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Wallis: le gouvernement coutumier privé de premier ministre

Le Mahé Fotuaika, plus haute autorité coutumière actuelle, a fait annoncer qu'aucun premier ministre coutumier ne sera désigné tant qu'il n'y aura pas de roi à Wallis. Cette décision intervient après plusieurs semaines de controverses qui se sont conclues par le saccage du "palais" de la chefferie.

  • Par Patrick Ferrante
  • Publié le , mis à jour le
Le gouvernement coutumier de Wallis restera sans tête, c'est à dire sans premier ministre Kalaekivalu, jusqu'à la désignation d'un nouveau roi. Le dernier souverain a été déposé en septembre 2014 et n'a pas été remplacé.

C'est la plus haute autorité coutumière actuelle, le Mahé Fotuaika, ministre coutumier de l'environnement terrestre et maritime, qui a fait annoncer cette décision au terme de plusieurs semaines de tractations qui se sont soldées par le saccage du centre de réception et de cérémonie, le Fale Fono de la chéfferie d'Uvéa (Wallis en Wallisien). 

La proclamation publique de cette décision a été faite par l'Ului'Monua, ministre coutumier de l'Agriculture qui a déclaré: "le Mahé a signifié à la grande chéfferie que le Kalaekivalu ne sera installé qu'à l'issue du choix d'un nouveau Lavelua (roi). Il faudra introniser un souverain qui ensuite choisira son premier ministre". 
Cette annonce reprend la logique de la coutume qui veut que seul un personnage plus haut placé puisse installer un responsable inférieur dans la hierarchie coutumière. En l'occurence seul le roi peut désigner le premier ministre même si le district de Hahake avait passé outre cette tradition lors de l'installation du dernier Kivalu.

Depuis une réforme introduite par le roi Tomasi Kulimoetoke (1959-2007), le gouvernement coutumier n'est plus composé uniquement de ministres issus du district central de Hahake où se situe le chef lieu d'Uvéa, Mata Utu.
Désormais Hahake ne dispose plus que de deux postes comme les deux autres districts. A Hihifo, au nord, les fonctions d'Ului'Monua et de Kulitea (justice et culture). A Mua, au sud le Mahé et le Mukoifenua (jeunesse).
A Hahake, le Kalaekivalu donc et le Fotuatamai (santé) qui veille sur le roi. Le responsable de l'ordre public, Pului'Uvéa vient également du district-capital.

Le conflit des dernières semaines est né des tractations autour de la désignation d'un nouveau Kalaekivalu après le retrait forcé du précédent titulaire du poste en mai dernier.


Un conflit qui remonte aux évènements de 2005?


Le chef du district de Hahake, le Faipule Ikenasio Fakataulavelua a avancé le nom de l'ancien président de l'Assemblée territoriale, Samino Taputai, avec le soutien,dit-il, des six chefs de village et des "sages"  de son ressort.

L'Ului'Monua confirme que la grande chéfferie était disposée "à effectuer la cérémonie d'installation du Kalaekivalu choisi par Hahake​" mais il ajoute: "cela s'est avéré négatif puisque des sages de Hahake se sont présentés au Fale Fono de la grande chéfferie pour annoncer leur opposition à cette installation" (de Samino Taputai). et le ministre coutumier de conclure: "la chéfferie a demandé au Faipule de Hahake de revoir la question au niveau de son district car il en va de la stabilité de ce territoire".

De son côté, Samino Taputai affirme aujourd'hui qu'il "n'est plus candidat et ne sera jamais plus candidat à un titre coutumier. C'est fini"dit-il.
L'ex président dénonce des "dates d'installation qui ont changé plusieurs fois à la demande de la chéfferie. C'est impensable! Ils n'ont pas même pas eu la délicatesse d'envoyer quelqu'un pour dire à notre famille que mon installation était annulée".

Quant au saccage du Fale Fono que lui reproche la rumeur publique, Samino Taputai le met au compte "de la position difficile de la chéfferie​" que personne ne comprend selon lui. "Il ne faut pas chercher à accuser ma famille" se defend-il, sous entendant qu'un affront a été fait à lui et son clan:  "c'est plutôt aux chefs coutumiers de savoir ce qu'ils sont en train de faire. Au lieu de rassembler, ils vont diviser", conclut-il.

Et il s'interroge sur sa non installation comme premier ministre: "je suis Wallisien d'une famille qui peut porter le titre de Kivalu. Mais ils ont peur de moi. Tout le monde le dit...et connait Taputai. Il parle, il reflechit et il est capable de donner des coups de poing" (sur la table).

L'ancien homme politique gaulliste fait remonter les affrontements actuels à la crise de 2005 qui avait vu s'opposer royalistes et rénovateurs au sein même des familles aristocratiques. Lui-même rénovateur, il s'était "disputé à mort avec mon frère" (resté loyaliste). Aujourd'hui il voulait la paix dit-il se posant en reconciliateur face au camp de la division...

La grande chéfferie multiplie ses réunions pour décider d'éventuelles sanctions coutumières contre les auteurs identifiés de l'acte de vandalisme du Fale Fono. Une plainte à la gendarmerie a été pour l'instant écartée.

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