Dix années d’inceste jugées aux assises, l'oncle de la victime condamné à treize ans de réclusion criminelle

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Salle des Assises
Salle des Assises de Nouvelle-Calédonie ©Laura Schintu / NC la 1ère
La cour d’assises de la Nouvelle-Calédonie jugeait depuis jeudi 3 mars une affaire de viol aggravé sur mineur commis à La Foa entre 2009 et 2019. La victime avait 6 ans lors des premières agressions. L’accusé, son oncle maternel, a reconnu les faits à la barre. Vendredi, il a été condamné à treize ans de réclusion criminelle.

C’est une famille déchirée et une victime isolée de ses proches qui se sont présentées jeudi 3 mars à la barre des assises de Nouvelle-Calédonie. Et le lendemain à la mi-journée, l'accusé a été reconnu coupable de viol aggravé sur mineur de 15 ans, décision prise par la cour à la majorité. L'homme de 48 ans a été condamné à treize ans de réclusion criminelle, couplés à cinq années de suivi socio-judiciaire, avec trois ans supplémentaires en cas de manquement. S'il encourait vingt ans de prison, l'avocat général avait requis une peine qui ne soit pas inférieure à quinze ans. Celui-ci n'a pas été suivi.

Un "tonton exemplaire" selon la famille

Au cours de ce procès, les frères et sœurs de l’accusé ont décrit "un tonton maternel exemplaire, dévoué à sa famille, qui s’est occupé de son père malade jusqu’à ses derniers instants." Il était aussi, au fil du temps, devenu un père de substitution pour la jeune fille et ses six frères et sœurs, dont le père naturel, qui effectue des séjours répétés au Camp-Est, ne s’occupe pas.

Les enfants passent tous les week-ends et les vacances scolaires sur le terrain familial, où l’oncle est resté vivre après la mort du grand-père. La mère des enfants, elle, vit à huit kilomètres de là. L’oncle donne aussi parfois de l’argent, c’est souvent lui qui remplit les placards et le frigo. Un de ses neveux sera même placé chez lui par la justice. Mais c’est un portrait bien différent de son oncle que donne la jeune victime, tout juste majeure aujourd’hui. 

Des viols répétés

A la barre jeudi 3 mars, elle raconte les premiers attouchements sexuels, puis les viols perpétrés quasiment à chaque visite à son oncle. Des viols répétés, commis dans la maison familiale ou dans la forêt "lorsqu’il y avait trop de monde à la maison." En 2019, à 16 ans, elle commence à se confier. Et si son entourage immédiat ne la croit pas, une cousine ayant eu vent des confidences l’emmène à la gendarmerie, mettant ainsi fin à dix ans de calvaire.

Lors de l’audience, l’accusé qui niait jusque-là s’en être pris à la jeune fille avant ses 10 ans, a reconnu l’ensemble des faits reprochés. Mais il assure par contre que l’enfant était consentante et que leur relation était "celle de deux amoureux." La psychologue, qui a examiné la jeune fille, estime pour leur part qu’il s’agit d’une construction de l’esprit, décrivant l’accusé comme un "pédophile immature" et la victime comme une "esclave sexuelle".

Compte-rendu de la première journée de procès avec ce plateau de Charlotte Mannevy et Laura Schintu :

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Plaidoiries

Les débats se sont poursuivis vendredi 4 mars. Au fil de la matinée et des plaidoiries, l’avocate de la partie civile est surtout revenue sur le parcours de la jeune femme, très peu été soutenue par sa famille. L’avocat général a insisté sur le fait que l’adulte avait autorité sur l’enfant et "pas de sentiment de culpabilité".

De son côté, l’avocat de l’accusé a soutenu qu’il n’y a qu’une seule victime dans cette affaire, cette jeune femme. Avec un coupable, l’oncle, qui a reconnu les faits. Un coupable, oui, mais plusieurs responsables selon lui. Il parle même d’un dysfonctionnement dans cette famille qui n’a rien dit.

La jeune femme a accepté la levée du huis clos

Ce qu’il faut retenir également, et qui a été salué par tous vendredi, c’est le courage de la jeune adulte. Elle a accepté que le huis clos soit levé pendant ces deux journées de procès. "Le huis clos est de droit si la victime de viol ou d'agression sexuelle le demande", insiste maître Laure Chatain, avocate de la partie civile. "Quand les victimes sont majeures, si elles sont capables d'ouvrir la porte, je trouve que c'est un message très fort. Et pour elles, et pour les autres victimes potentielles qui peuvent avoir connaissance de la décision."

"C'est important aussi pour la famille", poursuit-elle. "Notamment dans ce cas où toute la famille a dit que c'était une petite menteuse et que le tonton était formidable. Là, je crois que les choses sont dites et qu'il sera impossible à quiconque de venir dire qu'elle est menteuse Et tout le monde doit reconnaître que c'est lui qui a abusé d'elle, pendant dix ans au moins." L’accusé a pris la parole à la fin des plaidoiries, assurant regretter ce qu’il a fait. Il a même souhaité du courage à sa nièce. L'homme a dix jours pour faire appel de cette décision. La jeune femme a, quant à elle, un rêve… intégrer l’armée.

Au second jour, le plateau de Stéphanie Chenais et Nathan Poaouteta :

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