"Nous renonçons aux métiers qu’on aime, à nos passions", témoignent un soignant et un pompier qui refusent le vaccin

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L’obligation vaccinale contre le covid-19 entre en vigueur, ce mercredi 15 septembre, pour certains professionnels.
L’obligation vaccinale contre le covid-19 entre en vigueur, ce mercredi 15 septembre, pour certains professionnels. ©Imaz Press
L’obligation vaccinale contre le covid-19 entre en vigueur, ce mercredi 15 septembre, pour certains professionnels : soignants, pompiers, ambulanciers, et aides à domicile. A La Réunion, certains sont réfractaires. Ils témoignent de manière anonyme.

"Il y a un sentiment d’incompréhension et d’injustice", confie Rémy. A 33 ans, cet aide-soignant travaille dans le privé à La Réunion, et refuse de se faire vacciner. D’ici peu, il pourrait perdre son emploi. Depuis ce mercredi 15 septembre, les soignants doivent être vaccinés contre le Covid-19 pour pouvoir exercer.

"Pourquoi une loi remet en question ma vie de soignant ?, s’interroge Rémi, bouleversé. Je ne sais pas comment réagir face à cela. C’est le métier que j’aime, que j’ai choisi de faire, et je n’imagine pas faire autre chose".

"Des mesures disproportionnées"

Entre désarroi et colère, Rémy se dit "démuni", mais veut "aller jusqu’au bout". "Je crois en ce que je vois sur le terrain, et en mon intuition de soignant. Ces mesures sont disproportionnées et déconnectées de ce qu’il se passe dans les services, assure-t-il.

Elles créent encore plus de problèmes que le Covid-19 lui-même. Dans nos services, nous manquons déjà de personnels, on peine à trouver des remplacements. Avec ces mesures, tout le système de santé est menacé, les patients vont en pâtir, car la qualité des soins sera dégradée.

Rémy

 

Regardez son témoignage sur Réunion La 1ère :

 

"Ça ne doit pas se passer comme ça"

Depuis le mois d’aout, Rémy se dit "sous pression". "On nous demande notre statut vaccinal, mais cela relève du secret médical, s’agace l’aide-soignant. Ça ne doit pas se passer comme ça". Applaudis par la France entière il y a un an, Rémy ne comprend pas "cette pression pour être désormais vacciné à tous prix". "Il est important de résister, assure-t-il. Ça ne doit pas se passer comme ça". Rémy s'est mis en congé jusqu'en novembre. "Je me sens perdu, et je ne sais pas comment faire entendre ma voix".

D’après les chiffres, les réfractaires sont minoritaires au niveau national. Selon Santé publique France, au 7 septembre, un peu plus de 88% des soignants avaient reçu au moins une dose dans les hôpitaux et les Ehpad, et ce chiffre atteindrait même près de 94% parmi les libéraux. A La Réunion, l’Agence Régionale de Santé n’a pas communiqué de chiffres locaux.

"Je ne veux pas être obligé"

Comme Rémy, Clément, 33 ans, "ne veut pas être obligé". En tant que pompier volontaire depuis 2016, à La Réunion, il doit aussi présenter un schéma vaccinal complet ou la preuve qu’il a reçu une première dose de vaccin contre le Covid-19 pour exercer sa profession.

Clément devait être de garde le week-end prochain, mais il ne pourra pas prendre son service. "Je ne remets pas en cause le vaccin, mais je ne veux pas être obligé de le faire, explique Clément. Le choix doit revenir à chacun. S’il n’était pas obligatoire, j’y aurais songé, mais maintenant qu’il l’est : c’est non".

Regardez son témoignage sur Réunion La 1ère :

 

Vers une mise en demeure

Chez les pompiers de La Réunion, Clément assure qu’ils sont une minorité de réfractaires. "Les pompiers professionnels non vaccinés sont suspendus et ne sont plus payés, ça dissuade forcément", remarque-t-il. Au sein de sa caserne, il n’a pas toujours été simple d’en parler. "Mes collègues connaissent ma position, raconte Clément. Avec certains, j’ai des débats constructifs, avec d’autres ce n’est pas possible d’échanger".

Pour rester pompier volontaire, Clément a trois mois pour exercer un certain nombre de gardes. S’il n’est pas en mesure de le faire, il sera mis en demeure.

C’est difficile de me dire qu’il n’y aura plus d’intervention, plus de vie en caserne. Si ma passion me manque de trop, je pourrais me remettre en question et faire le vaccin, mais pas pour le moment.

Clément

 

Ce qu’ils risquent

Ces réfractaires risquent gros. S'il n'a pas reçu ses deux doses, le professionnel concerné par l'obligation vaccinale pourra poser des jours de congé, s'il en dispose et si son employeur l'accepte. Dans le cas contraire, le contrat de l'employé est immédiatement suspendu, sans rémunération. La rupture de contrat, initialement évoquée, a été censurée par le Conseil constitutionnel. Seule exception : si un professionnel concerné a une contre-indication au vaccin contre le Covid-19, il est exempté.

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a précisé que "le refus de se faire vacciner ne donnera lieu à aucun arrêt maladie" promettant des "contrôles systématiques pour toute prescription jugée suspecte".

Des sanctions supplémentaires sont possibles

Au-delà de la suspension du contrat de travail, des sanctions disciplinaires pourront être appliquées. Egalement concernés par la mesure, les médecins libéraux non vaccinés qui continuent à exercer au-delà du 15 septembre encourent une amende de 135 euros. Si le soignant est verbalisé à trois reprises en un mois, l'amende s'élève alors à 3 750 euros. Elle pourra être assortie d'une peine de six mois de prison.

Les médecins seront contrôlés par l’Agence Régionale de Santé. Elle sera autorisée à prendre connaissance du statut vaccinal des médecins en lien direct avec l'Assurance-maladie. L’ARS devrait mettre en place des contrôles aléatoires, directement sur le lieu de travail ou par voie numérique. Les sanctions envers les médecins non vaccinés seront progressives : mise en demeure, interdiction d'exercice et suspension des remboursements. L'Ordre des médecins pourra également décider de prendre des mesures, avec en dernier recours une procédure disciplinaire.