Pêche du thon : signature prochaine d'un accord entre Madagascar et l'Union européenne

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Pêche du thon Mada accord UE sept 2022
L'accord final entre Madagascar et l'Union européenne devrait être ratifié le 24 octobre prochain ©Capture d'écran Madagascar-Tribune
La tonne de thon de Madagascar sera désormais acheté par l'Union européenne, 220 euros au lieu de 142. Une augmentation du prix qui va renflouer, un peu les caisses de la Grande île. Reste une question, cet accord finalisé, ce mercredi 28 septembre, engage-t-il les parties à préserver la ressource ? On devrait en savoir un peu plus, lors de sa signature dans un mois.

Le thon dans le monde se raréfie ! Notre zone de l’Océan Indien est devenue un enjeu majeur pour la pêche industrielle. L’accord en passe d'être conclu, entre Madagascar et l’Union européenne a été longuement discuté. Après quatre ans de tables rondes, la Grande île est-elle sortie gagnante ?
Financièrement, la tonne de thon passe de 142 à 220 euros. La recette pour le pays devrait augmenter de 4% (de 36 à 40%), alors que le nombre de bateaux de pêche devrait baisser de 5%, écrit L’Express de Madagascar.

À première vue, sur le plan comptable, cette signature est favorable. Cependant, si l’on prend le temps de regarder le contexte général, il est permis de s’interroger.

L’impact des thoniers senneurs sur la ressource est quantifiable. Aujourd’hui, l’albacore ou le big-eye font partie des espèces menacées, selon l’étude remise en 2020 à la Commission de l’Océan Indien (COI). Enfin, que dire des pirates qui pullulent dans la Zone Économique Exclusive.
Faute de moyens, comment lutter ?

La bonite Listao en boite


Les conséquences de cette surpêche sont quantifiables dans l’océan, mais aussi chez les petits pêcheurs de la zone. Dans toutes les îles de l’Océan Indien, les artisans qui vivaient chichement de leur métier (les sorties étant conditionnées par la météo) disparaissent.

Aujourd’hui, l’essentiel des petites embarcations appartiennent à des plaisanciers (pêche loisir).
Madagascar n’est pas épargné. Avec l’augmentation, du trafic maritime et le changement climatique, le PIB lié à cette activité a diminué de 2% entre 2018 et 2021.

À La Réunion, le kilo de thon est acheté combien en gros et revendu à quel prix dans les grandes surfaces. Le coefficient multiplicateur varie de 8 à 10, du « cul » du bateau à l’étale. Si vous choisissez une longe, alors ça peut encore grimper.

Ces poissons sont des lignes de compte sur un ordinateur. La bonite à dos rayé, vendue quelques euros, sur un quai de La Réunion, hier, est devenue le thon Listao. Certes, c’est un thonidé Mais il y a 20 ans, il servait essentiellement d’appât ou de repas aux pêcheurs, les mauvais jours.


Des accords passés désastreux

Cette signature en l’UE et Madagascar sont la conséquence d’accords passés en dépit du bon sens avec la Chine et le Japon.

En 2018, l’exécutif malgache accepte que des sociétés chinoises exploitent la ressource halieutique autour de la Grande île. Ces entreprises ont l’autorisation de déployer 330 navires.
En 2019, le grand bénéficiaire est le Japon. Du jour au lendemain, une société nippone obtient l’autorisation de déployer une trentaine de thoniers. En juillet dernier, selon Madagascar-Tribune, il était question d’une signature avec l’association Japan-Tuna.

En 2020, le CAPE (Coalition pour les Accords de Pêche Équitable) avait alerté sur la croissance des flottes asiatiques et des risques pour la ressource.

Les prochaines études de l’IFREMER concernant les différentes espèces de thon de la Zone sont très attendues. Espérons, que ces différentes signatures n’ont pas fait basculer ces espèces dans la case des poissons menacés de disparition.