La grogne monte au sein de la filière pêche

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Port de pêche de La Désirade
Port de pêche de La Désirade ©Eric Stimpfling

Les marins-pêcheurs de Guadeloupe, étranglés par une conjoncture compliquée, défendront plusieurs revendications, auprès de la Région, cet après-midi. Parallèlement, une poignée d'entre eux se rapprochent du Collectif des socioprofessionnels, pour exiger le gel des prix des carburants détaxés.

Les difficultés s'accumulent, pour les acteurs de la filière pêche : la crise sanitaire et économique, les conditions météorologiques défavorables ou encore, plus récemment, la hausse des prix des carburants.
Les opérateurs réclament de l'aide.
Certains d'entre eux, las, envisagent de se mobiliser.

Les raisons de la colère

La profession doit faire face, depuis le début de l’année, à une conjonction de facteurs défavorables.

En mer, les mois de janvier, février et mars ont été marqués par des courants contraires et des conditions météorologiques difficiles. De nombreux dispositifs de concentration de poissons (DCP) ont disparu, sous la force du courant.
Les débarquements de grands pélagiques (thons z’ailes jaunes et daurades coryphènes) se sont effondrés ; certains professionnels avancent le chiffre de 70 à 80% de baisse.
C'est donc tout naturellement que les revenus des pêcheurs ont, eux aussi, diminué.

A terre, les prix du carburant détaxé se sont envolés. Le litre de super sans plomb détaxé coûte, depuis le 1er avril dernier, 1.02 euros, soit une hausse de 25 centimes en 4 mois.
Une augmentation difficilement supportable, pour la très grande majorité des pêcheurs, qui embarquent sur des navires propulsés par des moteurs hors-bord. Pour eux, une journée de pêche à la traîne consomme en moyenne 300 litres d’essence.

A cela s’ajoute des raisons structurelles. La majorité des professionnels sont en situation de surendettement, vis-à-vis des organismes sociaux (URSSAF, ENIM). Ce qui entraîne leur inéligibilité aux aides de l’Etat et de l’Europe, via le Conseil régional.
Par ailleurs, la Région peine à traiter les dossiers de financement dus au titre du plan de compensation des surcoûts (PCS) et du fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP).
Enfin, la filière demeure notoirement désorganisée à l’échelle de l’archipel : pas de coopérative maritime, absence d’unités de commercialisation, de stockage et de transformation et, par ailleurs, des ports sous-équipés et mal entretenus.

Une convergence des luttes… opportunistes

Une première réunion a eu lieu, le mardi 6 avril 2021, au Comité régional des pêches à Pointe-à-Pitre. 41 professionnels, représentants des associations locales et des syndicats, étaient présents.

Un cahier de revendications a été rédigé.
L’ensemble doit être une nouvelle discuté, avec plusieurs hauts-fonctionnaires de la Région, cet après-midi, à partir de 17 heures, à l’Espace Régional du Raizet, aux Abymes.

Cette nouvelle rencontre intervient moins de deux semaines après une matinée consacrée à la pêche, dans ses mêmes locaux du Raizet, durant laquelle Ary Chalus, le président du Conseil régional, avait présenté à la filière une batterie d’aides et de mesures, dont le montant avoisine les 9 millions d’euros.

Annonces que d’aucuns ont jugé "opportunément proches des élections régionales".

Ce matin, une dizaine de pêcheurs avec, à leur tête, Jean-Michel Landre, nouveau délégué CGT Pêche pour la Guadeloupe, a rencontré Jean-Yves Ramassamy, porte-parole du Collectif des socio-professionnels. Une réunion informelle, sous le manguier du vélodrome de Gourdeliane, à Baie-Mahault. Trente minutes d’échanges, à l’issue desquels les deux parties ont convenu d’adresser un courrier commun aux services de l’Etat, pour demander que le prix des carburants détaxés soit gelé. Les pêcheurs souhaitent un prix identique à celui de l'Hexagone, soit 65 centimes d’euros le litre.

Pour les secteurs du "bâtiment et travaux publics" et de la pêche, le combat est le même, selon Jean-Yves Ramassamy, entrepreneur du BTP et porte-parole du Collectif des organisations professionnelles de Guadeloupe" :

©Eric Stimpfling - Guadeloupe La 1ère

 

En cas d'échec des discussions de cet après-midi, avec la Région Guadeloupe, l'ensemble de la profession est déterminée à se faire entendre autrement... notamment de manière plus musclée.