Les "Fantastic grandmothers", sentinelles de la biodiversité dans la baie des Citrons

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Rencontre avec les "Fantastic grandmothers". ©nouvellecaledonie
Peut-être avez-vous déjà croisé les "Fantastic grandmothers" à la baie des Citrons ? Ces huit nouméennes travaillent bénévolement pour la science et sont considérées comme de véritables sentinelles de la biodiversité sous-marine.

Les serpents marins, c'est leur savoureux sacerdoce depuis cinq ans. Près de 2 000 matinées passées sous l'eau, à observer, photographier et identifier la quinzaine d'espèces de reptiles, dont certaines, comme l'hydrophis major, sont très venimeuses.

Une équipe soudée, rigoureuse et proclamée les "Fantastic grandmothers" par le spécialiste des serpents, l'herpétologue australien Rick Shine, mondialement connu. Célébrité immédiate ! "On a été interviewées dans plusieurs journaux internationaux: le New York Times, la BBC et mêmes d'autres médias au Japon, au Pays de Galles, en Italie...", explique l'une des bénévoles Aline Guemas.

Et ces drôles de dames font des envieux dans le monde de l'herpétologie. Il suffit en effet de jeter un coup d'œil à leur magnifique laboratoire turquoise à ciel ouvert pour comprendre. "C'est la zone d'étude pour les serpents marins qui est la plus connue au monde. Tous mes collègues qui étudient ces spécimens rêvent d'avoir une zone d'étude aussi facile d'accès. La majorité d'entre eux sont obligés de partir de chez eux plusieurs jours afin de pouvoir faire leurs campagnes", expose Claire Goiran, enseignante-chercheuse pour l'Université de la Nouvelle-Calédonie.

Un concentré de biodiversité

Pour couronner le tout, la baie des Citrons est un concentré de sujets d'analyses. En prenant en compte les populations de la faune et de la flore sous-marine, on recense environ 800 espèces qui tiennent dans un mouchoir de poche, à 50 mètres du rivage. "Cette année, on s'est demandées pourquoi ces populations se maintenaient aussi bien à la baie des Citrons, alors qu'elles avaient quasiment disparues à l'Île aux Canards. On vous donne la réponse en exclusivité : c'est parce qu'à l'Île aux Canards, qui est une zone protégée, il y a énormément de grosses loches, qui se nourrissent des serpents", lance Claire Goiran.

Confidence pour confidence, ce sont les pêcheurs, omniprésents sur ce site pourtant interdit à la pêche, qui sont devenus malgré eux des protecteurs des serpents marins en éliminant les gros prédateurs. Cela, c'est la bonne nouvelle. La mauvaise, c'est que l'on remarque une diminution drastique des poissons-chats, nourriture quasi-exclusive de nombreux serpents. 

Filets anti-requins

Mais pour les "Fantastic grandmothers", ce n'est pas la seule préoccupation. L'installation prochaine de filets anti-requins pourrait empêcher certaines espèces, comme les tortues, les requins léopard, qui viennent pondre dans la baie, ou encore les raies-aigles, d'accéder à cette zone maritime. Quel sera l'impact des mailles de ce filet sur la biodiversité, entre les individus qui pourront passer et ceux qui ne le pourront pas ? Une nouvelle enquête semble se profiler pour ces expertes de la baie, déjà prêtes à scruter les moindres modifications de ce fragile équilibre.