Saison cyclonique 2013-2014 à La Réunion

cyclones
Cyclone Imelda
©Météo France
La préfecture de La Réunion a dévoilé ce mardi 10 décembre 2013 les modifications apportées au plan ORSEC pour la saison 2013-2014.
Dossier de presse de la Préfecture de La Réunion



Notions de base sur les cyclones tropicaux

Les systèmes dépressionnaires tropicaux sont des perturbations qui se développent sur les eaux chaudes tropicales (températures de surface de la mer supérieure à 26°C), dès lors que les conditions dynamiques sont favorables. Les dépressions associées sont les plus creuses observables au niveau de la surface terrestre, avec un minimum de pression centrale qui peut descendre sous les 900 hPa dans le cas des phénomènes les plus intenses.
 
Ces dépressions génèrent des vents, tournant dans le sens des aiguilles d’une montre dansl’hémisphère Sud. Ces vents peuvent devenir extrêmement violents dans le cas des cyclones matures (avec des rafales maximales pouvant atteindre les 300 km/h dans les cas les plus extrêmes). Les conditions paroxysmiques (vents maximaux et précipitations les plus intenses) sont concentrées sous le mur de l’oeil, anneau de nuages extrêmement puissants (pouvant monter jusqu’à 15-17 km d’altitude) qui entoure l’oeil. Ce dernier est une zone de calme dont la présence se signale par une signature visuelle caractéristique sur l’imagerie satellitaire. A des stades moins évolués, les systèmes dépressionnaires tropicaux ne présentent pas d’oeil, mais des masses nuageuses tourbillonnaires, dont le degré d’organisation est plus ou moins prononcé suivant la force des vents associés à la circulation dépressionnaire.
 
Les vents maximaux définissent l’intensité de la perturbation, ainsi que son type au sein de la classification des systèmes dépressionnaires du bassin où elle évolue. Basée sur la force maximale des vents, cette classification est associée à une terminologie précise. Dans le bassin du Sud-Ouest de l’océan Indien, les différents stades d’évolution et types associés incluent, entre autres, les stades de « dépression tropicale », de « tempête tropicale modérée » (stade à partir duquel le phénomène reçoit un nom), de « forte tempête tropicale », de « cyclone tropical », de « cyclone tropical intense », voire de « cyclone tropical très intense ».
 
Au cours de son existence, un système dépressionnaire tropical passe par différents stades d’évolution, en fonction des processus d’intensification ou d’affaiblissement auxquels il est soumis. Il se déplace également, son centre dépressionnaire décrivant ainsi une trajectoire,plus ou moins régulière ou tortueuse selon les cas. Chaque trajectoire est unique et propre à une perturbation.
 
Le travail du prévisionniste « cyclone » consiste à tenter de prévoir la trajectoire future et les évolutions/changements d’intensité et de structure, ainsi que les éventuelles conséquences en terme de temps sensible (vents, pluies, houle, etc.) sur un territoire donné, si celui vient à être affecté ou influencé par un système dépressionnaire tropical.
 
Bien qu’ayant beaucoup progressé au fil des dernières décennies, la qualité des prévisions demeure insuffisante pour s’affranchir d’un système de prévention. Basé sur un système d’alerte des populations, et des conseils/consignes de comportement, celui-ci tient compte à la fois des prévisions, mais également du degré d’incertitude sur ces prévisions, et il intègre, également, la vulnérabilité éventuelle du territoire et des infrastructures qui abritent la population menacée.
 
En raison de sa position géographique au coeur du domaine tropical, l’île de La Réunion est soumise à l’aléa cyclonique et est régulièrement influencée, ou directement affectée, par des systèmes dépressionnaires tropicaux évoluant sur le Sud-Ouest de l’océan Indien, et prioritairement issus de son secteur nord-est, secteur privilégié d’où proviennent la grande majorité des phénomènes ayant frappé, parfois douloureusement, l’île au cours de son histoire.

Retour sur la saison cyclonique 2012-2013

Bien qu’en léger recul par rapport à l’exercice précédent, l’activité perturbée s’est maintenue à un niveau soutenu en 2012-2013 dans le Sud-Ouest de l’océan Indien, avec une saison cyclonique qui, au bilan final, a affiché une activité quasiment normale, que ce soit en terme de nombre de jours d’activité perturbée ou de nombre de jours cycloniques.
 
