Coronavirus : La Réunion est en zone rouge, et maintenant ?

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La Réunion est en zone rouge.
La Réunion est en zone rouge. ©Imaz Press
Face à une circulation active du coronavirus, La Réunion fait partie des départements en zone rouge. La transmission du virus augmente, les services de réanimation sont sollicités et les capacités de dépistage arrivent à saturation. Le préfet pourrait prendre d'autres mesures.
La Réunion est dans le rouge. Depuis dimanche 6 septembre, notre île fait partie des 28 départements classés en "zone de circulation active" du Covid-19. La transmission du virus est en augmentation, les services de réanimation sont très sollicités et les capacités de dépistage arrivent à saturation.
 

310 cas en trois jours

Le nombre de nouveaux cas de Covid-19 confirmés en 24 heures à La Réunion était de 107, dimanche 6 septembre, selon la préfecture de La Réunion. Il était de 113 samedi et 90 vendredi. Au total, 310 nouveaux cas étaient détectés en trois jours.

Résultat : l’un des indicateurs, déterminant le niveau de circulation du virus, a viré au rouge. Le taux d'incidence (nombre hebdomadaire de cas positifs rapporté à 100 000 habitants) est passé de 5,2 dans la semaine du 3 au 9 août à 64,1 du 26 août au 1er septembre (le seuil d'alerte est fixé à 50 pour 100 000 habitants).
 
 

Les lits de réanimation sollicités

L’évolution des autres indicateurs est aussi inquiétante. Le taux de positivité (proportion du nombre de personnes positives divisé par le nombre de personnes testées) est passé de 0,5 à 4,8 % au 2 septembre, selon Santé Publique France. Selon le Docteur Bernard Alex Gaüzère, professeur visiteur de médecine tropicale à l’Université de Bordeaux, le R effectif, "le taux de reproduction du virus est de 1,5, c’est-à-dire qu’un patient peut en contaminer 1,5, ce taux monte", marquant lui aussi une circulation active du virus.

"Le nombre de nouveaux cas par jour est au-dessus de cent depuis plusieurs jours, remarque le Docteur Bernard Alex Gaüzère. Ce lundi, il y aura surement moins de cas, car le week-end, il y a moins de tests, mais ces chiffres annoncent déjà un nombre d’hospitalisations plus important et surtout un nombre de patients en réanimation plus important".

Regardez les précisions du Dr Gaüzère sur Réunion La 1ère : 
Interview Bernard-Alex Gaüzere

Le taux d’occupation des lits en réanimation par des patients atteints du Covid-19 est un des critères à surveiller. Dimanche, quatorze patients atteints du Covid-19 étaient hospitalisés en service de réanimation et 51 patients étaient hospitalisés dans d'autres services au CHU de La Réunion. Ce taux n’est pas au rouge, mais le nombre de nouvelles hospitalisations sur les sept derniers jours est à la hausse. "Toutefois, le taux d’occupation des lits en réanimation ne devrait pas être pris en compte ici car nous sommes sur une île", explique le Docteur Bernard Alex Gaüzère. Contrairement à l’Hexagone où les départements peuvent s’entraider, les services médicaux de l’île fonctionnent en autarcie, ils doivent donc être préservés.
 
 

Des évacuations sanitaires ?

Pour le docteur Jérôme Lemant, chef de pôle des urgences et réanimation au CHU Sud, "nous sommes prêts à faire face". "Pour l’instant, c’est gérable, mais tout va dépendre de l’importance de la vague qui va arriver", explique le docteur Jérôme Lemant. "Il y a un délai entre l'augmentation du nombre de cas, puis l'admission en réanimation, car l’état de santé des patients s’aggrave en 15 jours environ", poursuit-il. "Nous travaillons tous les scénarios. Nous pourrions monter à une centaine de lits de réanimation, encore faut-il trouver du personnel soignant, mais s’il y a plus d’une centaine de patients en réanimation, il faudra penser à des évacuations sanitaires. Il s’en fait régulièrement en temps normal, mais elles pourraient se faire de manière plus conséquente vers la métropole".
 
Les premiers malades atteins de Covid étaient hospitalisés au CHU Nord. "Depuis la semaine dernière, face à l’augmentation du nombre d’hospitalisations, il y a désormais des patients covid dans le Sud, car le CHU Nord ne peut plus faire face", concède le docteur Jérôme Lemant.


Regardez les précisions du Dr Lemant sur Réunion La 1ère : 
Jérôme Lemant, chef de pôle des urgences et réanimation CHU SUD
 

Les capacités de dépistage saturées

A quoi faut-il s’attendre dans jours qui viennent ? Comme annoncée par l’Agence Régionale de Santé, vendredi dernier, la stratégie de dépistage évolue dès ce lundi. Elle sera désormais plus "ciblée".

"La capacité de dépistage des tests arrive à saturation, explique le docteur Bernard Alex Gaüzère. Il faut prioriser et d’abord tester les patients malades, les cas contacts et les voyageurs de retour à J+7". Le docteur Bernard Alex Gaüzère rappelle qu’actuellement "le nombre de tests est limité, et que La Réunion teste 1,5 fois que la métropole". "Il est important de hiérarchiser les tests, car pour le moment, certains patients symptomatiques ont des difficultés à se faire tester, alors qu’ils doivent être dépistés et isolés rapidement". Avec ce ciblage du dépistage, la question se pose pour les 66% de malades qui sont asymptomatiques à La Réunion, selon les chiffres de l’Agence Régionale de Santé.  
 

De nouvelles mesures d’ici mardi ?

Si les autorités annonçaient vendredi dernier une nouvelle stratégie de dépistage, elles n’ont en revanche pas pris de nouvelles mesures restrictives. Le passage en zone rouge, dimanche, pourrait changer la donne. Le préfet de La Réunion, Jacques Billant, a désormais des pouvoirs élargis. Il peut interdire l’accueil du public dans les magasins, restaurants et musées, interdire les marchés, restreindre ou interdire les rassemblements dans les lieux de cultes, suspendre l’accueil dans les crèches, ou encore restreindre les déplacements.

Cet après-midi, le préfet de La Réunion, Jacques Billant, doit rencontrer la maire de Saint Denis, Erika Bareigts. Il devrait aussi s’entretenir avec les autres élus de l’île, et pourrait faire des annonces d'ici demain, mardi.