Vale entre en négociation exclusive avec un consortium incluant Trafigura

Antonin Beurrier, le PDG de Vale Nouvelle-Calédonie, vient de le confirmer : le groupe entre en négociation exclusive pendant un mois avec un consortium calédonien et international incluant Trafigura, pour la reprise de l'usine du Sud. 
C'est par visio-conférence, depuis l'hôtel où il est confiné à Nouméa, que le patron de Vale Nouvelle-Calédonie a annoncé la nouvelle à la presse, jeudi en début d'après-midi. Vale entre en négociation exclusive avec Trafigura, géant suisse des matières premières. Une offre préliminaire remise le 21 octobre 2020 à Vale, pour laquelle le groupe Trafigura s'est vu reconnaître un statut exclusif jusqu'au 4 décembre 2020, pour une clôture de transaction en janvier 2021.
 

Ce sont des négociants, ce sont des logisticiens et ils ne souhaitent pas être en contrôle de l'actif. Ils m'ont dit : "Nous, on veut bien venir, et proposer un soutien commercial, on veut bien mettre en place le financement, mais on ne souhaite pas contrôler et être majoritaire".

- Antonin Beurrier, PDG de Vale Nouvelle-Calédonie

 
 

Un pôle provincial  porté à 20%

La proposition soumise au groupe Vale, acceptée mercredi soir (heure de Nouméa) par sa filière canadienne, est la suivante : « on muscle le pôle institutionnel provincial, la SPMNC [ndlr : société de participations minières du Sud calédonien incluant les trois provinces], dont la participation au capital social de 5 % passera à 10 %. De son côté, Promosud ou l'une de ses filiales, monte en direct au capital de l'entreprise à hauteur de 10 %, dont 5 % non dilatables », précise le PDG de Vale NC.
 

Programme d'actionnariat populaire

Le pôle d'actionnariat salarié sera, quant à lui, partie prenante à hauteur de 23 % et une option sera ouverte en 2021, à la société civile calédonienne, à hauteur de 7 %. « Au total, on va arriver à 50 % de l'intérêt calédonien dans la nouvelle structure. C'est inédit. On passe de 5 % du capital, à 50 %. Cet élément est important pour la stabilité sociale, pour le fait d'embarquer tout le monde dans un projet. »

Compagnie financière de Prony

L'autre élément commercial est apporté par Trafigura « qui reste un actionnaire minoritaire important », à hauteur de 25 %. La société suisse, qu'Antonin Beurrier dit avoir sollicitée personnellement, garantira un financement au bénéfice d'une autre société d'investissement multipartite : la compagnie financière de Prony, qui devrait acquérir 25% des parts de l'entreprise, et dont Antonin Beurrier sera également le président.

Elle va réunir tout un tas d’investisseurs, qui pourraient être des producteurs de batteries, des fonds d’investissement, des grands constructeurs automobiles comme Tesla

Antonin Beurrier au sujet de la compagnie financière de Prony


Le management au capital 

Des cadres de l'entreprise auront également des participations, « l’une des conditions de Trafigura (étant) que le management soit impliqué ». « Non seulement, je vais participer au fonds commun de placement en entreprise et moi, et d’autres membres de la direction, seront dans cette compagnie », souligne Antonin Beurrier.
La compagnie financière de Prony apportera 5 milliards de francs en fonds propres, au bénéfice de Prony Resources, le nom de la future entité qui remplacera Vale Nouvelle-Calédonie, « avec des droits de gouvernance réels, en matière de gestion des risques industriels, environnementaux et sociaux », précise Antonin Beurrier.
 
 

Un tour de table à 120 milliards

Le tour de table réunit un financement d'environ 120 milliards de francs, dont 60 % en fonds propres et 40 % en dettes. Une somme nécessaire « pour que l'entreprise soit pérenne », indique le PDG de Vale NC. L'offre mise sur la table a également reçu le soutien financier de l’Etat par l'intermédiaire d'un prêt de plus de 22 milliards de francs, « avec une défiscalisation qui va arriver sur Lucy », assure Antonin Beurrier (lire ci-dessous). 

Les précisions de Coralie Cochin 

Accord de négociation exclusive


La commune de Yaté impliquée

Alors que la modification du Code minier n'est pas encore passée au Congrès, l'entreprise souhaite associer la société civile, « dans l’hypothèse où (elle) aurait les autorisations d’export de minerai ». Il s'agit « d'ouvrir le capital de la société d’export de minerai, à hauteur de 10 % », au travers d'une société d'économie mixte « que la mairie de Yaté s’est engagée à monter ainsi que Promosud ». Une possibilité de retombées pour la commune, met en avant la direction, qui viendrait s'ajouter à la mise en place d'une taxe sur les exportations, toujours en attente. 
 