Un seul élément s’écartant quelque peu de la norme climatologique est toutefois à souligner, à savoir le nombre élevé de cyclones s’étant développés, puisque sur les dix tempêtes tropicales formées, sept se sont transformées en cyclone tropical, une proportion remarquable, sans être exceptionnelle toutefois (lors de la saison 2001-2002 – celle du cyclone DINA – sur onze tempêtes tropicales formées, neuf avaient atteint le stade de cyclone tropical mature).
 
La saison 2012-2013 s’est caractérisée par une longévité importante, s’étalant sur sept mois, d’octobre à mai, avec un démarrage à la fois précoce et une fin très tardive. Sur les dix météores de cette saison, quatre ont eu une influence sur les terres habitées, mais seul le cyclone HARUNA a fait des victimes (à Madagascar).
 
La dernière fois que l’on avait observé sept cyclones sur le bassin, c’était lors de la saison 2006-2007, celle du cyclone GAMEDE, pour lequel La Réunion était passée en alerte rouge (à deux reprises d’ailleurs). Puis, près de 6 années se sont écoulées sans la moindre alerte cyclonique, la plus longue période de calme dans l’histoire récente de La Réunion. Et le hasard a voulu que La Réunion renoue avec les alertes cycloniques en cette saison 2012-2013, durant laquelle sept cyclones ont, également, été observés sur le bassin.
 
Tout comme pour GAMEDE en février 2007, DUMILE a nécessité un passage en alerte rouge (puis une phase de sauvegarde). C’était début janvier 2013 et il s’agissait d’ailleurs de la deuxième alerte rouge la plus précoce (derrière l’alerte rouge de DANIELLA de décembre 1996). Bien que sa trajectoire ait fait passer son centre beaucoup plus près de La Réunion que cela n’avait été le cas pour GAMEDE, l’influence de DUMILE a cependant été moindre, que ce soit en durée ou en terme de force de vents ou de quantités de pluies.
 
Si DUMILE a été un cyclone de faible puissance, il a toutefois généré d’importants dégâts sur le plan agricole et des infrastructures. Il a constitué une piqûre de rappel, remémorant à ceux qui l’auraient oublié que La Réunion demeure une terre de cyclones. Par ailleurs, il a également eut une effet bénéfique pour la reconstitution des ressources d’eau.
 
FELLENG a également apporté un arrosage conséquent quelques semaines plus tard (malgré une distance importante de passage au plus près). Les deux épisodes pluvieux associés au passage de ces deux météores auront grandement contribué à la forte pluviométrie du mois de janvier 2013, sauvant ainsi la pluviométrie de la saison chaude, puisque janvier aura été le seul mois excédentaire de toute la période allant de décembre 2012 à avril 2013.
 
A l’arrivée, grâce aux précipitations apportées par DUMILE et FELLENG, la saison des pluies 2012-2013 a pu afficher un bilan quasi normal ; seule la frange littorale ouest de l’île a été
déficitaire, la région Sud, qui avait le plus souffert de la sécheresse ces dernières années, bénéficiant pour sa part d’un arrosage nettement excédentaire.
 
Sans l’occurrence de ces deux épisodes DUMILE et FELLENG, on peut même affirmer que la question de l’eau serait rapidement devenue extrêmement préoccupante au sortir de la saison des pluies, tant les premiers mois suivants de la saison sèche allaient s’avérer calamiteux en terme de pluviométrie, avec une sécheresse particulièrement sévère affectant l’île (la période de six mois allant de mai à octobre ayant été la plus sèche depuis 1970 – i.e. depuis 43 ans).

Dans le domaine météorologique, les cyclones tropicaux sont un mal nécessaire, car la ressource en eau de nombre d’îles tropicales en est fortement tributaire. La saison cyclonique 2012-2013 en a été une illustration criante à La Réunion.

