Nornickel : comment le géant minier russe envisage l’après-coronavirus

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Norilsk
Usine de Norilsk en Finlande. ©Alain Jeannin
Oublié son projet industriel et minier en Nouvelle-Calédonie. Au début des années 2000, le russe Norilsk avait renoncé à une usine métallurgique en association avec le groupe minier calédonien Ballande. Norilsk, qui s’appelle désormais Nornickel publie son analyse du marché du nickel.
Le mineur et métallurgiste russe multi métaux est un poids lourd du secteur. Il a obtenu du nickel 26% de ses 13,6 milliards de dollars de revenus en 2019, a déclaré la société. Le numéro un mondial livre sa vision du marché du nickel, celle de l’après Covid-19. Sur fond de récession économique mondiale, Nornickel se montre pessimiste pour la demande aux Etats-Unis et en Europe, mais plus optimiste pour la demande en Chine. Cette analyse a été réalisée conjointement avec une banque londonienne trés active dans le financement des matières premières, une banque majoritairement détenue par la Chine.
 

Demande en berne

Globalement, la demande de nickel chutera de 7 % sur un an, a déclaré Nornickel en fin de semaine dernière, notant que "la baisse est due à un secteur de l'acier inoxydable affaibli ... et à une baisse des ventes d'automobiles, y compris des véhicules électriques neufs (VE), entraînant une demande fragile de nickel par les producteurs de batteries. " Par ailleurs, le secteur de l'inox aux États-Unis et en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique (EMEA) – le principal débouché du nickel - consommera 13 % de métal en moins cette année en raison de la pandémie de Covid-19, tandis que celui de la Chine ne baissera que de 4 % par rapport à 2019, estime Nornickel.
 

La place centrale de la Chine 

Le premier producteur mondial de nickel, qui a dépassé le brésilien Vale, relève que la baisse plus faible de la Chine, le plus grand consommateur mondial de nickel, découle de la reprise rapide du pays après le choc pandémique et du redémarrage de son économie fin mars. Ce tour d’horizon du marché a été réalisé avec ICBC Standard Bank, et repris à Londres par l’agence indépendante Fastmarket (Metal Bulletin), le jeudi 14 mai. "La Chine représente environ 70 % de la consommation annuelle mondiale de nickel et a été un moteur de la croissance de l'activité de Nornickel en 2019. Les États-Unis et la région EMEA devraient faire face à un coup disproportionné de la pandémie de Covid 19 sur la demande de métal", selon Nornickel.
 

Inox et consommation de nickel

La consommation d'acier inoxydable représente plus de 70 % de l'utilisation mondiale de nickel primaire, a rappelé le conglomérat russe. "Le ralentissement le plus important de la demande est observé dans la région EMEA [Europe, Moyen-Orient et Afrique] et en Amérique en raison de leur approche différente des fermetures d’usines et de mines et des pics épidémiques ".

"Nous avons toutefois revu à la hausse nos prévisions du marché du nickel et du palladium dans le contexte de la reprise économique rapide en Chine, d'un effet de rebond attendu dans l'industrie automobile de ce pays au [second semestre 2020] ainsi que de plus fortes perturbations attendues de l'offre", a déclaré Anton Berlin, directeur marketing du premier producteur mondial de nickel.

L'offre mondiale de nickel dépassera la demande de 130 000 tonnes en 2020, a estimé M.Berlin, mais "La production de nickel devrait diminuer de [1 % en glissement annuel en 2020] principalement en raison de la baisse de la production chinoise de NPI [fonte de nickel]. Cependant, l'augmentation impressionnante de la production indonésienne compensera probablement les perturbations liées à la pandémie dans le monde", a-t-il ajouté.
 

Nornickel pessimiste sauf pour l'Asie

Nornickel prévoit une baisse de plusieurs marchés d'utilisation finale du nickel, mais a noté que la demande continue de dépasser la croissance économique générale. Malgré tout, le secteur du placage devrait reculer de 7 % sur un an, avec le sérieux ralentissement des industries automobile et électronique. L'acier spécial - utilisé dans les industries automobile, pétrolière et gazière et chimique et pétrochimique - devrait diminuer de 9 %, l'EMEA et l'Amérique étant plus touchées que la Chine et le reste de l'Asie. Les alliages standard devraient reculer de [9 % sur un an], impactant en particulier les Etats-Unis à cause de la forte baisse des prix du pétrole et du report des projets d'investissement. L'utilisation de nickel dans les superalliages est en baisse de [10 % sur un an], affectant les régions d'Amérique et de la région EMEA en raison des défis actuels de l'industrie aérospatiale face à la pandémie et à la situation du transport aérien.

Nornickel a également révisé à la baisse ses prévisions de demande de nickel pour les batteries à 15 % de la production mondiale du métal, en glissement annuel, "compte tenu de la chute des ventes de voitures électriques et de la baisse globale de la confiance des consommateurs." Néanmoins, Nornickel a réitéré son point de vue selon lequel malgré le coronavirus et ses conséquences pour l’économie mondiale, "la croissance à long terme de la demande de nickel proviendra principalement de l'industrie des véhicules électriques". L'analyse du producteur russe sur les perspectives du marché du nickel découle de l'étude réalisée avec la banque chinoise ICBC Standard Bank de Londres. 
 

LME : le nickel se reprend

Le nickel rebondit ce lundi soir après une baisse de 3,74 % la semaine dernière, mais la prudence reste de mise. La levée des confinements en Europe suscite l’optimisme ainsi que les perspectives de reprise de l’économie américaine, toutefois tempérées par les tensions palpables entre la Chine et les Etats-Unis laissant craindre que l’accord commercial signé par les deux pays au début de l’année soit remis en question.

Cours du nickel à trois mois au LME de Londres le 18/05/2020 à 16:20 GMT :
12.257 dollars/t +3,66 %.



 
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