Covid-19 : ces traitements parallèles

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Plaquénil, Ivermectine, Azitromicine et autres remèdes sont prescrits par une dizaine de médecins en Polynésie contre le Covid-19. ©Marcel BONNO/POLYNESIE LA 1ère
Et en dehors de l’hôpital, une méthode parallèle pour tenter de soigner le Covid-19 circule, notamment à base d'Ivermectine. Officiellement, aucune interdiction contre ce traitement qui ne bénéficie pourtant d’aucune Autorisation de Mise sur le Marché.

C’est un cabinet médical de fortune, installé sur la terrasse du domicile du docteur Jean-Paul Théron. Un va-et-vient incessant de patients vient chercher une ordonnance pour un proche atteint du Covid-19. "Grâce au traitement de taote, il va beaucoup mieux, assure Hubert Monnier, qui vient pour son frère. Il est toujours resté à son domicile, il a renoncé à se faire hospitaliser et maintenant, tout va mieux. [...] On n'est pas rassurés du tout en ce moment quand on va à l'hôpital."

Au domicile du médecin, actuellement deux patients sont hébergés sous oxygène. Et un téléphone qui n’en finit plus de sonner. "Oxygène H24, ordonne-t-il à son interlocutrice à l'autre bout du fil qui appelle pour son père. Il ne faut plus que ses intestins fonctionnent, c'est une cible vitale. Vous avez 48 heures à tenir. Quand on est à l'hôpital en réa, on n'a pas de plateau repas, on est sous perf. Là, je vous propose de ne pas le mettre sous perf, mais il faut qu'il boive toutes les demies heures..."

13 médecins appliqueraient le protocole du Dr Raoult en Polynésie

Le docteur Théron ne se cache pas d'être un rebelle. Militant anti-nucléaire actif, ancien médecin de la santé publique mis à la retraite d’office l'année dernière, il est aujourd’hui médecin libéral non conventionné. Il applique le protocole du Dr Raoult, de l’IHU de Marseille, à base d’ivermectine, d’azitromicine, de zinc, mais aussi de jus de noni et d’Aloe vera "qui ne suffisent pas, mais qui aident," précise-t-il. Et surtout de l’oxygène à domicile jusqu’à 10 litres, grâce à des machines qu'il a lui-même commandées l'année dernière, au début de la pandémie. Il assure suivre actuellement 42 patients, sans facturer ses consultations, 172 patients depuis mars 2020. Il reçoit leurs constantes par message plusieurs fois par jour.

Maintenant qu'on est dans la catastrophe, il faut que tout le monde se serre les coudes.

Dr Jean-Paul Théron

Le docteur Théron fait aussi l’objet de quatre plaintes pour médecine foraine, "on verra ça plus tard avec mon avocat," balaie-t-il d'un geste de la main. "Les choses vont mal. On ne doit pas passer son temps à se plaindre et à gémir, martèle-t-il. Ce qui devait être fait n'a pas été fait. Mais maintenant qu'on est dans la catastrophe, il faut que tout le monde se serre les coudes, que nos gouvernants comprennent qu'ils ont eu tort." Il prône "la mobilisation de tous les médecins du Pays, publics et privés. La moindre fièvre doit faire l'objet d'un traitement que font une douzaine de médecins," c'est-à-dire le protocole du docteur Raoult.

Pas d'Autorisation de Mise sur le Marché

L'ivermectine est un anti-parasitaire utilisé pour traiter la gâle et d'autres maladies que le Covid-19. Une étude de l'Institut Pasteur montre qu'il protège des symptômes du Covid-19 sur un modèle animal, c'est-à-dire que des tests ont été effectués sur des hamsters. L'ivermectine ne bénéficie pas d'Autorisation de Mise sur le Marché pour le traitement de la Covid-19. "Sur les données acquises de la science, ce produit ne fait pas partie de ce cadre-là, explique le docteur Nedim Al Wardi, président du Conseil de l'Ordre. On se base sur des choses démontrées et reconnues par les agences du médicament françaises, européennes et américaines. Donc, l'Ordre des Médecins ne reconnaît pas ces thérapeutiques." Toutefois, comme pour l'hydroxychloroquine l'année dernière, il n'est pas interdit en vertu de la liberté de prescription des médecins. Le Conseil de l'Ordre des médecins rappelle qu'en cas de prescription, il faut informer les patients et qu'en cas de souci, le Conseil de l'Ordre ne défendra pas les praticiens. "On peut comprendre que les médecins se sentent désemparés et qu'ils essaient d'utiliser tout un tas de produits, mais c'est en dehors des plots," rappelle le docteur Nedim Al Wardi.

Ces médicaments doivent en tout cas être pris uniquement sur prescription médicale et surtout pas en auto-médication. 13 médecins sur les 177 en exercice en Polynésie, suivraient actuellement ce protocole.

D'autre part, aucune étude scientifique ne démontre l'efficacité du jus de noni ou du jus de citron contre le Covid-19.