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Sécurité routière : la Nouvelle-Calédonie, très loin du compte

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L'association Prévention Routière
Olivier Goyard (2e en partant de la gauche) fait le point sur l'année 2016 en matière de sécurité routière. Pour lui, "les chiffres ne sont pas bons". ©CL
Selon l'association "Prévention routière NC", seules 20% des 64 mesures du plan quinquennal de sécurité routière décidé en 2014 en Nouvelle-Calédonie sont appliquées. Les chiffres de l'année 2016 sont préoccupants. L'analyse d'Olivier Goyard, vice-président de Prévention NC*, point par point. 

LA MORTALITE ROUTIERE 2016 : DES CHIFFRES INQUIETANTS

+ A la date du 18 décembre, 49 décès enregistrés sur nos routes, soit un de moins qu'en 2015.
+ 4 communes concentrent plus de la moitié des décès : Nouméa et Païta, mais aussi Koné et Houaïlou.
+ L'accidentologie par secteur géographique :
21 tués pour 100 000 habitants en Nouvelle-Calédonie.
16 tués pour 100 000 habitants en Province Sud.
54 tués pour 100 000 habitants en Province Nord.
+ Le profil des victimes ? Alors que les 18-34 ans représentent 30% de la population, ils représentent 60% des tués sur la route.


ANALYSE:
"Les chiffres sont très mauvais. Malheureusement, avec les fêtes de fin d'année, on peut s'attendre à quelques décès supplémentaires, et donc à dépasser le triste chiffre de 2015".
"Il y a une prédominance des tués en Province Nord. C'est l'endroit le plus dangereux pour circuler par rapport au nombre d'habitants. Pour ce qui est de Nouméa et Païta, il y a une certaine logique puisque ces deux communes concentrent l'essentiel du trafic routier. Mais derrière, on trouve Koné et Houaïlou. Il n'y aucune raison qu'elles connaissent autant de décès sur la route. C'est un vrai drame."
"54 tués pour 100 000 habitants dans le Nord, c'est un taux que l'on retrouve dans les pays en guerre ..."
"Le profil, ce sont majoritairement des jeunes. C'est une aberration. Ils sont les forces vives du pays, viennent d'être formés, et ce sont parfois des jeunes conducteurs à qui l'on vient de donner le permis qui se tuent sur la route".
"Proportionnellement à la population, ils sont majoritairement en Province Nord. Et ils sont sans ceinture de sécurité, en état d'alcoolémie, à grande vitesse, et pour une certaine part d'entre eux, sans permis de conduire".


LE PLAN QUINQUENNAL DE SECURITE ROUTIERE 2014-2018 EN ECHEC

+ Voté en 2013, il prévoyait de réduire de moitié le nombre d'accidents mortels et corporels et de moitié le nombre de tués. 
+ En 2013, on recensait 387 accidents corporels, 565 blessés, et  36 personnes tuées.
+ En 2014, 55 accidents mortels, 67 tués, et 63 blessés.
+ En 2015, 314 accidents corporels, 47 accidents mortels, 50 tués, et 41 blessés.
+ Au 18 décembre 2016, on compte déjà 49 décès et 48 blessés sur nos routes. 258 accidents corporels étaient enregistrés à la fin novembre.


ANALYSE
"Nous sommes très en retard. Ce plan quinquennal de sécurité routière a été long à mettre en oeuvre. 64 mesures à déployer sur cinq ans entre 2014 et 2018. Aujourd'hui, au bout de trois ans, seulement 20% des mesures sont déployées".
"Ce qui fonctionne, c'est la partie communication et prévention-éducation, dont nous faisons partie. Ce qui ne fonctionne pas, c'est l'évolution de la réglementation. La Calédonie a accumulé un retard extraordinaire dans ce domaine, qui nous coûte énormément de vies".
"Le temps de conduite n'est pas réglementé, le contrôle technique des véhicules légers n'est pas en place, et on a du mal à y voir clair sur la réglementation des limitations de vitesse avec, par exemple, cette autorisation de 110km/h sur la RP1". 
"C'est tout un ensemble de mesures simples, concrètes, pouvant réduire les accidents de la route, mais qui ne sont pas prises. Sur certaines réglementations, on a entre 20 et 40 ans de retard". 
"Un conducteur à qui on retire son permis parce qu'il s'est mal comporté, et qui va se tuer un mois plus tard sans son permis sur la route, c'est une aberration. La pertinence de la sanction n'est pas bonne. Au lieu de protéger ce conducteur, on l'a envoyé se tuer".
"On doit repenser les dispositifs, les alternatives aux sanctions, les peines complémentaires, on doit repenser les choses différemment. 


