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Le régime de l'indigénat de ses origines à ses héritages

histoire
Livre l'indigénat et les auteurs, Isabelle Merle et Adrian Muckle
Isabelle Merle et Adrian Muckle présentant leur ouvrage sur l'indigénat. ©NC la 1ere
Pour la première fois, un livre retrace l'histoire du régime de l'indigénat sur la durée, depuis ses origines les plus lointaines en Algérie, jusqu'aux héritages les plus contemporains en Nouvelle-Calédonie. Une réflexion au long cours menée par deux historiens : Isabelle Merle et Adrian Muckle.
Il a fait l'objet d'une causerie mercredi soir dans une librairie nouméenne, et se décline en conférence au centre Tjibaou ce jeudi à 18h15 : Isabelle Merle et Adrian Muckle présentent leur livre commun sur l'indigénat. Avec pour sous-titre : «Genèses dans l'empire français - Pratiques en Nouvelle-Calédonie». 
 

De 1887 à 1946

Pendant plus d’un demi-siècle, de 1887 à 1946, les Kanak ont été régis par le strict code de l’indigénat : travaux forcés, interdiction de circuler après 20 heures, paiement d’un impôt de capitation imposé par l’administration coloniale… 
 

Tôt et longtemps

«L’indigénat a été élaboré dans le creuset de la guerre coloniale menée en Algérie, par la France, entre 1840 et 1880», relata Isabelle Merle, historienne et directrice de recherches au CNRS. «L’ensemble des colonies françaises subissent ce régime-là. Mais l’indigénat en Nouvelle-Calédonie est précocement installé, et il est surtout maintenu sans quasi réforme jusqu’à 1946. Car il y a une très forte résistance des élites locales à toute demande de réforme de la part de la France.»
 

Egalement les travailleurs sous contrat javanais et indochinois

Ce régime de l’indigénat a aussi concerné les travailleurs sous contrat. Javanais et Indochinois venus travailler sur les propriétés et dans les mines dès les années 1860 connaissent cette ségrégation sociale et spatiale«Ils doivent subir les mêmes contrôles à la circulation, les couvre-feux dans les villes, énumère Adrian Muckle. Par contre, ils ne vont pas subir la capitation, par exemple. Ça, c’est quelque chose qui touche seulement les Kanak.»
 

Double peine

Des hommes, mais aussi des femmes privées de toutes libertés. Les femmes kanak sont doublement victimes de l’indigénat. On les accuse de troubler la population masculine, qu’il s’agisse des Mélanésiens, des libérés ou des colons. «L’indigénat va renforcer le patriarcat dans les tribus, estime Adrian Muckle, parce que ça donne un pouvoir renforcé aux chefs, de contrôler et punir la population de la tribu.»
 

Tournant

Le code de l’indigénat prend fin en 1946. Les Kanak accèdent à la citoyenneté et obtiennent le droit de vote onze ans plus tard. Un tournant majeur, expliquent ces historiens, dans un pays poussé par des promesses de liberté, d’égalité, de respect et de justice.

Le reportage de Sheïma Riahi et Laura Schintu :
©nouvellecaledonie
 
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