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Beautemps-Beaupré : un site culturel, historique à haute valeur naturelle

Beautemps-Beaupré est un sanctuaire naturel, culturel et historique. Afin de respecter les usages coutumiers et valoriser ce type de site, des institutions demandent une cartographie des réserves coutumières. Un sujet qui pourrait être abordé lors de la journée de la Mer le 25 juillet prochain. 
 

  • Nadine Goapana et Malia Noukouan
  • Publié le , mis à jour le
Sur le site cartographique PAMOLA, on apprend que dans « l’Atlas des récifs coralliens de Nouvelle- Calédonie », Beautemps-Beaupré est considéré non pas comme un atoll mais comme un banc océanique, avec  une île principale de 45 ha. En forme de triangle équilatéral de 8 milles de côté, il est situé au Nord-Ouest d'Ouvéa. Cet " atoll" beaucoup plus petit (120 km²) qu'Ouvéa n'a que peu de terres émergées. La profondeur du lagon ne dépasse pas la trentaine de mètres.
Ouvéa et Beautemps-Beaupré ont été inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2008.
 

Un site culturel et historique

Avant l'arrivée des missionnaires, Beautemps-Beaupré, dit Héo en langue iaai, était habité par les descendants de clans issus des districts de Saint Joseph et Fayaoué. L’atoll de Héo abrite les rares vestiges de cette ancienne communauté. Ils sont les témoins des relations existantes entre les différentes chefferies de l’île d' Ouvéa.
Aujourd'hui encore, ce lieu peut être habité. Ce « garde-manger » naturel d'autan est encore fonctionnel aujourd'hui. Il assure aux résidents de l’atoll un accès à des ressources variées, le tout étant géré de manière durable. Il sert de « garde-manger » pour la chefferie de Saint Joseph. 
C'est donc un site culturel et historique important qui abritent de nombreux tabous culturels. Ces tabous portent à la fois sur le petit atoll de Héo comme sur le lagon environnant. L'îlot situé sur la couronne récifale est appelé Motu Tapu. C'est un lieu tabou c'est-à-dire interdit d'accès pour les femmes et pour le chef de la tribu de Héo.
 

Les usages coutumiers de jouissance

L'environnement et le tourisme sont des compétences qui relèvent des provinces. Et chaque province dispose de son propre code de l’environnement. Les informations concernant les aires protégées et les espèces protégées y sont recensées.
Selon la loi du pays n° 2001-017 du 11 janvier 2002, parue au J.O. de N-C du 18 janvier 2002, la totalité du domaine public maritime relève de la compétence de la province des îles Loyauté.
Une autre loi de pays reconnaît l'existence des «terres coutumières» ainsi que les «usages coutumiers de jouissance». Ils sont évoqués dans les dispositions des articles 3 et 80 de la loi du pays n° 2001-017 du 11 janvier 2002.
L’aire coutumière concernée par l’atoll Beautemps-Beaupré est l’aire Iaai.
La propriété d’un clan comprenant également la mer et ce jusqu’au récif barrière, les îlots sont donc rattachés aux propriétaires fonciers, en l'occurence ceux issus du district de St Joseph (Tribus : Ohnyat, Teuta, Weneki, Héo).
 

Un site à haute valeur naturelle

Cet atoll est un site d'une grande biodiversité, lieu privilégié de nidification pour de nombreux couples d’oiseaux marins. Également, l'îlot abrite de nombreuses réserves traditionnelles de pêche.

"A l'heure actuelle, 72 familles et 675 espèces de poissons côtiers sont répertoriées, parmi lesquelles 48 espèces n'étaient pas encore signalées en Nouvelle-Calédonie."
Conservatoire des espaces naturels

Une biodiversité à protéger
Atoll de Héo (Beautemps-beaupré) : dératisation de l'atoll par l'ASBO ©Communauté du Pacifique Sud  -  Communauté du Pacifique Sud  -  CPS - réseau Intègre


Une exploitation des richesses à encadrer ?

Beautemps-Beaupré ou Héo est considéré comme un sanctuaire pour les espèces du lagon. L'éloignement de l'atoll le met à l'abri des pressions liées au développement : la  pêche ou le tourisme. Cependant, des activités économiques s'y sont développées.
Il a été observé que des pêcheurs professionnels de la Grande Terre viennent s'approvisionner en langoustes et en poissons-perroquets à bosse en période de fêtes. A cela, s'ajoute des excursions touristiques organisées par certains tours opérateurs de la Grande Terre.

" les habitants craignent une augmentation de la pression touristique sur les milieux naturels, à l’occasion de randonnées et de croisières par exemple, notamment dans les îlots des Pléiades, qui sont des lieux de ponte de plusieurs espèces d’oiseaux et de tortues. Ces espaces sont des symboles identitaires fondamentaux pour la population d’Ouvéa.