Un produit demandé 

Si le projet du consortium aboutit, le négociant suisse devrait ensuite se charger de la commercialisation du produit intermédiaire NHC (nickel hydroxyde cake) pour une durée de six ans
Quant au groupe Vale, « il ne va pas s'en aller comme ça », assure Antonin Beurrier. « Il laisse sur la table un contrat de 13 ans pour acheter notre production ». Soit « 4000 tonnes pendant les 5 premières années et 20 000 tonnes dans les 8 années qui suivent »
Selon le directeur, « toute la production est déjà vendue pour les 5 prochaines années. On est en train de choisir entre nos clients, le produit étant vraiment en train d’exploser. Il est vendu de mieux en mieux sur le marché. C’est vraiment ce qui nous a sauvés. »
 

Augmenter la production, baisser les coûts

La direction espère retrouver l’équilibre, voire renouer avec les bénéfices, l’an prochain, si le cours du nickel reste élevé. Du côté de la production, l'objectif est de passer de 30 000 à 35 000 tonnes de NHC en 2021, avant d'atteindre un rythme de croisière à 40 000 tonnes
L'autre ambition est de continuer à baisser les coûts de production. « Quand j'ai pris les commande de l'entreprise, il y a deux ans, on avait un cash cost à environ 20 000 dollars la tonne. En fin d’année, on arrive à près de 12 000 dollars la tonne et l’année prochaine on sera sous 10 000 dollars la tonne », annonce Antonin Beurrier. 


Des garanties environnementales 

La future structure compter changer le mix énergétique du complexe industriel, « en divisant par deux les émissions de CO2 en dix ans et en (visant) la neutralité carbone en 20 ans ». Des engagements très ambitieux, qui nécessitent de gros investissements.
S’agissant des relations avec les communautés, Antonin Beurrier assure que « le pacte de développement durable est garanti pendant 20 ans ».

Imaginons le pire : si dans cinq ans, l’entreprise se casse la figure, le groupe Vale prendra la place de l’entreprise pour faire face à ses obligations.

Antonin Beurrier, au sujet des garanties environnementales


Autre décision : Vale NC « a décidé de tourner la page et d’avancer de manière constructive avec l’Oeil (ndlr : observatoire de l'environnement) et de travailler avec eux pendant 5 ans, dans le cadre d’un nouveau programme. »
 

Le projet Lucy en attente 

L'autre volet de cette reprise, c'est le lancement du projet Lucy, destiné à stocker et traiter les résidus secs produits par le site. « L’usine Lucy, c’est une demi-tour Eiffel à monter en termes d’acier, de filtres, de compresseurs... Ce sera le plus grand programme d’investissement privé en Calédonie, dès la conclusion de cette transaction en janvier 2021. » Un programme qui doit générer, selon la direction, 600 emplois pour un investissement d'au moins 35 milliards de francs.
 

Sauvegarde des emplois

Alors que planait le risque d'une mise en sommeil de l'usine, en cas de non repreneur, Antonin Beurrier appuie sur la corde sensible : la sauvegarde des emplois. « Ce qui m’intéresse, c’est de dire à mes 3000 salariés (ndlr : et sous-traitants), votre entreprise est sauvée. On ne va pas batir une stratégie sur des gens qui systématiquement s’opposent ou rechignent », réplique-t-il en réponse à l'Ican (instance coutumière de négociation autochtone), au FLNKS et au « collectif Usine du Sud = Usine Pays », qui ont appelé plusieurs fois à manifester pour soutenir l'offre de Sofinor-Korea Zinc, écartée par Vale.

J'espère qu’ils vont comprendre qu’il y a des enjeux importants et qu’il convient d’adhérer à cette nouvelle structure.

Antonin Beurrier, PDG de Vale NC, au sujet des opposants au projet


Si le changement de stratégie de Vale-NC, impliquant la fermeture de la raffinerie il y a quelques mois, a conduit à de nombreux licenciements, la cession de l'usine, elle, ne devrait pas entraîner de plan social, garantit Antonin Beurrier. « On maintient l'ensemble des emplois ». 


Le résumé d'Erik Dufour et Claude Lindor : 
©nouvellecaledonie

A réécouter ici, Antonin Beurrier, interviewé ce vendredi matin en radio par Anne-Claire Lévêque

Antonin Beurrier, invité de la matinale