VIDEO. Dakata : comment la médecine légale s’exerce-t-elle en Nouvelle-Calédonie ?

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Dakata : les temps forts de l'émission - La médecine légale ©Imagin pour NC La 1ère
Autopsies, expertises : de la découverte d’une mort suspecte jusqu’au procès d’assises, la justice s’appuie sur des médecins légistes tout au long de la procédure judiciaire. Une spécialité méconnue, sur laquelle s’est penchée l’émission Dakata du jeudi 31 mars 2022.

En Nouvelle-Calédonie, ils sont une petite dizaine de médecins à avoir suivi une formation de deux ans pour obtenir la spécialité de médecin légiste.  Réunis au sein du collectif des médecins judiciaires de Nouvelle-Calédonie, ils interviennent, volontairement et en dehors de leur temps de travail habituel, à la demande de l’autorité judiciaire.  

"C’est une organisation unique, tout à fait endémique à la Nouvelle-Calédonie", sourit le Dr Elisabeth Merlin, médecin légiste. Car la Calédonie ne dispose pas, comme c’est le cas en Métropole, d’une unité médico-légale. Les autopsies se déroulent à la morgue de Nouméa, dans une salle mise à disposition par la commune, et les consultations ont lieu dans des locaux loués par le collectif des médecins judiciaires.

 Une organisation spécifique  

Une organisation née en 2012 sous l’impulsion du Dr Merlin et de Claire Lanet, alors procureure de la République, suite à une réforme judiciaire nationale, imposant la professionnalisation des légistes.   "Avec les modifications législatives, qui imposaient une qualification on ne pouvait plus se satisfaire "de bricolage" comme on le faisait jusqu’alors et il est apparu qu’il fallait arriver à réellement former sur le territoire un pool de médecins légistes", explique Claire Lanet.  

Des médecins qui se relaient pour répondre aux réquisitions de la justice. Et contrairement aux idées reçues, dans 90 % des cas, les médecins légistes s’occupent de victimes bien vivantes. "Ce sont des consultations qui sont longues."

Ce sont des gens qui arrivent souvent en état de choc, ce sont des consultations qui peuvent durer 40 à 45 minutes dans un endroit un petit peu clos où les gens finissent par se lâcher

Dr Elodie Gigon

"Ils ont déjà un parcours qui est compliqué, ils ont déposé une plainte, ils ont subi beaucoup de souffrances parfois de manière assez prolongée", raconte le Dr Elodie Gigon, également légiste.   La consultation a alors pour but de déterminer si les faits rapportés correspondent effectivement aux lésions de la victime. Mais aussi à déterminer l’ITT, l’Incapacité totale de travail, une notion juridique souvent confondue avec l’arrêt de travail : "Par exemple, une hôtesse de l’air, qui a un métier de représentation, elle se fait agressée, elle a le visage tuméfié, (…), elle ne va pas pouvoir faire son travail parce qu’on ne se présente pas comme ça en public, souligne Elisabeth Merlin. Donc elle peut avoir un arrêt de travail pendant une dizaine de jours, tandis que l’ITT elle ne sera que de un jour. Pourquoi ? Parce que ça ne l’empêchera pas de se déplacer, de se laver, de s’habiller, de se nourrir. L’ITT mesure le travail pour soi-même, que l’on fait sans l’aide d’un tiers."

  L’autopsie, une procédure à part  

En cas de mort violente, le médecin légiste est appelé à réaliser une autopsie. "Nous réalisons les autopsies à deux, et avec un officier de police judiciaire, le plus souvent un technicien d’identification criminelle", précise Elizabeth Merlin. Une procédure qui dure en général trois heures et qui ne laisse pas indifférent.   

A partir du moment où on passe la porte de la salle d’autopsie, on se dissocie. C’est-à-dire qu’on laisse nos émotions et nos affects à la porte

Dr Elisabeth Merlin

"Sinon je dirai qu’on ne pourrait pas pratiquer en fait", assure la médecin légiste.   Il faudra ensuite encore trois heures pour rédiger le rapport d’autopsie qui sera joint à la procédure et permettra aux enquêteurs, puis à la cour lorsque l’affaire sera jugée aux Assises, de s’appuyer sur des faits scientifiques. Direction d’un coup, position de la victime vont permettre par exemple de dire s’il y a eu ou non légitime défense ou, lorsque plusieurs personnes se trouvent dans le box des accusés, de déterminer qui a porté le coup mortel.