Les origines du "parler saint-pierrais", ces mots et expressions emblématiques de Saint-Pierre et Miquelon

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©Philip Grondin
"Tu vas pas me chiquer la raquette !", "il est sec comme un capelan", "on va avoir les cuisses propres... " Mais d'où viennent ces formules idiomatiques de Saint-Pierre-et-Miquelon, souvent méconnues des "mailloux" fraîchement arrivés dans l'archipel ? 
À Saint-Pierre-et-Miquelon, les formulations locales, ne manquent pas. "Palosse", "ça dit, ça pète ou quoi ?", " Il tombe des bérets basques"... Parfois utilisées avec dérision par les habitants de l'archipel, ces expressions sont le fruit de plusieurs influences linguistiques bien distinctes.

Andrée Olano, professeure de lettres à la retraite et spécialiste des expressions locales, explique d'où vient ce "parler saint-pierrais" :

"La langue a été influencée de plusieurs manières, liées à l'histoire et à la géographie de l'archipel."


 
  • Un lexique emprunté au vocabulaire maritime

"Embarquer, débarquer... On utilise ces mots pour tout et n'importe quoi. "Comme le souligne Andrée Olano, le vocabulaire maritime est très présent dans l'archipel. "On embarque dans une voiture, dans un ascenseur... on embarque même dans son lit. Et évidemment on fait l'inverse : on débarque du lit, de l'ascenseur etc. "

Dans la même veine, elle évoque le verbe "amarrer", un terme lié à l'univers des bateaux utilisé, selon elle, pour évoquer tout ce qui se noue, des lacets de chaussures au lanières d'un bonnet péruvien.

La linguiste considère que le vocabulaire marin est encore très présent dans le parler local actuel, contrairement aux autres influences linguistiques, de moins en moins prégnantes dans l'archipel. 
 
  • Des formules qui viennent de l'anglais

"Nous sommes dans une région géographique essentiellement anglophone" reprend Andrée Olano. "L'anglais a eu une forte influence linguistique à Saint-Pierre-et-Miquelon." L'expression "coup de calaouine", qui signifie "coup de vent", vient par exemple de l'anglais "gale of wind". Un "coup de calaouine", veut donc littéralement dire : "un coup de coup de vent". 

Et ce n'est pas la seule formulation tirée de la langue de Shakespeare. "Vous aviez aussi autrefois sur les poeles à charbon de l'archipel, des bouilloires, pour avoir toujours de l'eau à disposition", relate la spécialiste. "On les appelait des 'tic'. Cela venait de l'anglais 'tea kettle', qui signifie justement 'bouilloire'."
 
  • Les influences normandes, basques et bretonnes 

Enfin, les Saint-Pierrais-et-Miquelonnais ont longtemps utilisés du vocabulaire de leurs régions d'origines. "On va trouver énormément de termes issus des patois normands, basques et bretons", assure l'experte en linguistique, pour qui l'influence acadienne demeure moins importante, bien que notable, "notamment à Miquelon." 

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Andrée Olano précise néanmoins que nombre d'expressions locales se sont perdues, au fil des générations. "Elles étaient nombreuses et variées", affirme-t-elle. "Elles ont plus ou moins disparues dans les années 1950, à l'exception de certaines formules issues de l'univers maritime." En cause, entre autres : l'influence d'enseignants venus de métropole et le développement de la radio et de la télévision. "On a alors vu se développer un plus fort ancrage sur la métropole du point de vue linguistique, que sur la région proprement dite. " 
 
 
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