Nouvelle-Calédonie : la baisse historique de la population entraîne une pénurie de personnel

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Population Nouméa
La population de Nouvelle-Calédonie compte à présent moins de 270 000 habitants. ©NC la 1ère
Pour la première fois de son histoire, la Nouvelle-Calédonie voit sa population baisser, avec des conséquences importantes sur certains secteurs d'activité, notamment en raison des départs du territoire dus à l'instabilité institutionnelle et à la crise du covid.

La population de l'archipel du Pacifique sud est passée au 1er janvier sous la barre des 270 000 habitants, en baisse depuis deux années consécutives (-330 personnes en 2020 et -1.050 en 2021), selon l'Institut de la statistique et des études économiques (Isee) de Nouvelle-Calédonie qui assure que c'est une situation totalement inédite pour le territoire.
Les départs sont la principale cause de ce recul : 2 999 en 2021 et 2 782 l'année précédente. En conséquence, le solde migratoire ne compense plus la baisse de la natalité, amorcée dans les années 1980. 
Une dynamique déjà constatée lors du recensement de 2019, qui faisait état de 13 000 départs depuis le précédent recensement en 2014.

Référendum : votante au bureau de vote de l'école Le Petit Poucet à la Vallée-du-tir, Nouméa
©Gédéon Richard / NC la 1ère

Craintes sur l'avenir du territoire après trois référendums d'autodétermination qui n'ont pas permis d'aboutir pour le moment à un nouveau statut et fermeture des frontières pendant deux ans en raison de la crise sanitaire mondiale expliquent ce phénomène, selon l'Isee.

Cette chute provoque de vives inquiétudes dans le milieu économique. "On a perdu 18 000 personnes depuis 2014", calcule Thibaut Martelin, président de la commission économie-fiscalité du Medef, "et le phénomène va en s'accélérant". 

L'organisation patronale estime à 30 milliards cfp (252 millions d'euros) le coût de ces départs en 2021, principalement des classes moyennes qualifiées, soit 3% du PIB. Avec également des conséquences délétères sur les comptes sociaux déjà dans le rouge. 

Le Medef, qui demande "des mesures d'urgence de relance économique", estime qu'il faut élargir le financement des comptes sociaux à l'impôt et baisser les charges sociales sur les salaires. Une réforme qui aurait le double bénéfice de conforter le système de financement de la Sécurité sociale et "de redonner de l'attractivité à la Nouvelle-Calédonie, en permettant des hausses de salaire allant jusqu'à 15%", selon M. Martelin.

Problèmes de recrutement 

Désertée par une partie des compétences, le territoire doit faire face à une concurrence nouvelle, entre régions françaises, pour recruter certains professionnels dont la pénurie est nationale. Ainsi, alors que jusqu'ici la Nouvelle-Calédonie, avec ses salaires élevés et un cadre de vie préservé, recrutait sans peine du personnel médical et paramédical, des services entiers sont aujourd'hui contraints de fermer. 
A la clinique Kuindo-Magnin, à Nouméa, 30 lits de chirurgie et de médecine interne sont vides, faute d'infirmiers. 
Hors du Grand Nouméa, les dispensaires ne sont plus pour certains en mesure d'assurer les urgences, alors que l'hôpital le plus proche se trouve parfois à plusieurs centaines de kilomètres. 
Pour remédier à la situation, la province des îles Loyauté a mis en place un partenariat avec le CHU de Bordeaux pour la mise à disposition de six internes hospitaliers et permettre la réouverture des urgences. 

Le nouvel hôpital de Nouméa opérationnel en fin d’année
L'hôpital de Nouméa. ©Polynesie1ere


Dans tous les secteurs, la pénurie de personnel est telle qu'une hypothétique reprise de l'activité économique serait aussitôt freinée par le manque de main d'oeuvre qualifiée, selon plusieurs représentants patronaux interrogés par l'AFP. "Le PIB 2022 va terminer en léger négatif, comme c'est le cas depuis trois ans", note ainsi l'IEOM, l'institut chargé de l'émission monétaire en outre-mer.
L'immobilier donne pourtant des espoirs, si ce n'est de reprise, au moins de rattrapage : "On note sur le 1er trimestre 2022 une hausse de 26% des transactions immobilières", souligne Olivier Fagnot, directeur de l'Isee qui publie jeudi son enquête annuelle sur le secteur.
Une embellie qui intervient après une année 2021 catastrophique où les transactions ont chuté de 11,2% par rapport à l'année précédente, atteignant leur plus bas niveau depuis 2014. Une embellie qui concerne uniquement l'ancien. "Le neuf est devenu anecdotique, en chute de 90% par rapport à 2015", selon l'Isee.
Le troisième référendum d'autodétermination organisé le 12 décembre 2021 a donné la victoire au "non", mais a été marqué par le boycott des indépendantistes, qui en avaient demandé le report en raison de la pandémie de Covid.