10 mai : la mémoire de l'esclavage à Wallis

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Esclavage
L'abolition de l'esclavage, le 27 avril 1848
La commémoration de l'esclavage et de son inhumanité a plusieurs dates. Liées à des histoires singulières derrière la grande Histoire : 27 avril à Mayotte, 22 mai en Martinique et le 27 mai en Guadeloupe, 10 juin en Guyane, 20 décembre à La Réunion. Le 10 mai est la date officielle depuis 2001.
La commémoration de l'esclavage est désormais ancrée dans la société. François Hollande a été présent à toutes les commémorations depuis son élection. Une présence présidentielle qui témoigne d'une prise de conscience de la société française. Pas de repentir mais une mémoire qui rappelle l'histoire pour mieux construire l'avenir.

Crime contre l'humanité

Le 21 mai 2001 la Loi Taubira reconnait la traite négrière comme un "crime contre l'humanité". Un long cheminement intellectuel et culturel : "Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et Sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l'esclavage la place conséquente qu'ils méritent." est-il précisé dans l'article 2. Le Législateur poursuit : "La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives disponibles écrites en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres territoires ayant connu l'esclavage sera encouragée et favorisée."

Christiane Taubira, à l'origine de cette loi, s'exprimait récemment sur son combat à la sortie d'une pièce de théâtre sur l'esclavage jouée à Cayenne : "Quelques années après, entendre ces paroles et ce combat racontés par ces voix très professionnelles,  ça élargit le combat. Ca rappelle que c'est une cause collective. Ca rappelle et en cela je me suis toujours inscrite, que d'autres se sont battus avant. Et que d'autres doivent prendre le relai après." Et de conclure : "Cette désignation très précise du crime, de sa nature et de son statut, ça, c'est du passé. Il faut être vigilant sur l'enseignement des manuels scolaires".

Une date pour la mémoire

La date du 10 mai reste un repère pour les communautés qui ont été touchées par la traite négrière. Ici, une centaine d'Antillais, de Guyanais et de Réunionnais vivent cette commémoration : "C'est une date importante. D'autant plus qu'on a ce ressenti à distance mais c'est très important. Cette date-là, au final, arrive à rassembler" explique Mario Beaugendre, d'origine guageloupéenne. Il a fait des recherches historiques et connaît parfaitement l'histoire-y compris la face sombre de l'esclavage- de son pays.
Il précise : "C'est une date qui marque l'importance de la loi Taubira. Après beaucoup de temps, il y a enfin une reconnaissance. Et cette reconnaissance va dans le sens d'une réconciliation".

La traite négrière inconnue dans le Pacifique

Aucun geste commémoratif de la part des autorités. Ni à Wallis ni à Futuna. Il est vrai que le Pacifique n'a pas été meurtri par l'esclavage et la traite négrière des XVIIè et XVIIIè siècles. Les historiens disposent de peu d'éléments sur la question ":Les données ethno-historiques, les données sur cette aire sont très fragmentaires et difficiles à interpréter." écrit Olivier Pétré-Grenouilleau dans son"Dictionnaire des esclavages" (Larousse. Mars 2010). 

La communauté antillaise, Guyanaise et Réunionnaise a du mal à sortir du cercle privé. Le décalage est très important entre ce qu'ils vivent ici et ce que vivent leurs familles, leurs amis, la population à des milliers de kilomètres. Une frilosité que constate Mario Beaugendre : "Honnêtement, il y a un côté pas "tabou" mais on a encore des résistances à en parler. Les raisons sont certainement personnelles... mais en ce qui me concerne, je crois qu'on a fait un pas.." Il évoque le reportage sur le sujet réalisé par une de nos équipes l'an dernier :"Il a eu un écho. J'ai été aussi agréablement surpris que les Wallisiens me questionnent sur l'esclavage et surtout sur la traite. On fait souvent l'amalgame entre esclavage et traite. Et j'ai été étonné de questions posées concernant l'acheminement, la déportation de ces populations. Et là, il faut savoir que les conditions étaient inhumaines".

La parole, progressivement, se libère. Il faut garder en mémoire que l'abolition -le 27 avril 1848- en France a moins de 180 ans. A peine cinq générations.