.Le Fonds Nickele est une aide pour les activités minières. Une aide pour les exploitants miniers qui permet de prendre en charge les cotisations sociales. 
Mais cela n'est pas une aide pour les rouleurs. Les rouleurs ne bénéficient pas de ce Fonds Nickel. Sauf, s'ils créent une activité de réhabilitation. Or, avec un camion de roulage, on ne fait d'activité de réhabilitation, à la rigueur, les rouleurs peuvent faire du curage de rivière et encore, pas sur tous les sites. Cela concerne plus les camions de chantier, pour faire ce travail. Les camions de mine sont vraiment spécifiques à la descente de mine.

Le gouvernement s'est quand même engagé à faire avancer les choses - signature du protocole d'aout dernier, les résolutions prises au dernier comité des signataires - Où en êtes vous?
Max Foucher : Le gouvernement s'est engagé au mois d'août quand on a tiré la sonnette d'alarme et  quand la situation était encore récupérable. On est venu 28 jours à Nouméa. Je pense que l'ensemble de la Calédonie nous a plus ou moins soutenu. 

Le protocole d'accord n'a pas été respecté. Et c'est l'économie du territoire, qui est en s'effondrer car que l'on veuille ou pas, ce pays a comme première richesse naturel, celle de la mine. Quand celle ci s'arrête, c'est une réaction en chaine qui impacte tous le monde.

Combien temps  les rouleurs peuvent ils encore tenir ?
Max Foucher : Un rouleur ne travaille pas durant un mois, c'est une lettre de la banque. Il n'a pas de trésorerie. Tout ce que le rouleur gagne, et réinvestit et donc fait tourner l'économie du pays.

Quelles sont vos solutions ?
Max Foucher :  Maintenant, on va attendre mardi. On a adressé un courrier au président du Gouvernement dans lequel on lui fait part de toutes nos problématiques. Suite à l 'assemblée générale de ce vendredi, l'ensemble de nos adhérents réclame que l'on retourne dans la rue mercredi 30 mars.
Et le gouvernement prendra ses responsabilités.

On ne veut pas d'argent, il faut que cela soit dit, nous voulons avoir notre droit au travail. Un droit qui passe par des autorisations d'exportation, qui sont délivrées par le président du Gouvernement.

On a eu des GTPS, on a tout eu, sans aucun résultat.
Ils sont allés à Paris avec le protocole d'accord et une fois revenus, ils nous ont assuré qu'is allaient faire le nécessaire pour ouvrir les exportations.

Aux jours d'aujourd'hui,il n'y a rien eu de fait.
Si on avait mis en place nos dispositions du mois d'août, vu ce qu'il se passe avec QNI aujourd'hui, on ne serait pas là avec Ballande parce que Ballande aurait signé des contrats, le remplacement de QNI serait fait !