La révision du code de l’environnement de la province Sud suscite de vives réactions

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code environnement province Sud
©NCla1ère/CC/Albert Kok/L.Guisgant
La province Sud propose une évolution du code de l’environnement en mettant en place une consultation en ligne auprès du public. Plusieurs associations ont vivement réagi en déplorant le manque d’études scientifiques sur l’état des populations.

La province Sud propose l’allongement de la saison de chasse des notous et des roussettes avec une modification des quotas. Les requins tigres et bouledogues vont également être retirés de la liste des espèces protégées.

L’ensemble des propositions de modification est soumis à une consultation publique jusqu’au 21 août, avant le passage du texte en assemblée de province.

"On va à l’encontre de ce que dit la science"

Le projet est loin de faire l’unanimité. "On va passer d’un à trois mois de chasse à la roussette, on va complétement à l’encontre de ce que la science nous dit actuellement. Si on ne fait rien aujourd’hui, on va perdre près de 80% des effectifs de roussettes restants dans les 30 prochaines années"  explique Hubert Géraud, expert conservation et plaidoyer au WWF.

"C’est une aberration cynégétique! Pour les notous, même traitement. J’en appelle alors à tous les Calédoniens à lire les textes et à s’exprimer pour le maintien de nos espèces endémiques".

La Société Calédonienne d’Ornithologie (SCO) dénonce également ce futur code de l’environnement. Le cormoran pourrait ainsi être placé sur la liste des espèces nuisibles. Une évolution inacceptable selon David Ugolini, le président de la Société calédonienne d’ornithologie : 
" Il s’agit d’espèces nicheuses indigènes, donc qui sont présentes naturellement dans l’écosystème, et donc à ce titre, elles participent à l’équilibre de cet écosystème. L’inscription sur la liste des espèces nuisibles conduit, au même titre que les rats, les souris, les chats et les chiens sauvages, à des possibilités d’éradication de ces espèces qui sont totalement inconcevables".

Le cas des requins 

Autre sujet sensible : le retrait des requins tigres et bouledogues de la liste des espèces protégées. Là encore, les associations déplorent le manque de données scientifiques. 
"Sur la question des requins, je pense qu’il y a eu suffisamment de morts pour q’on n’ai pas besoin d’études scientifiques" estime Philippe Blaise, le 1er vice-président de la province Sud. "Il y a un problème requins en Calédonie, peu importe la question de savoir d’où ça vient, si c’est l’homme, on ne peut pas continuer à laisser les gens se faire tuer, manger, dans les eaux calédoniennes. Donc là, c’est une décision politique et tous l’assumons complètement". 


Le danger est bien réel reconnaît Sea Shepherd, mais autoriser la chasse risque au contraire d’aggraver la situation.
"Pour rappel, la province Sud, lorsqu’elle abattait des requins tigres et des requins bouledogues, elle mettait en place d’importants dispositifs, des arrêtés qui interdisaient la navigation et la plaisance" explique Olivier Malnati, secrétaire de Sea Shepherd Nouvelle-Calédonie. "Demain, si on autorise tout le monde à pêcher ce type d’animaux dans le lagon, ça peut engendrer d’importantes perturbations, des stimuli alimentaires, peut-être davantage de risques. Nous, on estime que ça, ça n’a pas du tout été mesuré et pris en considération dans l’établissement de ces modifications du code de l’environnement."

La province prête à revoir sa copie

Le texte est en consultation publique jusqu’au 21 août. La Province Sud se dit prête à prendre en compte toutes critiques et suggestions. 
"Nous serons très fermes sur certaines propositions, mais nous serons aussi très à l’écoute sur celles des Calédoniens, des associations, et nous sommes tout à fait prêts, si on nous démontre que nous sommes peut-être allés un peu trop loin, et je pense notamment à la période de chasse de la roussette, à revoir notre copie" concède Philippe Blaise. 
La "copie" définitive du code de l’environnement de la province Sud sera soumise au vote le 30 novembre.  

Le reportage de Caroline Antic-Martin et Christian Favennec