Affaire du Mediator, le tribunal de Paris condamne les laboratoires Servier

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©(FRED TANNEAU / AFP)

Après 10 ans de procédure, les victimes du Mediator sont enfin être fixées. Le tribunal de Paris a rendu sa décision ce lundi 29 mars 2021. Les laboratoires Servier ont été reconnus coupables de "tromperie aggravée" et d'"homicides et blessures involontaires.

Le tribunal correctionnel de Paris a rendu sa décision ce lundi 29 mars 2021. L’affaire du Médiator est l’un des pires scandales sanitaires de ces dernières années. Après près de 10 ans de procédure, les victimes sont enfin fixées.

10 ans de procédure pour un procès hors norme

Tout a commencé quand le Dr Irène Frachon a alerté le grand public sur la dangerosité du médicament produit par les laboratoires Servier. Le Mediator, médicament anti-diabétique utilisé comme coupe-faim et commercialisé pendant près de 30 ans, est susceptible d’avoir fait près de 4 000 victimes dont 2 000 décès.

Le 23 septembre 2019, le procès s’ouvrait. Dans cette affaire hors norme, on compte plus de 6 500 parties civiles, près de 450 avocats et une quarantaine de prévenus.

Les laboratoires Servier condamnés

Rendu à 12h30 heure de La Réunion, le jugement a fait l’objet d’une très longue lecture. Une lecture qui a concerné chacune des victimes. Les parties civiles ont réclamé au total 1 milliard d’euros de dommages et intérêts en réparation des préjudices subis.

Une décision par étape, qui répond aux chefs d’accusation les uns après les autres. Les laboratoires Servier ont ainsi été reconnus coupables de " tromperie aggravée " et d'"homicides et blessures involontaires", et condamnés à 2,7 millions d’euros d’amende. Les laboratoires Servier ont cependant été relaxé du délit d'"escroquerie". 

" Malgré la connaissance qu'ils avaient des risques encourus depuis de très nombreuses années, ils n'ont jamais pris les mesures qui s'imposaient et ainsi trompé ", a déclaré la présidente du tribunal correctionnel de Paris. 

L'ex-numéro 2 du groupe pharmaceutique, Jean-Philippe Seta, a lui été condamné à 4 ans d'emprisonnement avec sursis. L'Agence natioanle de sécurité du médicament a éré condamnée à 303 000 euros d'amende pour avoir tardé à suspendre la commercialisation du produit. 225 000 euros l'ont été pour "homicides et belssessures involontaires" par négligence et 78 000 euros pour des amendes contraventionnelles. 

43 victimes réunionnaises

Parmi les 2 684 victimes qui se sont constituées parties civiles figurent 43 Réunionnaises. En 2011, elles s’étaient regroupées en un collectif "Mediator Réunion", porté par Chantal Ethève. Me Alain Antoine se saisit de cette affaire et en 2012, demande que des expertises soient réalisées à La Réunion. En 2016 et 2017, les membres du collectif "Mediator Réunion" font entendre leur voix pour obtenir réparation avec la condamnation des Laboratoires Servier.

Pour Me Alain Antoine, avocat du collectif "Mediator Réunion", cette décision est l’aboutissement d’un combat mené depuis près de 10 ans face aux Laboratoires Servier. " C’est quand même le procès du mensonge, de la tromperie, des liens étroits entre les hauts-dirigeants de l’Etat et de l’industrie pharmaceutique ", précise-t-il.

" Le tribunal n'a pas failli ", ce qui constitue " un véritable soulagement " pour l'avocat des victimes réunionnaises. 

Procès du Mediator itw Me Alain Antoine

 

La reconnaissance pour les victimes

Les victimes sont, elles-aussi, soulagées par cette condamnation. Le tribunal leur a reconnu leur statut de victime, " un soulagement important ", indique également Me Alain Antoine. Des victimes soulagées, mais tout de même en colère, l'amende reste insuffisante selon certaines d'entre elles. 

Procès du Mediator : les laboratoires Servier reconnus coupables, les victimes réunionnaises attendaient beaucoup du jugement ©Réunion la 1ère

Désormais, les victimes attendent de connaître le montant des dommages et intérêts qui leur seront versés individuellement. Elles devraient en être informées demain, selon l’avocat.

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