Perspectives pour la saison 2013-2014

La saison 2013-2014 a commencé timidement, puisqu’à la date de ce 10 décembre 2013, nous sommes toujours dans l’attente du premier système baptisé de la saison sur le bassin et qu’un seul système dépressionnaire, faible (dépression tropicale), a été suivi jusqu’à présent (fin octobre).
 
Ce début de saison plutôt calme ne préjuge cependant en rien de la suite. Le coeur de la saison est encore à venir et peut très bien rattraper le retard initial.
 
Les projections actuelles, basées sur les prévisions saisonnières des modèles numériques disponibles en ce printemps austral, tablent d’ailleurs, pour cette saison 2013-2014 dans le Sud-Ouest de l’océan Indien, sur une activité cyclonique normale ou légèrement supérieure à la normale (dont on rappelle qu’elle correspond à 9 tempêtes tropicales amenées à évoluer sur le bassin – dont environ la moitié se transformant en cyclones).
 
Ces prévisions saisonnières doivent cependant être considérées avec la plus grande circonspection, même si elles ont plutôt été correctes ces dernières années (pour ce qui concerne notre zone en tout cas). Mais le degré de confiance dans la prévision de cette année, est cependant moindre que ce qu’il était pour les deux saisons précédentes.
 
Outre l’état de l’art et la marge d’erreur encore inhérente à ce type de prévisions, il faut surtout bien rester conscient que ces prévisions ne sont que des prévisions à l’échelle du bassin, ce qui limite fortement leur portée et leur intérêt. Elles ne nous disent, en effet, absolument rien sur les impacts potentiels et sur ce qui peut se passer en un lieu donné (comme à La Réunion, par exemple). Il est, en effet, impossible de prévoir, au-delà de quelques jours à l’avance, la zone de formation et la trajectoire future des phénomènes cycloniques et donc les zones susceptibles d’être impactées. Qui sont, en outre, dépendantes de la structure des phénomènes (la zone d’influence d’un système dépressionnaire étant, en particulier, très variable selon sa taille).
 
Il est donc par nature impossible de prédire plusieurs semaines ou plusieurs mois à l’avance si un cyclone va toucher/affecter La Réunion. A la question de savoir quand surviendra le prochain cyclone majeur qui frappera le département, il est par conséquent impossible de répondre. La seule chose qui soit sûre, c’est que cela se (re)produira, tôt ou tard…
 
La prévention, notamment en amont de la saison cyclonique, demeure donc la seule stratégie fiable pour se prémunir du risque cyclonique. Le leitmotiv avant chaque saison cyclonique demeurera donc toujours immuable : il faut se tenir prêt à toute éventualité !
 
Et le fait pour l’île d’avoir été concernée par un cyclone l’année précédente, ne nous prémunit en rien de l’occurrence d’un épisode cyclonique pour la saison suivante. De même qu’une saison cyclonique peu active à l’échelle du bassin ne garantit en rien que La Réunion soit à l’abri (voir les cas des saisons 1986-1987, avec CLOTILDA, ou 2006-2007, avec la tempête tropicale DIWA). A contrario, une saison cyclonique plus active que la normale sur le bassin, n’implique pas forcément que La Réunion risque d’être touchée (voir l’exemple de l’exercice 2011-2012).


 

Noms des cyclones du sud-ouest de l'océan Indien pour la saison 2013 / 2014
  • AMARA (Tanzanie)
  • BEJISA (Swaziland)
  • COLIN (Seychelles)
  • DELIWE (Zimbabwe)
  • EDILSON (Mozambique)
  • FOBANE (Lesotho)
  • GUITO (France)
  • HELLEN (Afrique du Sud)
  • IVANOE (Île Maurice)
  • JIRANI (Comores)
  • KATUNDU (Malawi)
  • LETSO (Botswana)
  • MIRANA (Madagascar)
  • NASERIAN (Kenya)
  • OPANG (Lesotho)
  • PAYA (Comores)
  • QUERIDA (Tanzanie)
  • ROMANE (France)
  • SINGANO (Malawi)
  • TARUS (Kenya)
  • UNAMI (Botswana)
  • VUMA (Mozambique)
  • WAMIL (Île Maurice)
  • XOLILE (Afrique du Sud)
  • YASMINE (Seychelles)
  • ZAMILE (Swaziland)