Une page se tourne dans le Grand Sud

nickel
Site Vale vu du ciel
©Brigitte Whaap

Alors que le rachat de l’usine du Sud par Prony Resources est acté aujourd’hui, l’activité reprend sur le site. Le porte-parole de l’Ican a expliqué ce matin que « des compromis » ont été faits pour permettre à cette transaction de 120 milliards de francs.

Alors que le long et douloureux feuilleton du rachat de l’usine du Sud - qui avait vu une partie du pays paralysé et des manifestations dégénérer - , touche à sa fin avec la signature ce 31 mars du contrat de cession du site entre Vale Canada et Prony Resources, l’activité reprend sur le site.

Pour rappel, l’usine avait été arrêtée en urgence mi-décembre, en pleine mobilisation de l’Instance coutumière autochtone de négociation (Ican) et du collectif « Usine du Sud = usine Pays », après l’incendie criminel de locaux administratifs. 

Le point avec Sheïma Riahi et Philippe Kuntzmann : 

 

Les effectifs au complet début mai

Près de 800 salariés et sous-traitants sont mobilisés pour redémarrer l’activité. Le plan de reprise progressive d’activité devrait durer plusieurs semaines, selon les syndicats.

Première phase, qui est en cours, la mobilisation de la mine, afin de permettre en priorité la reprise de l’extraction du minerai. A compter de samedi, les équipes devraient redémarrer la chaudière n°1, puis celle de l’usine d’acide le 16 avril. 

Entre le 18 et le 20 avril, les équipes prévoient de relancer les deux « Hpal », les modules de production de NHC, le nickel hydroxyde cake. L’enjeu est d’importance, puisque le schéma industriel prévoit la production de 100 tonnes de NHC par jour, pour un total de 3000 tonnes par mois.

Les 1 300 salariés vont reprendre progressivement le travail et les effectifs devraient être au complet début mai. 

Réintégration de salariés

Hier un protocole d’accord a par ailleurs été signé avec l’USTKE. Il porte sur le devenir de 34 salariés sous le coup d’une procédure de licenciement pour divers motifs, allant du blocage aux exactions.


Leur situation « était un point bloquant pour la reprise de l’activité au sein de l’usine et surtout de la mine », indique Léonard Wametu, secrétaire général de la fédération Mine et métallurgie de l’USTKE.

Le reportage de Caroline Antic-Martin et Gaël Detcheverry :


Sur les 34 salariés, 26 vont réintégrer leur poste le 15 juin prochain. Pour les 8 autres, leur cas sera traité au sein d’une commission. « On savait qu’il y aurait des pots cassés quand on a commencé cette lutte, expliquait ce matin sur notre antenne Raphaël Mapou, le porte-parole de l’ICAN. Le protocole de fin de conflit permet de repositionner les salariés. Pace qu’ils ne sont pas battus pour cette usine pour rien. »

Les « compromis » de l’Ican

Pendant ce temps, c’est par visioconférence, crise sanitaire oblige, que Vale Toronto réunit ce 31 mars les acteurs du dossier afin de procéder à la cession de l’usine du Sud à Prony Resources.  

Une vente à plus de 120 milliards de francs, avec au capital 30 % pour la SPMSC, qui représente les intérêts des trois provinces, 21 % pour les salariés et les populations locales, 30 % pour la compagnie financière de Prony et 19 % pour le géant suisse Trafigura. 
Trafigura dont la présence au capital était vivement contestée par l’Ican et le collectif Usine du Sud-Usine pays. Ce matin, sur notre antenne, Raphaël Mapou, a reconnu que des « compromis » avaient dû être acceptés.

Mais pour le porte-parole de l’Ican, avec 51 % au capital de l’usine, les intérêts des Calédoniens sont bien présents, contrairement au précédent montage financier.  


Calédonie ensemble dubitatif

Cette cession suscite par contre une réaction mitigée du côté de Calédonie ensemble. Pour le parti de Philippe Gomès, les contours de cet accord dit « historique » ne sont pas très clairs.

Calédonie ensemble s’interroge ainsi sur le maintien d’Antonin Beurrier en tant que président de la compagnie financière de Prony, alors que l’accord prévoyait son départ et sur le montage de cette société, dont l’un des actionnaires est un fonds d’investissement basé aux Grenadines, ancien paradis fiscal. 

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