Des moyens renforcés pour lutter contre la délinquance financière à La Réunion et Mayotte

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La lutte contre la délinquance financière se renforce. Trois nouveaux enquêteurs sont attendus à La Réunion pour enquêter sur les affaires de délinquance financière dans l’île et à Mayotte. Elles y sont en effet plus répandues qu’ailleurs en France.

Entre 2016 et 2020, 108 enquêtes pour des faits de délinquance financière ont été menées à La Réunion et Mayotte. C’est 4,5% des enquêtes menées au niveau national. Elles sont en effet plus répandues dans ces deux départements qu’ailleurs en France.

Des chiffres transmis par le Directeur général de la Police nationale et le Directeur des affaires criminelles et des grâces le mois dernier. Les magistrats de La Réunion et de Mayotte n’en ont pas été étonnés, les militants de l’association anti-corruption ANTICOR non plus.

" Cela ne nous surprend pas du tout, tout simplement parce qu’aujourd’hui les problèmes liés à la probité ne tiennent plus trop compte de l’éloignement mais plutôt de la proximité entre les élus et le monde économique. "

Jean-Emile de Bollivier, le référent local d’Anticor

 

Monde politique, économique mais aussi la santé

Abus de biens sociaux, prises illégales d’intérêt, fraude fiscale sont parmi les faits de délinquance financière. Ils sont bien souvent associés à des affaires impliquant des élus, mais pas seulement. On trouve aussi de nombreux exemples dans les entreprises, dans le secteur de la santé notamment, selon Denis Chausserie-Laprée, le procureur général de la cour d’appel de Saint-Denis. 

" C’est aussi des infractions qui semblent être totalement indolores qui sont reprochées à telle ou telle personne, que ce soit un pharmacien, un médecin, un kinésithérapeute ou un infirmier. C’est un faux sentiment, l’argent qui est concerné c’est notre argent commun, c’est l’argent de la Sécurité sociale, c’est la capacité d’être au soutien des plus démunis et pas évidemment d’être au soutien de ceux qui veulent s’enrichir. "

Denis Chausserie-Laprée, le procureur général de la cour d’appel de Saint-Denis. 

 

3 enquêteurs supplémentaires

Alerté depuis plusieurs années par l’institution judiciaire, le gouvernement a décidé d’allouer des moyens humains supplémentaires aux brigades financières de la police à Mayotte et à La Réunion. Celle du commissariat Malartic compte actuellement 8 enquêteurs, trois vont bientôt leur venir en renfort.

Ils pourront aussi compter sur le soutien des unités spécialisées à Paris et d’un accès facilité aux formations. Les enquêtes économiques et financières demandent des expertises particulières, comme l’explique, Gilles Clain, secrétaire national délégué du syndicat SGP FO Police.

" Une affaire de droit commun, c’est assez "simple" à gérer. On arrive à identifier immédiatement une victime, souvent très rapidement un auteur, il y a des témoins, on auditionne tout le monde et l’enquête est rapidement conclue. Une affaire financière c’est tout le contraire."

En effet, ce type d’affaire requiert des mois et des mois d’exploitation de documents comptables, de documents financiers et d’échanges avec des experts comptables, des banques, d’autres plateformes judiciaires, pour déterminer si oui ou non il y a une infraction financière. Gilles Clain précise que ces infractions sont complexes, difficiles à déterminer et cela demande énormément de temps.

Ces moyens supplémentaires sont les bienvenus mais restent insuffisants pour le syndicat, qui réclame la création d’un véritable SRPJ, Service Régional de Police Judiciaire.

De l’exemplarité des leaders politique et économiques

Des renforts qui encouragent le procureur général de la cour d’appel de Saint-Denis. Depuis sa nomination en 2018, Denis Chausserie-Laprée a fait de la « lutte contre la probité » une de ses priorités.

" Cela porte atteinte à nos équilibres démocratiques, au contrat social. Si on ne croit pas en l’honnêteté de ceux qui sont les moteurs économiques de ce département, alors c’est le risque de voir exploser, comme ça a été le cas au moment des Gilets Jaunes, des mouvements de protestation sociale. "

Pour le procureur général, il est important que les leaders politiques, tels que les élus, économiques, comme les chefs d’entreprises, aient la conscience qu’ils ont une responsabilité en termes d’exemplarité à donner.