Education : un inspecteur Polynésien souhaite revenir au fenua, sa demande est refusée

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Bureaux de la DGEE, Tahiti, 23 août 2022. ©Polynésie la 1ère
Après un an de formation en Normandie au poste d'Inspecteur de l'Education nationale, Matani Kainuku souhaite revenir au fenua. Mais sa candidature n'a pas été retenue par le ministère local : il doit avoir effectué deux ans en métropole. Un recours a été déposé devant le tribunal administratif.

Les syndicalistes de l’éducation montent au créneau pour défendre Matani Kainuku, un inspecteur Polynésien qui souhaite revenir au fenua. Titularisé, il a déjà effectué un an de formation en métropole après avoir réussi le concours. Il souhaitait revenir exercer en Polynésie dès la rentrée 2022.

Flou administratif

Or, d'après Christelle Lehartel, ministre de l'Education en Polynésie, l'administration prévoit deux ans de formation : "on a dit à tous nos Polynésiens qui partent en formation en métropole : avant de partir, ils savent pertinemment qu'ils doivent [effectuer] une année pleine en tant que stagiaire et une année de plus pour asseoir [leur] stage." Matani doit donc patienter un an supplémentaire. "Je ne doute pas de ses compétences. Tout le monde connaît Matani. Mais il va quand même avoir un poste à haute responsabilité...", précise la ministre. 

Pourtant, selon Me Robin Quinquis, l'avocat de l'inspecteur : "la loi dit le contraire." Les textes, datant de 2017 indique-t-il, prévoient que "les ressortissants de l'outre-mer ont un droit de priorité au moment de leur affectation sur les territoires dont ils sont originaires. Monsieur Kainuku a demandé à faire application de ces textes. Et il se trouve qu'il y avait plusieurs postes d'inspecteur de l'Education nationale vacant à cette rentrée."

Entre temps, trois inspecteurs expatriés ont été affectés... Ce que regrette Melba Kaua, secrétaire générale adjointe du STIP et de la fédération UNSA Education. "Son poste pouvait être prêt pour août 2022, c'est ce que nous déplorons" insiste-t-elle.

Le principal concerné avait interpelé le ministère de l'Education local début 2022. Des courriers restés sans réponses -jusqu'à aujourd'hui.

Recours

"Il avait toutes les raisons de penser qu'il allait pouvoir être affecté en Polynésie française. Aucune de ses correspondances, ni les miennes, n'ont reçu de réponse de la part du ministère local. Le ministère de l'Education nationale nous a indiqué que c'était une décision qui n'appartenait strictement qu'au ministre de la Polynésie. Et jusqu'à aujourd'hui nous ne savions pas pourquoi sa décision était de refuser l'affectation de monsieur Kainuku", indique son avocat. 

Me Quinquis a introduit un recours devant le tribunal administratif. Il souhaite avoir "une position juridique claire de l'administration sur la situation. Monsieur Kainuku ne cherche pas à contourner la loi mais à l'appliquer. Il sait qu'une position lui sera présentée en cours d'année mais bénéficiera à d'autres agents par la suite."  

D'autre part, la ministre souligne que la Polynésie est en manque d'inspecteurs locaux. "Il nous faudrait au moins 10 nouveaux inspecteurs polynésiens, 1er et 2nd degré confondus. On en n'a pas suffisamment. Pour l'instant le seul polynésien, c'est celui qui est actuellement en métropole. Je fais appel aux métropolitains parce-que malheureusement je n'ai pas assez de polynésiens qui sont prêts." Plusieurs postes de chefs d'établissement sont également vacants.