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Les vétérinaires en grève pour la première fois depuis 40 ans

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Grève des vétérinaires
©Denis Colle
C'est un mouvement pour le moins inhabituel. Les vétérinaires seront en grève le mercredi 6 novembre. Objet de leur colère : un projet de loi sur l'agriculture visant à découpler ordonnance et délivrance des antibiotiques.
L'intention est sans doute louable, faire diminuer l'utilisation des antibiotiques pour les animaux, mais la mesure provoque la colère d'une profession qui n'avait pas manifesté depuis une quarantaine d'années. Demain, mercredi 6 novembre, les vétérinaires n'assureront que les urgences. Ils seront en grève afin de contester un projet de loi sur l'agriculture qui vise, selon le syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral (SNVEL), à "modifier radicalement notre statut concernant la délivrance de médicaments".
En fait, la mesure consiste à ne plus autoriser les vétérinaires à délivrer des antibiotiques. A l'instar des médecins, leur prérogative se limiterait à l'ordonnance. Le propriétaire de l'animal malade se tournerait ensuite vers le pharmacien. Un découplage ordonnance-délivrance que condamne les vétérinaires. Selon ces derniers, il s'agit d'une "insulte que nous font des médecins dogmatiques attachés au cabinet de la ministre Marisol Touraine". Le syndicat avance surtout les résultats déjà obtenus au cours des cinq dernières années avec une consommation d'antibiotiques en baisse de 33 %. Pour la profession, après les antibiotiques, le gouvernement aura, sans recours au législateur, toute latitude pour interdire également la délivrance d'autres médicaments...une mort programmée pour bon nombre de vétérinaires en milieu rural notamment.
Les vétérinaires sont en colère et ils le font savoir. Une pétition lancée par le SNVEL a déjà recueilli plus de 49 000 signatures. 

A La Réunion, quelques 110 diplômés sont concernés par ce mouvement de grogne. Si à peine 20 % d'entre eux sont syndiqués, le président du SNVEL 974 en est persuadé, la grève sera largement suivie. Frédéric Aymé justifie la réaction des vétérinaires : "c'est un mélange de ras-le-bol et de crainte. Au moins 70 % des vétérinaires de l'île devraient faire grève".
En milieu rural notamment, le découplage "ordonnace-délivrance" pourrait bien mettre en péril une profession qui vit en partie des revenus de la vente de médicaments. Surtout pour le vétérinaire du Tampon, qui intervient essentiellement dans les élevages du sud de l'île, cela représenterait une gène pour les éleveurs contraints de quitter leur exploitation pour se rendre dans les pharmacies. Perte de revenus, dégradation du suivi sanitaire, les vétérinaires exprimeront donc leur colère ce 6 novembre. Une première pour la plupart d'entre eux. En trente ans de carrière, Frédéric Aymé n'a jamais fait grève. Le dernier mouvement de protestation des vétérinaires remonte à 1974. Le gouvernement de l'époque souhaitait créer un statut d'infirmier-vétérinaire..