Manus: le transfert des réfugiés aux États-Unis, "un coup de propagande pour gagner du temps"

Faysal Ishak Ahmed avait quitté le Soudan en 2013, laissant ses parents et son frère, pour tenter de rejoindre l'Australie par bateau. Enfermé depuis au centre de Manus, en Papouasie Nouvelle-Guinée, il y avait obtenu son statut de réfugié.
En Papouasie Nouvelle-Guinée, après le décès d'un réfugié, le député de Manus Ronny Knight s'inquiète du sort des migrants du centre de rétention. Il réclame la modernisation de l'hôpital, mais l'Australie se cantonne à l'accord pour transférer les réfugiés aux États-Unis.
En Australie, 3 jours après le décès d'un réfugié soudanais, la polémique enfle contre le gouvernement. 
 
Faysal Ishak Ahmed, enfermé au centre de rétention de Manus depuis 3 ans, est mort samedi, des suites d'une chute et d'une attaque qui font l'objet d'une enquête de la part du coroner du Queensland. Il était âgé de 27 ans. Le jeune homme se plaignait depuis des mois de migraines et de douleurs au coeur. Mais le personnel de santé du centre de rétention pensait qu'il n'était pas réellement malade. Les proches de Faysal Ishak Ahmed dans le centre affirment qu'il a été victime de négligence médicale. 
 
Dimanche matin, des manifestants sont venus troubler un déjeuner de Noël auquel assistait le Premier ministre, pour lui demander des comptes sur le traitement des migrants. 
 
Malcolm Turnbull n'a pas cillé, et affirmé qu'il n'allait pas s'excuser pour sa politique, qui permet selon lui de sécuriser les frontières de l'Australie. Il a aussi estimé que la politique australienne de l'immigration est empreinte de compassion. 
 
D'après les militants de la Coalition d'action pour les réfugiés, des Australiens qui soutiennent les migrants, 2 jours après la mort de Faysal Ishak Ahmed, le gouvernement australien n'avait toujours pas prévenu sa famille, restée au Soudan. 
 
Depuis l'ouverture du centre de rétention à Manus, en Papouasie Nouvelle-Guinée, en 2012, 4 migrants y sont décédés - soit de maladie, soit dans des émeutes. 
 
Pour améliorer les soins, le député de Manus, Ronny Knight, qui est aussi le vice-ministre du Commerce et de l'Industrie dans le gouvernement de Peter O'Neill, réclame des investissements dans l'hôpital local, pour le bénéfice de tous, les migrants et les habitants de Manus.  
 
"Pourquoi les Australiens ne mettraient pas un peu d'argent pour remettre à niveau l'hôpital de Lombrum, et y placer du personnel soignant, comme au temps où c'était l'hôpital de la marine australienne?, se demande-t-il. On avait même un caisson hyperbare à l'époque, pour les gens qui faisaient des accidents de decompression en plongée. Est-il moins cher pour eux d'attendre les bras croisés que quelqu'un nécessite une évacuation sanitaire vers l'Australie, ce qui coûte à chaque fois des centaines de milliers de dollars, ou d'avoir un hôpital avec suffisamment de médecins, qui puisse soigner les gens sur place?" 
 
Il semble que ce soit un peu tard pour investir dans l'hôpital local, car le gouvernement australien a annoncé qu'il enverrrait une bonne partie des 900 migrants de Manus aux États-Unis. Objectif: vider et fermer le centre de rétention, jugé anticonstitutionnel par la justice papoue en avril dernier.
 
Mais Ronny Knight n'y croit pas. « Nous placions tous nos espoirs sur cet accord entre l'Australie et les États-Unis. On nous a dit que les premiers départs de réfugiés interviendraient début ou mi-janvier, mais je pense que c'était juste une effet d'annonce, un coup de propagande pour calmer les gens et gagner du temps », affirme le député de Manus, interrogé sur ABC. 
 
Canberra a signé cet accord avec le gouvernement Obama. Mais Donald Trump, lui, a répété le 1er décembre qu'il avait l'intention de suspendre l'arrivée de migrants venus des pays du Moyen-Orient dont on ne peut pas être sûr des antécédents. Or les réfugiés de Manus viennent principalement de Somalie, d'Irak, d'Iran, d'Afghanistan, du Pakistan, du Soudan et du Sri Lanka.