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Crise requin : les pêcheurs réunionnais ne se ruent pas à la pêche aux squales

24 requins (12 bouledogues et 12 tigres) ont été pêchés en un an depuis le lancement de l’étude ciguatérique par la préfecture. Un résultat très éloigné du massacre décrit par les opposants à la pêche de ce poisson qui n’intéresse pas les pêcheurs professionnels de La Réunion.

Le requin bouledogue est une espèce de requin très agressive. Ils seraient impliqués dans la majorité des attaques à la Réunion © Alain Diringer
© Alain Diringer Le requin bouledogue est une espèce de requin très agressive. Ils seraient impliqués dans la majorité des attaques à la Réunion
  • Par Fabrice Floch
  • Publié le , mis à jour le
Une rumeur circule depuis plusieurs mois à La Réunion : " Les requins bouledogues et tigres qui fréquentent l’océan indien aux alentours de l’île sont en sursis. Ils sont irrémédiablement exterminés par des pêcheurs assoiffés de sang et de vengeance ".
La réalité est tout autre. Les amoureux de la mer et de sa faune peuvent être rassurés, les eaux turquoise du lagon n’ont pas encore été rougies par les massacres perpétrés au nom des dépistages ciguatériques. En un an 24 squales ont été pêchés (12 tigres et 12 bouledogues).
La dernière capture (un requin bouledogue marqué) a eu lieu en baie de Saint-Paul, à moins d’un mille du lieu de l’attaque mortelle du 15 juillet dernier.
 
70 Euros pour 12 heures de mer
Le comité régional des pêches et des élevages marin de La Réunion est associé par les autorités aux actions qui permettront de réduire le risque requin : " Le CRPM est un prestataire de service. Cette formule permet d’éviter la ruée à la pêche aux squales ", explique Ludovic Courtois, secrétaire général du comité, " seuls les professionnels ayant répondu à l’appel d’offre et qui sont retenus par le CRPM sont autorisés à pêcher les deux espèces visées. Par ailleurs, ce n’est pas une poule aux œufs d’or, le pêcheur touche de 50 à 70 Euros pour 10 à 12 heures en mer. Ce professionnel est loin du compte quand l’on sait qu’il doit payer son gasoil, l’Urssaf et son rôle d’équipage. Il ne gagne pas sa vie grâce à cette pêche ".
 
Tigres et bouledogues préservés
 
 
Le Conseil d’Etat demande au préfet de La Réunion de trouver des solutions pour lutter contre le risque requin. Les pêcheurs réunionnais via le comité des pêches vont une fois de plus être associés à la réflexion.
Cependant, du côté du CRPM, Ludovic Courtois précise : " Ici et même avant la crise, les professionnels n’ont jamais gagné leur vie en pêchant des squales. Dans les années 90 des patrons de long-liners ont arrondi leurs fins de mois en prélevant les ailerons des poissons et en les rejetant à l’eau encore vivant sans nageoire. Pratique illégale, condamnée et condamnable. Mais depuis cette période, les pêcheurs réunionnais ne s’intéressent quasiment plus aux requins. En 1999, la préfecture interdisait la commercialisation des tigres et des bouledogues sur le territoire pour cause de ciguatera. Depuis, les artisans rencontrent des tigres et des bouledogues parfois, ils se font même manger le produit de leur pêche au bout de la ligne. On appelle ce phénomène la déprédation ".
 
Le requin ne se vend pas
 
La vente des tigres et des bouledogues étant interdite localement, le comité des pêches a réfléchi à un débouché pour exporter les prises au Japon ou en Chine. Très rapidement, il s’est avéré que la mise en place d’un conteneur réfrigéré pour conserver les captures était coûteuse. Les seules espèces vendues sur les étales des poissonniers réunionnais sont donc : le mako, le pointe blanche du large, le marteau ou pantouflier, le renard, le zépine et encore plus rarement le griset.
" Il n’y a pas vraiment de marché sur La Réunion pour le requin. Généralement quand un pêcheur en a un au bout de la ligne, si le poisson est bien vivant, il va couper le fil. Il préfère perdre un « zin » (hameçon en créole) que de passer deux ou trois heures à se battre pour tenter de tuer un animal qui ne lui rapportera rien. Si le requin est mort ou dans un mauvais état, il le ramène et il le découpe pour le distribuer dans sa famille. Ce poisson « mangeur d’homme » et de cadavres d’animaux n’a pas bonne réputation localement. Il est donc quasiment invendable, même si le civet créole est excellent " conclue Ludovic Courtois.


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