Pour le nickel, 2018 restera l’année de la grande désillusion

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NICKEL
Métallurgiste du nickel dans l'usine de Larco en Grèce ©Alain Jeannin
Si en juin, le nickel s’offrait encore une belle performance au sein du complexe des matières premières, en cette fin d’année, le pessimisme a gagné la Bourse des métaux de Londres qui attend sans trop savoir de quoi 2019 sera fait.
Pour le nickel, 2018 restera l’année de la désillusion. Le métal et ses alliages ont subi un véritable retournement de situation. En cette fin d’année, le cours du nickel est retombé sous la barre des 11.000 dollars la tonne. En repli de plus de 15 % par rapport à son niveau de janvier.
 

Croissance

Fin mai, sous le soleil du printemps londonien, le nickel faisait pourtant le bonheur des traders du LME, la bourse des métaux de Londres, le métal atteignant durant quelques heures 17.000 dollars la tonne ! Son plus haut cours depuis trois ans, à même de faire oublier la sanglante crise de 2016. Le nickel se voyait promettre un avenir radieux avec des millions de batteries pour voitures électriques dont il allait stocker l’énergie. "Le nickel est le métal parfait pour exposer un portefeuille d’investisseur à la popularité croissante des véhicules électriques, son utilisation pour la fabrication des batteries nous pousse à croire qu’il y aura un déficit de l’offre à moyen terme" estimaient  les analystes de Bank of America Merrill Lynch.
 

Doute

Puis, au cœur du mois de juillet, les nuages sombres ont commencé à s’accumuler alors que la situation commençait à s’améliorer pour les producteurs mondiaux de nickel. "La crainte d’un affaiblissement de la croissance des économies américaines et chinoises est l’élément clef de cette faiblesse des cours survenue durant l’été" ont noté les analystes de Capital Economics. Car le nickel comme tous les métaux industriels est un grand voyageur, un indicateur de croissance qui n’aime pas les conflits. Produit en Nouvelle-Calédonie et dans une vingtaine d’autres pays il prend la direction des ateliers du monde pour améliorer les aciers ou stocker l’énergie des moteurs de la transition énergétique.
 

Tension 

En 2018, les batailles commerciales qui ont agité la planète et principalement les fortes tensions entre Washington et Pékin ont alimenté les inquiétudes et la spéculation négative sur les métaux et le nickel. Les fronts ouverts avec l’Europe, la Russie, l’Iran ont à chaque fois eu des répercussions sur les cours qui s’inscrivaient en forte baisse à chaque tweet du président américain, à chaque menace pesant sur les relations internationales. La rechute des cours du nickel est un avertissement pour la Nouvelle-Calédonie mais aussi pour les usines de Chine, du Canada, de Corée et donc pour l’économie mondiale. Un climat fait d’inquiétude est de retour malgré l’omniprésence du nickel dans l’industrie de l’acier inoxydable, dans les batteries des véhicules électriques en passant par les alliages spéciaux.
 

Incertitude

En cette fin décembre, les marchés inquiets surveillent la santé de la Chine, le premier moteur de l’économie mondiale. Tout signe de ralentissement serait une raison supplémentaire à un nouveau fléchissement des cours du nickel habitués à vivre au rythme du premier consommateur de la planète.
Et la croissance économique de la Chine est surveillée comme le lait sur le feu par les investisseurs et le marché mondial des métaux. Les dernières prévisions des institutions internationales tablent sur une croissance de l’économie chinoise de 6,5 % en 2019, insuffisante pour ne pas entraîner de vives tensions sur les achats et le cours du métal.

C'est donc une année difficile qui attend le nickel. Les incertitudes vont accroître la spéculation : "l’annonce de la construction d’une grande usine en Indonésie, la fermeture possible d’une autre en Grèce jouent sur l’offre mondiale de nickel" ont ajouté les analystes de Marex Spectron. Mais pour l’essentiel, la volatilité des prix se fera au gré des tensions ou des arrangements entre Washington et Pékin.
 

Avenir incertain

Les Etats-Unis se sont donnés jusqu’au mois de mars pour parvenir à un accord sur le commerce avec la Chine. Faute de quoi, la guerre tarifaire sera relancée et avec elle la chute des cours des métaux industriels alors que des fondamentaux objectifs du marché sont positifs. Ainsi, les stocks de nickel évalués par le London Metal Exchange (LME) ont chuté à un niveau jamais vu depuis 2014 et le décollage de la production de véhicules électriques pourrait entraîner de vives tensions sur les approvisionnements et une forte demande de nickel. C’est le pari du producteur Vale pour son usine de nickel et cobalt en Nouvelle-Calédonie. "Rien n’est certain, on pourrait bien voir les métaux de base progresser, pourvu que la guerre commerciale s’apaise" conclut Guy Wolf. Le responsable de l’analyse des marchés de Marex Spectron, le grand négociant londonien du nickel, veut faire preuve d’optimisme à quelques jours de la nouvelle année, pour oublier aussi les mauvaises performances 2018 du marché londonien des métaux.

Cours du nickel le 28/12/2018 en soirée à Londres pour livraison dans trois mois : 10.735 dollars la tonne + 0,35 %. Performance sur 5 jours -1,26 % sur 1 mois -2,48 %. Performance sur un an de date à date -15,16 %. 
 
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