Des Réunionnaises entament une action en justice contre les implants Essure

santé
Une victime des implants Essure avec radiographie
Nathalie, une des victimes des implants Essure. ©Willy Fontaine
Comme dans l'Hexagone, des Réunionnaises engagent une action en justice pour dénoncer "le scandale" des implants Essure. Douleurs, hémorragies, retrait de l'utérus, des trompes : ces femmes veulent être reconnues comme "victimes".

"En 2011, je suis allée voir mon gynéco, j'avais 37 ans, je ne supportais plus la pilule, ni les stérilets, il m'a proposé ces implants en me disant qu'il n'y avait aucun souci", raconte Nathalie. Dix ans plus tard, cette Réunionnaise vit encore un calvaire. Comme cinq autres femmes dans l'île, elle a décidé de mener une action en justice pour dénoncer "le scandale" des implants Essure, distribués par les laboratoires Bayer et désormais retirés du marché.

Une stérilisation "simple et sans risque"

Près de 200 000 femmes ont reçu ces implants en France, 3 700 victimes sont identifiées, dont 30 à La Réunion. Dès 2002, ces implants étaient présentés comme une stérilisation "simple et sans risque", l'équivalent d'une ligature des trompes sans avoir à subir d'opération chirurgicale. Pourtant, de nombreuses femmes ont déclenché des effets indésirables et durables.

Regardez le reportage de Réunion La 1ère :

Des Réunionnaises engagent une action en justice pour dénoncer "le scandale" des implants Essure. Douleurs, hémorragies, retrait de l'utérus, des trompes : ces femmes veulent être reconnues comme "victimes".

 

Douleurs articulaires, hémorragies, dépressions

"En 2012, j'ai commencé à faire des dépressions, des tentatives de suicide, mon gynéco me disait que "c'était dans ma tête", explique Nathalie. En 2013, je suis carrément tombée enceinte malgré les implants Essure." Nathalie fait une IVG, un "traumatisme". "Ensuite, j'ai souffert de fibromyalgie, de douleurs articulaires dans tout mon corps", poursuit-elle.

J'ai décidé de faire retirer les implants, mais ça s'est mal passé. On m'a retiré l'utérus, un ovaire, on m'a trouvé de l'endométriose, et un morceau de l'implant est encore quelque part dans mon corps.

Nathalie

 

Alliages de nickel et de titane, les implants Essure n'ont pas été conçus pour être retirés du corps.

implant Essure
implant Essure ©Willy Fontaine

 

Retrait des implants, de l'utérus et même des trompes

Comme Nathalie, Françoise a dû se faire retirer ses implants, mais aussi l'utérus. Elle aussi a compris, par hasard, quel mal l'a rongeait. "Un jour, au journal télévisé, je vois l'association R.E.S.I.S.T.E (Réseau d'Entraide, de Soutien, d'Informations sur la Stérilisation Tubaire Essure) témoigner sur des effets secondaires suite à la pose des implants Essure, j'ai eu le déclic, explique Françoise. J'ai mis des mots sur mes maux, sur ma souffrance depuis 2013. J'ai compris qu'il fallait réagir".

Les victimes des implants Essure
Les victimes des implants Essure ©Willy Fontaine

 

"Victime d'un scandale sanitaire"

Après des hémorragies à répétition, Françoise se fait retirer l'utérus. Elle décide alors de porter plainte contre les laboratoires Bayer. Aujourd'hui encore, des douleurs ne l'a quittent pas. "Je me sens victime, je veux être reconnue comme telle et alerter les autres femmes qui sont dans le déni", poursuit Françoise qui estime qu'il s'agit "d'un scandale sanitaire du même genre que le Médiator".

Pour Nadège, 51 ans, même combat. Elle aussi a compris l'urgence de se faire retirer ses implants en regardant une émission de télévision. Comme Nathalie et Françoise, elle dénonce "le mûr médical" face auquel elle s'est retrouvée. "Jamais les médecins ne faisaient de lien entre nos maux et les Essure," déplore Nadège qui a aussi dû se faire retirer l'utérus et les trompes.

Un combat judiciaire

Ces Réunionnaises sont aujourd'hui engagées dans un combat judiciaire. En France aussi, des actions sont lancées contre le laboratoire pharmaceutique Bayer. Ce dispositif médical de contraception définitive a été commercialisé de décembre 2002 à septembre 2017 avec une suspension des implantations entre le 4 août et le 18 septembre 2017.

Emilie Gillier de l’association R.E.S.I.S.T.E (Réseau d'Entraide, de Soutien, d'Informations sur la Stérilisation Tubaire Essure) recense les femmes victimes du dispositif Essure. "Les femmes doivent être attentives aux effets secondaires, on s'attend à ce qu'il y ait encore davantage de victimes à La Réunion", déplore-t-elle. 

Regardez son interview sur Réunion La 1ère :

Contraception : le fiasco des implants Essure