Pointe-à-Pitre condamnée à payer près de 5M€ pour un éclairage public quasi inexistant

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Harry Durimel
©Eric Stimpfling
Nouveau scandale financier, à Pointe-à-Pitre. La ville doit à nouveau faire face à l'héritage de l'ère Bangou. Elle est aujourd'hui condamnée à verser près de 5 millions d'euros, au titre d'impayés à la Société Générale. En cause, un partenariat public-privé, pour l'éclairage de la ville, notamment.

Le 13 janvier 2011, la ville de Pointe-à-Pitre a signé un partenariat public-privé (PPP) avec la société S6P. Un tel contrat permet à une autorité publique de se rapprocher de prestataires privés, pour financer ou gérer un équipement destiné au service public.
Dans ce cas précis, ce PPP prévoit la construction et la maintenance d’éclairages publics, de feux tricolores, ainsi que d’un système de vidéo-surveillance, pour un montant global de plus de 30 millions d’euros. 

Pour financer l’opération, S6P a signé, le même jour, avec la Société Générale de Banque aux Antilles (la SGBA), une opération de cession escompte, basée sur les créances de la ville. Il s'agit d'une opération par laquelle la banquier achète la créance du cédant, son client, en créditant son compte du montant de ladite créance, moins les agios perçus. 

Montage financier

Sauf que la ville n'a plus pu honorer ses créances, à partir de 2015. 

Le 30 septembre dernier, Pointe-à-Pitre a été condamnée, par le tribunal administratif, à payer à la banque plus de 3,5 millions d’euros, auxquels viennent s’ajouter des intérêts. En tout, près de 5 millions d’euros. Une somme que la ville est aujourd’hui dans l’incapacité de payer.

JUGEMENT du TA Ville Pointe à Pitre vs SGBA 30 09 21

Quand nous sommes arrivés [NDLR : la nouvelle équipe municipale], il y avait 24 millions d'euros de mandats qu’on ne pouvait pas payer. Nous avons pu, cahin-caha, en payer 6 millions. Aujourd'hui, nous avons 18 millions de factures impayées et un déficit qui tourne encore autour de 75 millions d'euros, avec une capacité d'auto-financement négative. Une ville plombée ! Une ville en faillite ! Une ville qui a été pillée !

Harry Durimel, maire de Pointe-à-Pitre

Et Harry Durimel est d’autant plus en colère que la ville a déjà  dépensé 17 millions d’euros, dans ce PPP, en pure perte. Car rien ne fonctionne : l’éclairage public est défaillant, les feux tricolores inexistants et la vidéo-surveillance très aléatoire.

Chaque jour, je reçois au moins une dizaine de messages et d'appels de Pointois se plaignant que leur quartier soit dans le noir. Donc, au lieu d'une ville lumière, nous avons, à Pointe-à-Pitre une ville plongée dans es ténèbres. Et pour 22 millions d'euros. C'est cher payé la noirceur.

Harry Durimel, maire de Pointe-à-Pitre

A défaut de faire appel, devant la cour administrative de Bordeaux, Harry Durimel a déposé plainte, au pénal, devant le procureur de la République. Plainte pour favoritisme, violation du code des marchés publics et violation des règles de la comptabilité publique. Une plainte qui est aujourd’hui instruite par la Parquet National Financier.

Plainte au pénal de la ville de Pointe-à-Pitre, contre S6P


Nous vous proposons ici, une version longue de l'interview de Harry Durimel, maire de Pointe-à-Pitre, réalisée par Eric Stimpfling :

Harry Durimel, maire de Pointe-à-Pitre ©Eric Stimpfling - Guadeloupe La 1ère
Ville de Pointe-à-Pitre
©Eric Stimpfling