Plusieurs scandales ont éclaté en 2008 et 2009 après que des navires suspectés d’être dédiés à l’exploitation intensive des holothuries aientété aperçus au nord de l’île."

Mathias FAURIE
Impacts et limites de la patrimonialisation à Ouvéa (Nouvelle-Calédonie)



Une meilleure communication sur les droits d'accès et les interdictions coutumières
Le fait divers du 24 juin dernier à Beautemps-Beaupré, impliquant des touristes et des habitants d'Ouvéa, a remis en lumière cette méconnaissance des droits d’accès, de séjour et des interdits entourant Beautemps-Beaupré. 

Un long travail d'information doit être mené par les autorités provinciales en charge de l'environnement et du tourisme.
Objectif: "la reconnaissance officielle des modalités d’accès au site, des règles (de séjour, de pêche etc. )afin d'assurer un meilleur encadrement de la fréquentation du site et de ses impacts".


Les différents acteurs touristiques dont les sociétés de croisière notamment dispensent le maximum d’informations à leurs clients :

  • sur la destination,
  • sur les règles à respecter
  • et sur les gestes coutumiers à accomplir.

Ces informations sont relayées également dans les communes par les prestataires eux-mêmes, et/ou des guides locaux recrutés :

  • « Guide du Lagon » en province Sud,
  • « Guide du visiteur » pour le groupement d'intérêt économique Destination îles Loyauté. Un petit livret de trente pages a été édité dans lequel il défende la vision d’un tourisme éthique dans les îles. Ce guide fait la liaison entre deux mondes et deux cultures qui se rencontrent.
Les précisions de Jean-Jacques Ajapuhnya, le directeur de la destination îles Loyauté-DIL.

Philippe Ajapuhnya


Des panneaux sont installés sur les îlots, des mâts sont mis en place en province Nord et en province Sud, pendant la période de reproduction des colonies d’oiseaux.
En revanche, la notion de réserve coutumière n’est pas toujours spécifiée et les discussions semblent se poursuivre sur la question. L’occasion de rappeler cette spécificité locale.

Philippe Ajapuhnya


Une cartographie des réserves et sites tabous coutumiers

Du côté de la province Nord, on assure que l’information est transmise en ce qui concerne les sorties pédestres ou les sorties en tribu.
En revanche, elle est inexistence en ce qui concerne le domaine maritime, parce qu' il n’existe aucune excursion, ni activité dans les espaces d'influences coutumières maritimes de la province Nord. Il faut les définir clairement.

Le Sénat coutumier
Et pour aller plus loin sur cette reconnaissance des réserves marines, le Sénat coutumier demande qu’une cartographie de ces zones soient effectuées, à partir des zones d’influences coutumières des chefferies.

 

De l'oralité à l'écriture d'un contrat ?

Nouvelle-Calédonie Tourisme Point Sud - NCTPS - indique que toutes ces informations sont très instructives pour les plaisanciers mais s’avèrent insuffisantes.
Certes, le geste coutumier est expliqué à travers divers supports (brochures, site web, offices de Tourisme, etc.), cependant, il y a des disparités entre les régions et les provinces qui n’ont pas tous pleinement référencés formellement leurs réserves naturelles.

"il faudrait palier au manque d’identification claire des réserves coutumières"


Par ailleurs, pour éviter tout conflit à l’avenir, il faudrait palier au manque d’identification claire des réserves coutumières et de leurs conditions d’accès (droit de pêche, de pratiquer des activités nautiques, etc.).
Dans ce sens, le NCTPS rejoint la proposition du Sénat coutumier d'établir une cartographie de ces réserves coutumières. 
 

La coutume est un geste de respect et de présentation mutuels important qu’il faut préserver et encourager, cela reste une démarche orale.
L’établissement de contrats formels écrits entres prestataires et responsables coutumiers éviterait toutes interprétations ou contestations.


À ce titre, NCTPS encourage le cluster Maritime NC à mettre en place une table ronde pour aborder la question de ce référencement officiel (avec une carte précise) des réserves coutumières maritimes dans toute la Nouvelle-Calédonie à l’occasion de leur Journée de la Mer, le 25 juillet 2019.
 
Les espèces envahissantes recensées sur Héo (Beautemps-Beaupré)
  • les rats Rattus rattus et Rattus norvegicus.
  • une tache d’envahissement de faux– mimosas (leucaena sp.) et de « misère » dans le centre de l’île, lié à un abattis,
  • « pluchea odorata » (composée originaire d’Amérique du Nord, caractère envahissant reconnu internationalement),
  • plusieurs espèces de la famille des entomofaunes introduites sur Agneu et Beautemps-Beaupré.

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