Référendum 2018/2020 : l'électorat calédonien étudié à la loupe par le Cevipof

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Référendum 2018, vote à l'hôtel de ville
File d'attente le 4 novembre 2018 à la mairie de Nouméa. ©NC la 1ere
Lors du premier référendum, en novembre 2018, le Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences Po, a mené une étude très approfondie auprès d'un échantillon représentatif de l'électorat calédonien. Quels en sont les principaux enseignements ? Explications. 
En partenariat avec l'Université de la Nouvelle-Calédonie, le Cevipof, Centre de recherches politiques de Sciences Po, à Paris, a mené une enquête inédite à l'occasion du premier référendum en Nouvelle-Calédonie, le 4 novembre 2018. Cette enquête sera reconduite pour le deuxième référendum du 4 octobre 2020.

L'étude a été menée dans les semaines qui ont suivi le scrutin de 2018, auprès d'un échantillon représentatif de 1496 personnes résidant en Nouvelle-Calédonie. Objectif : étudier et disséquer les comportements électoraux en Nouvelle-Calédonie. "Nous partions dans l'inconnue puisque nous n'avions ni enquête précédente, ni données précises", explique Sylvain Brouard, directeur de recherche au Cevipof, qui a dirigé cette étude. Les enseignements sont nombreux et permettent de nuancer bien des idées reçues.
 

Vote communautaire : pas si simple

Si les Européens ont très majoritairement voté Non, tandis que la majorité Kanak a voté Oui à l'indépendance, certains électeurs de ces deux communautés ont fait d'autres choix. Environ 10% des électeurs appartenant à la communauté européenne ont voté en faveur du Oui, tandis que 20% des électeurs kanak ont voté Non. Ecoutez les explications de Sylvain Brouard, directeur de recherche au Cevipof :
la1ere · Sylvain Brouard : le vote des communautés


L'âge et le territoire

L'étude du Cevipof met également en évidence l'importance, dans la sociologie électorale, de l'âge de l'électeur ainsi que de l'endroit où il réside. C'est particulièrement vrai au sein de la communauté kanak, pour les femmes : l'électorat âgé vote davantage contre l'indépendance. Ecoutez les explications de Sylvain Brouard :
la1ere · Sylvain Brouard : l'âge et le territoire


25% de l'électorat indécis

L'étude du Cevipof menée en 2018 met en évidence un autre fait notable : 25% des électeurs calédoniens sont indécis à propos de l'indépendance du Caillou. Ils n'ont pas de position idéologique sur cette question, explique Sylvain Brouard.
la1ere · Sylvain Brouard / 25% d'indécis
 
D'après l'étude de 2018, les électeurs qui n'ont pas de position tranchée font leur choix sur la base de la campagne électorale mais aussi en anticipant les conséquences qu'ils perçoivent d'un vote en faveur de l'indépendance. "Plus un électeur ressent de l'incertitude sur ce qui va se passer en cas d'indépendance, moins il a de probabilité de voter en faveur du Oui, puisqu'il craint l'incertitude par rapport au statu quo existant", explique encore Sylvain Brouard.
 

Les préoccupations des Calédoniens

Il existe, selon les données recueillies par l'étude du Cevipof, un vrai décalage entre les préoccupations des Calédoniens et le débat sur l'indépendance. "Les sujets les plus importants pour les Calédoniens, ce sont les questions économiques et sociales, d'éducation, de sécurité, ce n'est pas l'indépendance. Il y a un découplage entre la structuration du champ politique et les préoccupations quotidiennes des citoyens", explique le directeur de recherche.
 

2020-2018 : quelles différences ?

Entre 2018 et 2020, "il y a un certain nombre d'éléments qui sont différents", estime Sylvain Brouard, qui met en évidence une campagne électorale 2020 bien différente, par rapport au premier référendum. En 2018, les sondages pré-électoraux qui pronostiquaient, à tort, une victoire écrasante du Non, avaient modifié la tonalité de la campagne. Ecoutez Sylvain Brouard :
la1ere · Sylvain Brouard / différence 2018-2020


Une spécificité du vote kanak

L'étude du Cevipof met en évidence un autre fait, souligné par Sylvain Brouard : "Ce sont les Kanak les plus éduqués, les plus cultivés, les plus riches, qui sont les plus favorables à l'indépendance, et pas l'inverse". Dans les pays du monde où il y a eu d'autres référendums d'auto-détermination, au Québec et en Ecosse par exemple, le phénomène est inverse : Plus le niveau de diplômes et de revenus est élevé, moins les électeurs qui s'identifient comme Québécois ou Ecossais votent en faveur de l'indépendance. 
Ecoutez les explications de Sylvain Brouard :
la1ere · Sylvain Brouard / Spécificité vote kanak



 
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