#Metooinceste974 : une page Facebook pour libérer la parole des victimes d’inceste à La Réunion

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Le collectif Eliana a créé la page Facebook Metooinceste974 pour libérer la parole des victimes d’inceste à La Réunion.
Le collectif Eliana a créé la page Facebook Metooinceste974 pour libérer la parole des victimes d’inceste à La Réunion. ©Capture d'image

Le collectif Eliana a créé la page Facebook Metooinceste974 il y a une dizaine de jours. Depuis la parole se libère et les témoignages se multiplient. Selon le collectif, 4 000 enfants seraient victimes de violences sexuelles à l'intérieur de la cellule familiale à La Réunion.

La page Facebook Metooinceste974 a été créée le 29 janvier dernier. Depuis la parole se libère et les témoignages de victimes d’inceste à La Réunion se multiplient. Cette page Facebook a été lancée par le collectif Eliana qui regroupe une vingtaine d’associations réunionnaises et qui tenait une conférence de presse ce lundi 8 février, à Saint-Leu. Toutes ces associations sont désormais unies pour "défendre les droits et les intérêts des familles et des enfants". 

2 à 3 enfants victimes d’inceste par classe

A La Réunion, 4000 enfants seraient victimes de violences sexuelles à l'intérieur de la cellule familiale, assure le collectif Eliana. Selon les chiffres nationaux, un Français sur dix serait, ou a été, victime d’inceste. Il y aurait entre deux et trois enfants par classe victimes d’inceste. Ce chiffre serait bien plus élevé à La Réunion, selon les spécialistes.

Regardez le reportage de Réunion La 1ère :

Il faut que la honte change de camp, c'est le message du mouvement MeeTooInceste974. Une mère et son fils se confient sur l'enfer qu'ils ont vécu pendant des années

 

Des témoignages sur Metooinceste974

La page Facebook Metooinceste974 a pour objectif de libérer la parole des victimes et les accompagner. Lever le tabou de l’inceste à La Réunion est une première étape pour que cette violence cesse, estime le collectif.

En quelques jours, des témoignages ont été publiés anonymement. Comme celui de Guy, 63 ans, qui raconte ce jour où il a vu son père "assis sur sa chaise, pantalon et slip sur les genoux", et sa sœur Ghislaine assise sur lui. Guy avait "8 ou 9 ans" à l’époque, il se souvient juste qu’il ne voulait pas "louper le match France-Angleterre du Tournoi des 5 nations" et c’est pour cette raison qu’il était entré dans le salon. "Ces viols ont duré des années", raconte-t-il sur la page Facebook.

Parmi les témoignages postés, il y a aussi celui d’une "femme de 36 ans" qui raconte : "j’ai vécu l’inceste durant toute mon adolescence". Chloé, 28 ans, témoigne aussi. "J’ai subi des attouchements sexuels tout au long de mon enfance. Tout a commencé à peu près à partir de mes 9,10 ans. Parfois ça se passait dans la maison familiale, et le plus souvent dans la petite kaze de ma tante", écrit-elle.

 

La page Facebook Metooinceste974  compte plus de mille "like" et autant d’abonnés. Des vidéos de personnalités pei sont aussi publiées en soutien aux victimes. Sur Tik Tok, la page compte plus de 1500 abonnés.

Comment la parole s'est libérée ? 

Le hashtag #MeTooInceste a émergé sur les réseaux sociaux en janvier dernier. Des milliers de témoignages de victimes ont alors été publiés sur Twitter ou Instagram. Cette dénonciation de l'inceste fait suite à l'onde de choc suscitée par le livre de Camille Kouchner, "La Familia Grande". Dans son récit, la fille de l'ancien ministre de la Santé révèle que son frère jumeau a été violé dès 13 ans, par leur beau-père, le politologue Olivier Duhamel. Des actes connus, mais tus durant de longues années au sein de la famille.

Sur le modèle du hastag #Metoo qui avait déclenché une vague de libération de la parole des femmes, les internautes se sont immédiatement emparés de #MeTooInceste, à travers des milliers de témoignages.

Le collectif Eliana à La Réunion

A La Réunion, le collectif Eliana veut réveiller les consciences sur ces drames quotidiens. Il souhaite aussi que l’inceste "soit considéré comme un crime". Le collectif dénonce aujourd’hui "des décisions de justice incomprises et trop clémentes". Il demande une plus grande sévérité dans les condamnations. Le collectif Eliana veut aussi interpeller sur toutes les formes de violence. Il estime qu’un mineur est violé en moyenne tous les deux jours.

Le collectif porte le nom de cette petite fille de Saint-André. Agée de 2 ans, Eliana est morte en 2018 sous les coups de son beau-père. La fillette aurait dû faire l’objet d’un placement deux semaines avant son décès, tout comme son petit frère âgé de 8 mois. Pour le collectif, "Elianna est le symbole d’un système de protection de l’enfance qui dysfonctionne, qui est défaillant et dépassé à La Réunion". Il souhaite aujourd'hui être une "force de proposition pour les pouvoirs publics". 

Regardez l'interview du porte-parole du collectif, Julien Grondin, sur Réunion La 1ère :

Julien Grondin, porte-parole du collectif Eliana

 

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