Un rapport national fait des propositions pour réduire les nuisances générées par les hélicoptères à La Réunion

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Photo d'illustration ©RB / Imaz Press Réunion
Dans le Sud, l’Ouest ou encore dans les cirques, la grogne contre les survols en hélicoptères monte. Les nuisances sonores sont de plus en plus nombreuses. Des nuisances auxquelles s’intéresse l’Autorité de Contrôle des Nuisances Aéroportuaires qui vient de publier une étude évoquant La Réunion.

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Dans un rapport publié le 8 août dernier, l’ACNUSA émet une série de propositions pour atténuer les nuisances générées par les hélicoptères. La Réunion est concernée par certaines d’entre elles.

L’autorité de contrôle invite les préfets et les différentes parties prenantes à s’en saisir afin de dégager des solutions locales équilibrées.

Un état des lieux préalable

L’ACNUSA a dressé un état des lieux de la mise en œuvre des dispositions législatives et réglementaires prises pour limiter les nuisances des hélicoptères dans les zones densément peuplées et les espaces naturels sensibles. Une demande formulée auprès du Gouvernement et/ou du Parlement, dans le rapport de 2021, qui n’a pas trouvé de réponse.

En conséquence, son rapport publié le 8 août dernier dresse une liste de 9 propositions. Certaines sont générales, mais d’autres concernent des situations plus spécifiques comme celle de La Réunion.

Lire le rapport de l’ACNUSA.

Neuf propositions, dont trois pour La Réunion

Parmi les trois propositions généralistes sont formulées :

  • l’idée de promouvoir une action de sensibilisation aux techniques de pilotage de moindre bruit,
  • l’idée de définir des protections environnementales associées à chaque procédure opérationnelle optimisée en approche et au départ des zones densément peuplées et des zones sensibles,
  • l’idée d’éviter que la multiplication des hélisurfaces ne perturbe gravement les écosystèmes en anticipant les besoins d’hélistations exploitées de manière professionnelle.

Trois propositions concernent plus spécifiquement le département de La Réunion. Ainsi L’ACNUSA recommande de :

  • Sensibiliser les touristes de l’île de La Réunion aux risques inhérents au transport illicite de personnes par hélicoptère, à l’attention du préfet de La réunion et du procureur de la Réunion
  • Arrêter une feuille de route visant à une régulation équilibrée des activités héliportées et en assurer le suivi, à l’attention du préfet de La Réunion
  • Renforcer la réglementation de survol du parc national de La Réunion, communiquer sur les nouvelles dispositions et assurer le respect des restrictions d’exploitation, à l’attention du directeur du parc national.

L’inquiétude des opérateurs de survol

Des propositions perçues comme des bâtons dans les roues pour les professionnels du survol. " On essaie de voler plus haut, on essaie de voler plus loin, mais il y a des moments où on ne peut pas faire autrement. On va faire quoi ? ", s’interroge Daniel Box, le gérant de Mafate hélicoptères.

On a quelques touristes qui ont commencé à venir à La Réunion, et aujourd’hui on commence à limiter le fait qu’ils puissent aller voir les cirques, etc., parce qu’il y a des hélicos. Ils vont aller prendre le bateau, ils vont aller voir l’Italie et les autres pays et point barre.

Daniel Box, gérant de Mafate hélicoptères 

 

" Enfin une reconnaissance des nuisances ", pour les riverains

Pour les riverains, ce rapport confirme les nuisances générées par les hélicoptères existent. L’association réunionnaise Kolair 974, qui lutte contre les nuisances sonores aériennes envers les riverains, estime il y a un réel non-sens à la situation actuelle.

Vous ne pouvez pas défendre la biodiversité et laisser toute l’année à peu près 40 hélicos qui déversent 200 litres de kérosène à l’heure de vol, partout sur le territoire.

Association Kolair 974 

L’association juge néanmoins les préconisations insuffisantes. Elle souhaite notamment que des trajectoires négociées entre les opérateurs et les riverains puissent être définies et respectées. L’ensemble des opérateurs doivent se mettre autour d’une table et régler le problème, en passant par une restriction d’usage des hélicoptères des ULM, selon son président. 

" Le niveau d’activité qu’ils ont pu connaître en 2019 doit rester un vieux souvenir, puisque maintenant ses activités-là ne peuvent plus connaître la croissance qu’elles ont connues, parce que si ce rapport est sorti, c’est parce qu’on a franchi une ligne rouge qui est devenue insupportable ", ajoute-t-il.

Polémique autour du projet d’arrêté du parc national de La Réunion

Concernant le parc national de La Réunion, un projet d’arrêté sur le survol motorisé en cœur de Parc a été rédigé pour lutter contre les nuisances sonores et soumis à une consultation publique, qui a pris fin ce lundi 15 août.

Un projet qui, selon le parc national, reprend en fait le contenu des deux arrêtés existants, pris en 2015, et apporte des modifications pour permettre de mieux préserver certaines espèces d’oiseaux endémiques en danger, telles que le Tuit-Tuit, le Pétrel de Barau et le Pétrel de Bourbon.

S’il concerne les nuisances sonores, principalement envers les espèces endémiques en danger, l’arrêté ne règlemente pas le survol du cœur de Parc en hélicoptère de manière global, précise bien le parc national de La Réunion.

Et c’est là que le bât blesse pour l’association citoyenne de Saint-Pierre, qui considère que cet arrêté futur continue de « protéger déraisonnablement le business des survols touristiques », au détriment de riverains qui subissent les nuisances sonores. Son président, Gaëtan Hoareau, estime ainsi que la quiétude de la population n’est pas au centre du projet.