Le manque de moyens de la justice au cœur des discours de rentrée

justice polynésie française
Rentrée solennelle 2022
Rentrée solennelle 2022 ©Mirko Vanfau
La cour d’appel de Papeete et le tribunal de première instance de Papeete ont tenu leurs audiences solennelles de rentrée, ce vendredi 21 janvier. L'occasion de pointer du doigt le manque de moyens de la justice.

C'était une audience particulière car restreinte. Pour des raisons sanitaires, aucune invitation extérieure n'avait été faite. Une décision de la Chancellerie.

Les magistrats ont fait leurs traditionnels discours pour dresser, le bilan de 2021 et dessiner les perspectives de l'année en cours. Papeete est l'une des juridictions qui a connu la plus forte augmentation d'affaires traitées l'année dernière, + 30% par rapport à 2020.

Mais dans leurs discours, les magistrats ont aussi souligné le manque de moyens de la justice en Polynésie.

Le procureur général, Thomas Pison a présenté des chiffres éloquents "  Malgré son important PIB par habitant, la France ne consacre que 69,50 euros ( 8 293 francs) par habitant à la justice. Un abonnement Canal plus sur une année est de 240 euros (28 639 francs). Le nombre de magistrats du parquet pour le ressort de la Polynésie française est actuellement de 4,34 pour 100.000 habitants. Ici, si on devait appliquer le ratio de la CEPEJ ( la Commission européenne pour l’efficacité de la justice), il faudrait 30 parquetiers en Polynésie, alors qu’actuellement, nous sommes 12. "  Il faut aussi ajouter le manque criant de greffiers. Peu de personnels mais un volume de dossiers traités toujours plus importants.

Pour le procureur de la République, Hervé Leroy, " Lorsque présidents et procureurs ont fait le constat d'une certaine forme de souffrance au travail compte tenu d'objectifs de plus en plus nombreux à atteindre avec " faire toujours plus, vite et mieux "  sans compter les commandes à exécuter sur diverses thématiques (l'exécution et l'aménagement des peines, la justice des mineurs, la réorientation des procédures pendant la pandémie), ils ont été invités à se questionner par la centrale sur leur « management ». "


Malgré ces difficultés, les magistrats gardent le cap. Ils espèrent cette année, renforcer l'accès à la justice dans les archipels des Tuamotu, des Gambier et des Australes.

Cette rentrée a aussi été l'occasion d'installer deux nouveaux magistrats. Marie-Florence Brengard, présidente de chambre et Jacques Louvier, avocat général. Ils remplacent des magistrats qui ont quitté le territoire.