Langues autochtones : les « vivre » comme à Wallis et Futuna

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Langues autochtones : les « vivre » comme à Wallis et Futuna
Le territoire a accueilli le premier colloque international sur les langues autochtones en Océanie francophone du 18 au 21 février 2020 à AkaAka. Pour que les langues vernaculaires continuent d’être « vécues », la coutume ne suffit plus, il faut qu’elles soient mieux enseignées.

 
C’est un rêve devenu réalité pour l’Académie des langues wallisienne et futunienne, ce Vendredi 21 février 2020 à l’occasion de la journée mondiale de la langue maternelle. Créée en 2015 et inaugurée il y a un an, la jeune institution a refermé son premier colloque international. Pendant une semaine et avec le concours de l’Académie des langues Kanak (ALK), le territoire a été le théâtre d’échanges enrichissant entre linguistes, scientifiques, locuteurs et académiciens d’Océanie francophone. Venues de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie-Française, des Marquises, de Fidji ou de France Métropolitaine, ces personnalités se sont interressées à l’évolution des langues autochtones au contact du français dans un contexte de plus en plus mondialisé.

Alors que ses consoeurs françaises du Pacifique lui envient la place privilégiée de sa coutume et la pratique quotidienne de ses langues locales, Wallis et Futuna dévoile aussi des fragilités.
 

Parler pour faire vivre


Dans les lieux publics de Wallis et Futuna, les langues dites du « fenua » ont toujours été omniprésentes, véhiculées par une diversité de personnes. Avec le temps, le parler vernaculaire s’est doté de nouveaux mots empruntés au français ou à d’autres langues pour désigner le plus souvent de nouveaux concepts tels que le produit des nouvelles technologies pour ne citer que cet exemple. Aujourd’hui, même si le wallisien et le futunien mélange les langues, ils restent la plupart du temps des locuteurs actifs de leurs langues maternelles.
Une « vitalité » des langues et des cultures de Wallis et Futuna constatée par Ernest Marshall, l’inspecteur de l’éducation nationale en charge des langues polynésiennes, de l’anglais et du plurilinguisme en Polynésie-Française.
Faisant la comparaison avec son archipel, il a suggéré qu’il fallait toute fois prendre garde à ne pas s’égarer. Il explique :

« En Polynésie, la langue maternelle c’est plus le tahitien, le marquisien ou très peu. C’est devenu le français et c’est un français des îles local avec un mélange des langues. La langue maternelle, c’est une force que vous avez ici, il faut la préserver »

Ernest Marshall, inspecteur éducation nationale en charge langues polynésiennes, anglais et plurilinguisme en Polynésie-Française


Bernadette Papilio-Halagahu, wallisienne et cheffe du service territorial de l’action culturelle craint la déperdition du wallisien et du futunien au profit du français. Pour elle, le colloque international et les échanges inter-îles sont espoir d’éveil des consciences :

« Nous avons vécu une semaine très riche et je me réjouis d’avoir vu beaucoup d’enseignants (…) A Wallis et Futuna, pour beaucoup, le schéma traditionnel c’est que le français est la langue de la réussite car le futunien et le wallisien s’arrêtent au récif »

Bernadette Papilio-Halagahu


Renforcer les langues maternelles


Loin d’être un écueil, le plurilinguisme favorise au contraire l’apprentissage. Tous les participants au colloque international se sont accordés sur ce point. En parallèle du français, les langues autochtones sont une richesse pour son leur locuteur. Si la pratique dans les foyers est une bonne préparation, l’apprentissage en milieu scolaire permet un meilleur ancrage et participe à améliorer la perception que l’on peut avoir des langues locales.  Dans les écoles primaires, le wallisien et le futunien ne représentent qu’une heure par semaine, c’est encore peu selon Ernest Marshall.
Lors des échanges,  les animatrices pédagogiques du premier degré, Lisa Halakilikili et Nadia Filimoehala se sont inquiétées. Pour renforcer l’apprentissage des langues vernaculaires il faut qu’il y ait plus de moyens. Elles espèrent par exemple le soutien des académies du Pacifique francophones.
Cette lacune a été remarquée par Jean-Claude Tutugoro, responsable du pôle développement langues et cultures de la DDEC en Nouvelle-Calédonie. Il dit :

« Lors des débats on s’aperçoit que c’est pas évident pour enseigner les langues. Il y a des résistances qui sont de l’ordre coutumières ou religieuses..etc. En Nouvelle-Calédonie on a plusieurs langues et de grandes distances, un recul de la culture mais on arrive quand même à enseigner les langues. »

Jean-Claude Tutugoro


Pour qu’elle continue à vivre, la langue doit être parlée. Pour être parlée, il faut pouvoir la valoriser. Différents projets ont été évoqués comme la mise en place d’infrastructures, le renforcement de l’apprentissage ou la création d’une filière spécialisée sur le territoire mais aussi en Nouvelle-Calédonie.
Bien que reposant sur une tradition orale, les langues et cultures de Wallis et Futuna démontrent leur richesse par la diversité de leurs usages. Dans l’art oratoire du « vikiga »  vantant la nature généreuse, le vocabulaire spécifique et sacré de la cérémonie du « kava », le lyrisme des « hua lau » qui content les histoires du passé ou celles que l’on invente pour amuser. Des déclarations guerrieres au rythme du « tapaki », aux accents romantiques du « hiva tuketuke » en passant par les légendes évoquées par le « fagana », les langues vernaculaires se meuvent en chant, conte, danse ou prière. Autant de styles présentés par les associations, les jeunes et les écoliers du fenua chaque soir pendant une semaine à Akaaka. Une manière pour eux de se réapproprier leur patrimoine tout en l’exposant pour qu’il ne soit pas oublié.



 
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