Ericka Bareigts démissionne du Conseil Régional d’Orientation de La Réunion pour dénoncer l’absence de recrutement local

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La maire de Saint-Denis, Ericka Bareigts
La maire de Saint-Denis, Ericka Bareigts. ©Imaz Press

Ericka Bareigts annonce qu’elle démissionne du Conseil Régional d’Orientation de La Réunion. Elle dénonce l’absence de recrutement local, après la nomination par Paris d'un directeur régional du Centre National de la Fonction Publique Territoriale, de La Réunion.

"Cette nomination va à l’encontre du combat que je mène depuis des années pour favoriser, à compétences requises, le parcours de Réunionnais compétents" : ce sont les raisons avancées par Ericka Bareigts, dans un communiqué.

La maire de Saint-Denis annonce, ce lundi 29 mars, sa démission du Conseil Régional d’Orientation de La Réunion, suite à la nomination de Mehdi Boukerrou au poste de directeur régional du CNFPT de La Réunion.

 

Une nomination critiquée

Le Centre National de la Fonction Publique Territoriale a pour mission de former les agents des collectivités territoriales. Il s'appuie sur un réseau de treize délégations en métropole et Outre-mer. Chaque délégation est placée sous l'autorité d'un délégué local qui est ensuite assisté par un CRO, un Conseil Régional d'Orientation. La maire de Saint-Denis, Ericka Bareigts, venait justement d’y être élue il y a deux semaines à peine.

Le nouveau directeur régional du CNFPT de La Réunion, Mehdi Boukerrou, est actuellement directeur adjoint de la Dieccte, la Direction des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi. Le métropolitain est à La Réunion depuis août 2019. Il a été désigné jeudi dernier par le président du CNFPT à Paris.

"La décision prise au national n’est pas une bonne décision, assure Ericka Bareigts sur Réunion La 1ère. Nous n’avons jamais été consultés pour le recrutement du directeur du CNFPT Réunion, pourtant ça aurait été la moindre des choses que de consulter les élus que nous sommes car nous connaissons notre territoire". "De plus, nous nous battons depuis des années pour avoir de l’encadrement local, car nous avons aujourd’hui des jeunes et des moins jeunes qui sont diplômés, ont l’expérience et peuvent assumer des responsabilités sur leur territoire", poursuit Ericka Bareigts.

Ce lundi, le délégué Régional du CNFPT Réunion, Mario Moreau a lui aussi réagi dans un communiqué pour dénoncer cette nomination.

Des candidatures locales

"Plusieurs cadres supérieurs totalement investis dans les collectivités à La Réunion ont fait acte de candidature à la direction du CNFPT Réunion, mais le Président du CNFPT a pris en compte une autre candidature pour des raisons qui lui appartiennent", écrit Mario Moreau qui ajoute que "ni les efforts faits par la délégation depuis plusieurs années pour former les A+, ni l’engagement personnel des cadres territoriaux n’ont été pris en compte".

"Ce n’est pas un bon message"

Selon le délégué Régional "l’ancrage local et la parfaite connaissance des 73 collectivités à La Réunion" auraient dû être privilégiés. "Puisse que tel n’est pas le cas, je regrette de constater que ce n’est pas le bon message qui a été envoyé aux cadres supérieurs qui ont beaucoup travaillé pour faire évoluer leur trajectoire professionnelle, ainsi qu’à la mise en œuvre des changements nécessaires à la rénovation de l’action publique de façon adaptée au contexte social et humain de notre territoire", écrit Mario Moreau.

Les réactions se multiplient

Suite à cette nomination, les réactions se multiplient. Serge Hoareau, le président de l’Association des maires de La Réunion, s’étonne "qu’un organisme censé gérer la formation des 42 000 agents de la Fonction Publique Territoriale de La Réunion ne promeuve pas un cadre territorial formé en son sein, avec une bonne connaissance des collectivités locales". Il ajoute que la "nomination d’un cadre de la fonction publique d’Etat éloigné des réalités locales par une autorité parisienne est un très mauvais signal envoyé à l’attention de nos étudiants et de nos jeunes réunionnais".

De son côté, Didier Robert dénonce aussi "la nomination d’un candidat sans ancrage local". "Etaient également candidats, des Réunionnaises et des Réunionnais cadres territoriaux locaux, avec les qualifications requises et faisant état d’une forte expérience et pratique des Collectivités réunionnaises ; des éléments indispensables pour l’exercice de cette mission", déplore le Président de Région qui parle d’un "dédain envers les Réunionnais", et d’une "véritable injure qui est faite à nos jeunes et moins jeunes".

A La Réunion, le CREFOM a aussi réagi par communiqué. Il appelle au boycott du Conseil Régional d'Orientation. "Encore une fois un poste de responsabilité échappe aux réunionnais par le biais de réseaux", déplore Richel Sacri, délégué régional du CREFOM. Il va plus loin et "demande aux dirigeants de collectivités (Conseil Régional, Conseil Départemental et des Mairies) siégeant au CRO (Conseil Régional d’Orientation) de prendre la seule décision susceptible de faire reculer la direction nationale du CNFPT, en suspendant la participation de leurs représentants et élus au sein de cet organisme afin d’obtenir l’annulation de cette nomination".