Assises : procès de l'ancien docker qui avait étranglé sa compagne

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Assises procès féminicide
A l'origine de ce féminicide, la violence, l'alcool et la drogue. ©Polynésie la 1ère
Un procès pour féminicide s’est ouvert aux assises aujourd’hui. Un homme de 59 ans encourt la perpétuité pour avoir étranglé sa compagne. Ce jeudi, la cour s’est penchée sur la chronologie des faits et la personnalité de l’accusé.

« La victime n’avait aucune chance » résume le directeur d’enquête, à la barre ce 24 février, à l’ouverture du procès de Jean-Claude, 59 ans, jugé pour homicide volontaire par concubin.

Le 30 novembre 2018, le couple boit de la bière en bord de mer, à Tiarei, avec le fils de Jean-Claude et quelques amis. « Une bonne ambiance, pas de dispute », racontent les témoins.  

Il serre pendant 10 à 15 minutes

En rentrant à la maison, une dispute aurait éclaté sur fond d’alcool et de cannabis. L’accusé, alors docker et pesant une centaine de kilos, aurait alors bloqué les jambes et les bras de sa conjointe, Sophie, et l’aurait étranglée sur le lit conjugal. Il aurait serré « pendant 10 à 15 minutes » selon lui. Elle aurait eu le temps de dire « je ne reverrais plus mes petits-enfants ». Il n’aurait pas tenté de la réanimer. Il aurait replacé son corps au milieu du lit, l’aurait embrassée « pour lui dire au revoir ».

Son fils, rentré entre temps, aurait aperçu le dos de son père par la fenêtre de la chambre et aurait entendu gémir. « J’ai pensé qu’ils faisaient l’amour ». Mais Jean-Claude sort de la chambre et lui aurait dit d’appeler les gendarmes car il venait de tuer Sophie. « Là, j’ai pété les plombs, se remémore le fils. Je suis allé sur lui, je lui ai dit ‘mais pourquoi tu as fait ça ?!’ »

 

procès féminicide

A l’ouverture du procès, Jean-Claude présente ses excuses aux 6 enfants de la victime, nés de précédentes unions. « Chaque jour, je me reproche mon geste, déclare l’accusé. Je ne voulais pas ôter son souffle de vie. L’alcool et le cannabis, ça fait des dégâts. »

Les plus grands enfants de Sophie assistent au procès. « On espère que ce jugement soit exemplaire, nous confie Moana, un des fils de la victime, lors d’une suspension d’audience. Pour toutes les violences faites aux femmes et dont notre mère a malheureusement été victime. […] Nous avons perdu notre mère, nos enfants leur grand-mère…Elle était très exemplaire, le cœur sur la main même avec peu. Aujourd’hui, on est là pour la défendre. »  

« Une relation basée sur l’alcool »

Jean-Claude avait perdu son épouse et la mère de ses 4 enfants un an plus tôt. 30 ans de vie conjugale  « normale », selon les voisins et un de leurs fils, sans violence connue au sein du couple. Au décès de sa femme, Jean-Claude était « perdu et triste », selon un de ses fils. Il avait rencontré Sophie, déjà en couple, 2 mois auparavant à un arrêt de bus. « Il avait retrouvé le sourire », raconte son fils à la barre. Le couple prévoyait de se marier.

« Une relation basée sur l’alcool » analyse le directeur d’enquête. Après les faits, Jean-Claude avait 0,77 g d’alcool par litre de sang et des traces de cannabis, Sophie 1,55 g/L. Les témoins entendus ce premier jour d’audience décrivent un homme rude et calme, mais alcoolique. L’accusé reconnaît les faits, mais assure ne pas avoir voulu tuer sa compagne.

Incarcéré depuis les faits, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu demain.