Départementales : quels sont les compétences du département et les enjeux des élections ?

comité des signataires
Département palais de la source hémicycle
©Imaz Press Réunion

Les 20 et 27 juin, les électeurs réunionnais sont appelés à renouveler le conseil départemental. Depuis la réforme de 2015, un binôme paritaire homme-femme doit être élu dans chacun des 25 cantons. Un scrutin moins politisé que celui des élections régionales, mais aux enjeux importants.

Le Département a vocation à promouvoir les solidarités et la cohésion du territoire. Ses missions s’articulent autour de l’action sociale, l’autonomie des personnes, les collèges, les routes départementales, la culture ou encore la solidarité des territoires.

Le département est divisé en 25 cantons, représentés chacun par un binôme paritaire. Les binômes élus siègeront au conseil départemental, et chaque conseiller départemental aura à cœur de défendre les intérêts de son canton et de ses habitants.

Enfance, gramounes et agriculture

En tête des compétences et du budget départemental, on trouve l’action sociale avec quelques dossiers particulièrement importants pour les Réunionnais. La gestion du Revenu de Solidarité Active (RSA) a été recentralisée à Paris, ce qui signifie que le budget ne passe plus par les caisses du département depuis 2020. Un soulagement qui redonne un peu de marge de manœuvre localement, mais qui n’enlève rien à la situation particulièrement tendue sur le front de l’insertion des réunionnais éloignés de l’emploi. La politique d’accompagnement sociale "post RSA" sera un des enjeux du prochain mandat.

L’aide sociale à l’enfance, avec plus de 4 300 signalements l’an dernier et les questions soulevées par le décès de la petite Eliana en 2018, est un sujet sensible. L’accompagnement des familles s’inscrit dans une stratégie nationale, mais les conseillers départementaux auront l’occasion de se pencher sur le sujet pour la mise en œuvre du plan local actuel et son renouvellement l’an prochain.

En 2050, 25% de la population aura plus de 60 ans et le vieillissement de la population est une problématique que le Département doit anticiper. Un plan sénior a été lancé en 2019 et devra être concrétisé, il doit permettre de répondre à une demande forte de maintien à domicile des gramounes, dans un contexte de pauvreté et de précarité des personnes âgées bien plus grand que dans l’Hexagone. En urgence, le département doit aussi régler la question des pensions marron.

Le conseil départemental a lancé son plan Agri péi 2030 pour structurer sa politique dans un autre domaine de compétence : l’agriculture. Les défis sont nombreux pour les prochains élus : accompagner une nécessaire diversification tout en défendant la canne à sucre, accompagner la transition vers une agriculture saine et biologique sans lâcher les agriculteurs qui ont du mal à se passer des intrants chimiques, répondre à la demande croissante d’une autonomie alimentaire sans faire monter les prix sur les étals et dans les supermarchés ou encore aider les communes à construire des retenues collinaires.

Collèges, routes départementales (et la résorption des radiers), SDIS, le Département a d’autres responsabilités, sans compter celles qu’il partage avec la Région comme le tourisme, la culture ou le sport.

Des alliances du 3ème tour

Comme le montre un récent sondage SAGIS, les électeurs attachent peu d’importance à l’étiquette politique des candidats pour ce scrutin et il est parfois difficile d’y voir clair sur les convictions politiques des binômes.

Autre difficulté : les candidats ne souhaitent souvent pas se prononcer à l’avance sur le candidat pour lequel ils voteront pour la présidence du Conseil avant que les deux tours ne soient passés. Les élections précédentes ont pourtant bien montré qu’il y avait des camps politiques et parfois même des clans.

Cyrille Melchior, le président Les Républicains sortant, a été élu en 2017 contre un autre candidat de droite, Jean-Claude Lacouture. Alors qu’il était soutenu par Michel Fontaine, son adversaire était lui poussé par le président du Conseil Régional, Didier Robert. Cet épisode avait marqué la rupture entre les deux droites réunionnaises.

Réunis derrière la candidature de Didier Robert pour les élections régionales, on peut supposer que l’ensemble des conseillers départementaux de droite soutiendront la candidature de Cyrille Melchior, qui souhaite prolonger son mandat.

L’ancienne présidente, Nassimah Dindar a laissé son fauteuil pour s’assoir dans celui de sénatrice en 2017 mais pourrait faire un come-back. Présidente de l’UDI à La Réunion, elle a été à la tête d’une majorité avec l’UMP en 2004, puis avait conservé la présidence du département grâce au soutien de la gauche. Alliée à la socialiste Ericka Bareigts depuis les municipales, elle laisse planer le doute sur ses intentions.

Dans le camp de la maire de Saint-Denis Ericka Bareigts, on pourrait lui préférer Serge Hoareau qui la soutient pour les élections régionales et qui avait réussi à faire l’unanimité pour son élection à la présidence de l’association des maires l’an dernier.

L’enjeu municipal des Départementales

Enfin, et peut-être surtout, l’enjeu pour beaucoup de candidats est un enjeu municipal parce que c’est au Département que l’on peut défendre des subventions et des équipements pour sa commune.

Dans certains cantons, c’est le match retour des élections municipales que se joue. Au soir du deuxième tour, il faudra donc à la fois tirer les enseignements quant au rapport de force à l’échelle du Département, mais aussi à l’intérieur de chaque canton.