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15e FIFO à Tahiti : rencontre avec le père Christophe, membre du jury du festival

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Le père Christophe et son chat
Le père Christophe et son chat ©CB
A Papeete, le festival international du film documentaire océanien propose cette année 14 films documentaires en compétition. Le jury présidé par le réalisateur Eric Lavaine compte une personnalité bien connue du fenua, le père Christophe. Rencontre. 
Dans son presbytère, un chat du nom de Voyou sur les genoux, le père Christophe n’est pas mécontent de devenir le temps d’une semaine membre du jury du 15e FIFO. Certes, il aura fallu toute l’habileté de Mareva Leu, l’organisatrice du festival, pour le convaincre. Mais Metua Kiritofe ne s’est pas longtemps fait prier.


Bouffée d'air frais

“Je vais tous les ans au FIFO. C’est ma semaine de vacances, explique le père Christophe. Comme je ne prends jamais de congés, voir tous ces documentaires, ça me permet de voyager. Le FIFO, c’est ma bouffée d’air frais”.

Le père Christophe devant la cathédrale de Papeete
Le père Christophe devant la cathédrale de Papeete ©CB

Marin au long cours

Et pourtant, il en a vu du pays le père Christophe. Engagé dans la marine nationale dès 17 ans, cet Alsacien installé depuis 25 ans à Tahiti a sillonné le Pacifique en long, en large et en travers. A bord de la Lorientaise puis de la Paimpolaise, deux bateaux de la marine nationale, il a pu découvrir la quasi-totalité des îles de la Polynésie française. “Je ne connais pas toutes les îles des Tuamotu”, précise-t-il modestement.

Caricature du père Christophe faite à Las Vegas
Caricature du père Christophe faite à Las Vegas ©CB

Projectionniste dans les îles

Dans les îles, le marin, timonier, devient aussi projectionniste. “Nous venions avec des films comiques, des Fernandel, des Louis de Funès, des films de Cow-boy. Il fallait que l’histoire se termine bien", raconte le père Christophe. Le marin se chargeait de trouver un mur bien blanc, il installait le projecteur et c’était parti pour des heures de visionnage.

Vocation en Polynésie

Curieusement cette expérience cinématographique a coïncidé avec sa vocation. “Comme je projetais des films, je ne revenais pas dormir sur le bateau, je restais dans les îles. J’ai été profondément marqué par la religiosité des Polynésiens. Levés tôt, ils se retrouvaient au son des cloches pour prier ensemble. C’est la Polynésie qui m’a donné envie de devenir prêtre", déclare-t-il.

Te Vai-ete

Après trois années de séminaire à Vienne, au sud de Lyon puis à Nancy, le père Christophe parvient grâce au soutien de l’évêque Michel, à revenir rapidement en Polynésie. Très vite, le prêtre met en place Te Vai-ete, une antenne du secours catholique.

Evêque Michel
Un portrait de l'évêque Michel ©DR

Prêtre et membre du jury

Pendant le festival du film documentaire océanien, le prêtre -membre du jury- n’abandonnera pas sa charge. Tous les jours, il continuera à faire l’office à 6h moins 10. Puis à 6h20 il ira rejoindre le local de Te Vai-ete pour prendre un repas avec les SDF.

Le truck de la miséricorde

Seule entorse à son programme : Il ne pourra pas assurer sa tournée hebdomadaire du vendredi à travers Tahiti pour prévenir les populations à risque contre les maladies sexuellement transmissibles. En raison de la soirée de remise des prix du FIFO 2018, le père Christophe n’ira pas à bord de son truck de la miséricorde, à la rencontre d’un public principalement composé de prostituées.

Le truck de la miséricorde
Le truck de la miséricorde ©CB

100 cas de syphilis

“Nous leur proposons des tests pour le SIDA et la syphilis, explique le prêtre. Il y a dans l’équipe des bénévoles, deux infirmiers et un médecin. En deux ans, nous avons pu ainsi soigner plus de 100 personnes atteintes de syphilis”. L’équipe distribue aussi des préservatifs. 


Marche à pied

Avec le FIFO, le père Christophe va changer de registre. Il ne boude pas son plaisir et se dit content de découvrir de nouvelles personnes et de nouveaux films. Le prêtre ira à pied au festival. C’est un principe.

Permis de conduire

Dans la zone urbaine qui va de Fa’a à Arue, le père Christophe monte rarement à bord d’une voiture . “J’ai passé le permis de conduire en 1981, précise-t-il. A l’époque il fallait connaître huit panneaux et l’on était interrogé sur deux ou trois. Mais depuis l’obtention de mon permis, je n’ai jamais reconduit.”

Un tout autre univers

En marchant, le prêtre rencontre des gens et ça n’est pas pour lui déplaire. Il connaît les quelques 200 à 250 SDF de Papeete qui le respectent. Il va désormais connaître le fonctionnement d’un jury de festival... un tout autre univers.  
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