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Debré : exils sur ordonnance pour raisons politiques

13 exils sur ordonnance, c’est le nom de 3 conférences qui se dérouleront à partir de demain jeudi 27 septembre. Cette page de l’histoire réunionnaise rappelle que 13 personnes ont été exilées en Métropole pour raisons politiques sous couvert de l’ordonnance Debré.

Danielle et Elisabeth, filles d'exilés, les conférencières © Photo Jean-Régis Ramsamy Réunion La 1ère
© Photo Jean-Régis Ramsamy Réunion La 1ère Danielle et Elisabeth, filles d'exilés, les conférencières
  • Par Steve-Henry Peeters
  • Publié le , mis à jour le
L’ordonnance Debré  du 15 octobre 1960, prise en pleine guerre d’Algérie (1954-1962), autorise les pouvoirs publics français à procéder à l'exil forcé en métropole des fonctionnaires de l'outre-mer troublant l'ordre public.
 

Le texte et le pretexte

Le texte de l'ordonnance s’appuyant sur l’article 3 de la loi du 4 février 1960, permet que « les fonctionnaires de l'État et des établissements publics de l'État en service dans les DOM dont le comportement est de nature à troubler l'ordre public puissent être, sur simple proposition du préfet et sans autre formalité, rappelés d'office en Métropole par le ministre dont ils dépendent pour recevoir une nouvelle affectation.
Cette décision de rappeler est indépendante des procédures disciplinaires dont ces fonctionnaires peuvent faire l'objet. Elle est notifiée par l'intermédiaire du Préfet qui peut prendre toutes mesures nécessaires à son exécution.
 

13 fonctionnaires de La Réunion

L'ordonnance Debré a été appliquée pour sanctionner treize habitants de La Réunion, onze Réunionnais et deux Métropolitains.
Bien évidemment, l'ordonnance Debré va soulèver d'importantes protestations outre-mer. Le Parti Communiste Réunionnais la dénonce dans de nombreux articles de Témoignage, son organe de presse.
En effet, ce sont surtout des membres, des militants ou des proches du PCR, soupçonnés de prôner l’indépendance qui sont ainsi invités à quitter la Réunion par le préfet de l’époque Jean Perreau-Pradier.
Cette ordonnance a également concerné un Guyanais, trois Martiniquais et neuf Guadeloupéens de l'autre coté de l'Atlantique.
 

La lutte finale

Le PCR organise par ailleurs des manifestations de soutien aux exilés.
Un comité d'action pour l'abrogation de la mesure est créé. Il est présidé par Anatolien Vincent-Dolor, gouverneur honoraire de la France d'outre-mer.
Le Président du Conseil Général de La Réunion Roger Payet exprime lui aussi son désaccord, même si une grande majorité de conseillers n’approuve pas !


Fonctionnaires loyaux et autres

Réunis discrètement en congrès à Saint-Denis le 4 septembre, 19 maires de l’île sur 23 et 21 conseillers généraux sur 36 tiennent à affirmer qu’ils « déplorent que des fonctionnaires de l’État se soient mis dans le cas d’encourir des mesures de mutations (…) et assurent les fonctionnaires loyaux (!!) (…)» qu’ils « les défendront toujours, tant qu’ils serviront les seuls intérêts de la France ».
 

Michel Debré persiste et signe

S'ils ne sont pas contents, ils n'ont qu'à démissionner pour marquer leur désaccord. Je suis profondément respectueux de la liberté. Mais je ne sais pas quel est l'honneur des gens qui veulent à la fois être payés et cracher sur la main qui les paie. 

Dans la Gazette de l'île de la Réunion, le 30 novembre 1966, malgré la pression, Michel Debré maintient son attachement à l'ordonnance et provoque. 

 

L’abrogation

L'ordonnance sera tout de même abrogée le 10 octobre 1972 après sa condamnation par le Conseil d'État. Ce jour-là, Aimé Césaire déclarera à la tribune de l'Assemblée nationale : 

 La vérité, c'est qu'on a profité de la guerre d'Algérie pour introduire une législation d'exception dans ces territoires d'exception qui sont peu à peu redevenus ce que le législateur d'autrefois, plus franc que celui d'aujourd'hui, appelait les vieilles colonies. »

D'une façon générale, l'ordonnance aura ainsi servi aux tiers dénonciateurs du néocolonialisme de moyen pour se faire entendre.
 

Exils en chanson

 

Lordonans Débré momon la ral inndé
Epi bann ptt la souk inndé
Lordonans debré momon la ral inndé
Epi ladilafé momon porsi inndé

Dans une chanson "Beber" (1996) sur l’immigration Danyel Waro aborde dans le refrain, ce sujet douloureux dans la mémoire de certains.
 

Les 3 conférences :

27 septembre : à la mairie de Saint-Denis, salle des fêtes de 17 h 30 à 20 heures
2 octobre : à la Médiathèque Raphaël Barquissau, à Saint-Pierre de 17 h 30 à 20 heures
4 octobre : au cinéma Casino, Le Port de 17 h 30 à 20 heures


 
Les treize exilés sur ordonnance

L’instituteur Marcel Le Guen fut le premier. Enseignant, il autorisait les élèves à utiliser le créole dans sa classe. Cela suffit à irriter le préfet Perreau-Pradier qui l'empêcha de rentrer après ses congés en Métropole.
Nelly et Gervais Barret, Jean-Baptiste Ponama, Roland Robert (le futur maire de la Possession), Max Rivière, Bernard Gançarski, Clélie et Boris Gamaleya, tous enseignants ;
Pierre Rossolin, inspecteur des PTT ; Jean Le Toullec et Yvon Poudroux, cadre ou agent des Ponts et Chaussées (la future DDE) ; Georges Thiébaut, inspecteur des Douanes et Joseph Quasimodo, agent du Trésor public.

 

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