France Télévisions et le documentaire : une relation de longue date

France Télévisions et le documentaire : une relation de longue date
En 20 ans, le paysage audiovisuel a profondément évolué. Quelle est la place du documentaire sur les chaînes de France Télévisions et quelle est la stratégie du groupe ? Catherine Alvaresse, directrice des documentaires de France Télévisions, a répondu lors d’une rencontre sur le paepae a Hiro mardi 7 février.

En 20 ans, le développement du numérique a bouleversé le secteur et les chaînes sont désormais confrontées à la concurrence des plateformes. France Télévisions est le partenaire fondateur du FIFO, à travers Wallès Kotra, et Catherine Alvaresse, directrice des documentaires de France Télévisions, est particulièrement attentive à ce qui est présenté lors du festival. Lors de cette rencontre sur le paepae a Hiro, une courte vidéo de France TV a présenté sa ligne éditoriale : « Prévenir, alerter, révéler, partager, impacter, avancer, comprendre… Ça change tout. » Pour Catherine Alvaresse, un documentaire c’est « raconter le monde et se décentrer ». La directrice des documentaires de France Télévisions commence par expliquer que le documentaire est « une spécificité du service public ». 

« M6 a annoncé qu’ils diffuseraient 12 documentaires dans l’année, ce qui est un chiffre ridicule. Le documentaire est le facteur différenciant de France Télévisions. Nous avons une offre très complémentaire car adaptée à l’ensemble des différentes chaînes qui n’ont pas le même public. Le documentaire irrigue toutes nos chaînes. » Preuve de cette importance : le poids financier représenté par le documentaire qui est de 105 millions d’euros pour 2023 (12,5 milliards de Fcfp). Interrogée sur ce budget et les risques de le voir diminuer ou les chances de le voir augmenter, Catherine Alvaresse a précisé qu’il s’agissait de négociations tenues chaque année.

 En 2019, le documentaire a été réorganisé au sein de France Télévisions, étant divisé en pôles thématiques : culture et histoire, société et géopolitique, sciences et découvertes, acquisitions et coproduction internationale. « Nous nous sommes engagés à répondre dans les deux mois sur les projets que nous recevons, qui sont environ de 3 000 par an (dont 1 900 seulement pour le pôle société et géopolitique). » C’est une discussion au sein du pôle qui permet d’accepter ou non le projet documentaire. Quand le documentaire obtient la validation éditoriale et financière, la production peut commencer. Le format dépendra de la case obtenue pour sa programmation : deux fois 52 minutes ou 90 minutes pour un prime time, entre 52 et 60 minutes pour une seconde partie de soirée. L’aiguillage en fonction des chaînes est réfléchie suivant la cible de spectateurs de chacune. « Par exemple France 2 doit programmer des documentaires très puissants car son public n’est pas un public de documentaires… » Suite à la disparition de France Ô, les documentaires ultramarins bénéficient de ponts entre les chaînes pour des cases particulières. « C’est un dialogue qui a inondé d’autres cases de façon naturelle. »

Aujourd’hui, les chaînes France Télévisions travaillent en complémentarité avec la plateforme sur laquelle est désormais diffusé tout ce qui passe sur la télévision. « Nous avons adapté nos usages. Avant c’était des rendez-vous, mais les nouvelles générations ne fonctionnent plus comme cela. Seul le sport est resté un rendez-vous. » L’écriture s’est également adaptée à ce nouveau support avec la proposition de documentaires traités en série comme l’affaire d’Outreau. Mais c’est aussi aller encore plus loin : cette série a été réalisée par deux réalisateurs : une spécialiste du documentaire et un du cinéma. « Un vrai challenge ! » Tous ces bouleversements ne modifient pas la raison d’être du documentaire : « être un regard sur le réel ». « On peut tout raconter, il n’y a pas de censure », a assuré Catherine Alvaresse, qui s’est dite particulièrement optimiste pour l’avenir du documentaire qu’elle pense « radieux ». « On voit que l’audace intelligente a toujours payé. On a besoin du documentaire. »

Catherine Alvaresse, directrice des documentaires de France Télévisions 

Catherine Alvaresse, directrice des documentaires de France Télévisions

Est-ce que certains documentaires du FIFO pourraient se retrouver au programme des chaînes de France Télévisions ?

Absolument. D’ailleurs, nous avons acheté le gagnant du grand prix de l’année dernière (Oceans Apart – Greed, betrayal and Pacific rugby, réalisé par Alex Haudiquet). Il a été diffusé sur l’une de nos cases documentaires de France 2. France Télévisions a créé le FIFO avec Wallès Kotra, nous sommes plus que des partenaires, nous sommes avec le festival depuis 20 ans. Nous regardons attentivement tout ce qui y est présenté, avec un œil plus vigilant sur le gagnant. C’est le plus grand festival hors métropole.

Personnellement, allez-vous voir des documentaires pendant cette édition ?

Je ne vais peut-être pas pouvoir tout regarder mais j’ai accès à tous les liens donc je commence déjà à envoyer des choses à mes équipes qui sont restées à Paris : ‘regardez ça, c’est intéressant’.

Que pensez-vous de la production présentée au FIFO ?

C’est la production ultramarine la plus forte. C’est celle qui se fait le plus entendre, celle qu’on voit le plus… Le FIFO a donné naissance au FIFAC en Guyane, où je suis allée, c’est beaucoup plus petit. Là, je suis très épatée par la vitalité, le nombre de films… On sent qu’il y a une appétence du documentaire très particulière. C’est génial !

 

 

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