REPRESSION ET PREVENTION : DU POSITIF RELATIF

+ 30 000 infractions constatées par les gendarmes.
+ Les radars embarqués fonctionnent tous les jours, sept jours sur sept, 52 semaines par an. 
+ Les supports pédagogiques pour le CP, CE1 et CE2 sont édités. Les livrets CM1 et CM2 seront distribués à la rentrée 2017.
+ D’ici à 2018, publication des livrets pour les classes de maternelle.
+ 200 enseignants ont suivi un stage sur l’enseignement de l’éducation routière en 2015.
+ En 2015, Prévention Routière NC aura sensibilisé 4000 scolaires dans le cadre de l'attestation de première éducation routière (APER), et 6000 adultes dans des actions de sensibilisation (port de la ceinture, état du véhicule, conduite responsable) dans les stations services.


ANALYSE
"L'aspect répressif cela fonctionne. De ce côte-là, il n'y a pas de problème. On a jamais eu autant de répression et d'infractions relevées. Mais cela ne fait pas tout".
"Il faut travailler sur les comportements. Lors de notre dernière opération d'alternatives aux sanctions concernant la vitesse (jeudi), sur la SAV, le trafic était énorme à deux jours de Noël. Cela s'est terminé avec 42 conducteurs en grand excès de vitesse en l'espace de deux heures". 
"Autre vrai problème : on manque de budget pour faire vivre les actions de sécurité routière. Notre association Prévention Routière NC en est la première victime.  On pourrait faire plus. Mais aujourd'hui les contraintes budgétaires sont fortes. Nous sommes même en réduction de budget sur 2017". 
" Il faut saluer la DENC qui a fait un gros travail de fond pour remettre en avant l'APER partout en Nouvelle-Calédonie (NDLR : des publications qui permettent aux élèves de valider progressivement leurs apprentissages, jusqu’à l’obtention de l’Attestation de première éducation à la route, remise à la fin de la scolarité en primaire).


ALCOOL, REGLEMENTATION : LA BALLE EST DANS LE CAMP POLITIQUE

+ En 2016, l'alcool et ou les stupéfiants sont présents dans 93% des accidents mortels.
+ Le non-port de la ceinture pour les personnes décédées est constaté dans 86,5% des cas.
+ La vitesse excessive ou inadaptée est un facteur dans près de 73% des cas.
+ Défaut de permis constaté dans 39,5% des cas, 


ANALYSE:
"Sur l'alcool, on demande une réunion de travail en urgence, entre l'Etat, le Gouvernement, et les associations de sécurité routière".
"Les mesures prises encouragent le marché noir, et le marché noir provoque des déplacements, qui peuvent être en état d'alcoolémie".
"L'absence de cohésion concernant les arrêtés d'interdiction de vente d'alcool encourage, elle aussi, ces déplacements dangereux". 
"Ducos et Koutio le week-end sont des supermarchés de l'alcool et du cannabis sur la voie publique. Laisser des jeunes les acheter puis repartir en véhicule pour les consommer tout en conduisant, c'est la réalité du terrain. Elle n'est plus acceptable". 
"Sur le problème de la réglementation de la sécurité routière, les élus expliquent que nous n'avons pas assez de juristes pour rédiger les textes en matière de sécurité routière. L'autonomie réglementaire est une chance, mais écrire, faire passer, puis faire vivre les textes, c'est très technique et compliqué".
"On nous dit également que l'agenda du Congrès est très chargé. Il y a une file d'attente pour les textes. L'adoption prend beaucoup de temps. Les propositions que nous avons déposé en mars Boulevard Vauban n'ont été votées qu'en novembre, et aujourd'hui, elles ne sont toujours pas appliquées et applicables".


* Prévention Routière Nouvelle-Calédonie est une association loi 1901, immatriculée sur le territoire, dont l'un des membres fondateurs est l'association Prévention Routière en métropole, créée en 1949 poour lutter contre la recrudescence des accidents de la route et la mortalité routière. Sa priorité absolue est l'éducation routière des plus jeunes. 
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