La récolte 2022 sera compliquée pour la canne de Marie-Galante

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David Potony, planteur de canne à Capesterre, constate l’état de sa parcelle non récoltée en 2021. ©J. Champion
56 000 tonnes de cannes seulement sont attendues à Marie-Galante pour la campagne sucrière 2022. Une petite récolte, mais qui s’annonce difficile, particulièrement pour la coupe manuelle, en raison de l’état dégradé des parcelles non récoltées l’an dernier.

Conformément à la dernière décision prise le 23 mars en commission mixte de bassin, l’usine de Grande-Anse à Marie-Galante va ouvrir sa balance ce jeudi, 31 mars, pour recevoir les cannes qui vont permettre de réaliser la campagne sucrière 2022. Le démarrage de la coupe (notamment manuelle), qui aurait déjà dû être lancé en amont, est toutefois soumis à l’issue des discussions en cours pour répondre aux revendications des opérateurs de récolte de l’île (lire en encadré). 

56 000 tonnes de cannes en prévision  

Une chose est sûre : 2022 sera une petite campagne. Selon les prévisions de récolte arrêtées le 8 mars par les acteurs de la filière, à peine 56 000 tonnes de cannes sont attendues cette année sur île aux cent moulins. Cela représente une baisse de 23 %, par rapport aux 73 000 tonnes qui auraient dû être récoltées l’an dernier. Ce recul du volume de cannes s’explique précisément en grande partie par le déroulement inédit de la campagne 2021. 

Pour rappel, à la suite de l’arrêt brutal de la sucrerie, provoqué par l’incident technique majeur sur la chaudière, survenu le 14 avril, deux jours seulement après le lancement de la campagne, seules 29 000 tonnes de cannes avaient pu être coupées, dont plus de 24 000 tonnes transférées vers l’usine Gardel au Moule, entre le 21 mai et le 10 juillet. 44 000 tonnes de cannes étaient donc restées sur pied, sur environ 880 hectares, soit 60 % du volume espéré. Du jamais vu dans l’histoire de la filière canne à Marie-Galante. La SICAMA, coopérative des planteurs de l’île, rappelle que cette situation aurait pu être moins catastrophique, sans les 21 jours perdus pour ce transfert vers Gardel.

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Dans les parcelles non récoltées en 2021, la densité de paille et les tiges couchées vont rendre la coupe manuelle plus longue et donc plus coûteuse. ©J. Champion

 

Difficultés pour la coupe manuelle

Car les conséquences agronomiques sont là aujourd’hui : ces cannes renvoyées, qui ont aujourd’hui entre 22 et 24 mois, ont souffert et se sont dégradées. Certaines tiges ont séché, d’autres se sont couchées et ont pourri ou ont été rongées par les rats. Sans parler des herbes indésirables, comme les lianes, qui ont envahi certaines parcelles, sans accès possible pour assurer l’entretien. La paille s’est accumulée et va compliquer elle aussi la récolte, particulièrement pour la coupe manuelle, qui à Marie-Galante, reste la pratique sur plus de 80% des surfaces. 

Cémir Eloi est exploitant agricole à Saint-Louis, où il cultive la canne sur une petite surface de 30 ares. Une micro-parcelle qu’il n’a volontairement pas récoltée en 2021, étant opposé à l’envoi de la production de Marie-Galante à Gardel. Le planteur assume ce choix : sa canne n’est pas perdue, mais il sait qu’il lui faudra beaucoup plus de temps cette année pour la couper :

Cémir Eloi, planteur à Saint-Louis 

Cémir Eloi, planteur à Saint-Louis
Cémir Eloi, planteur à Saint-Louis, sait qu’il prendra beaucoup plus de temps, cette année, pour couper ses 30 ares de canne.  ©J. Champion

Effet de la sécheresse

La dégradation de ces cannes vieilles de deux ans va donc affecter les rendements à l’hectare. Mais les rendements les plus faibles, pour cette campagne 2022, sont à prévoir sur les parcelles qui, elles, ont pu être coupées l’an dernier, mais qui ont souffert ensuite de la sécheresse inattendue, survenue à partir de juin 2021, en pleine saison pluvieuse. Le manque d’eau n’a pas permis aux rejetons de pousser correctement. 

Les planteurs de Marie-Galante s’apprêtent donc à vivre une nouvelle année difficile, comme en témoignent ces deux agriculteurs de Capesterre, David Potony et Lambert Créantor : 

David Potony et Lambert Créantor, planteurs à Capesterre

A réécouter aussi en podcast, les deux numéros du magazine radio Kamannyòk, des 19 et 26 mars : « Marie-Galante : le blues des planteurs de canne »

Ecoutez le podcast

Les difficultés des opérateurs de récolte

Les principaux opérateurs de récolte de Marie-Galante ont boycotté les commissions mixtes paritaires des 8 et 23 mars, destinées à préparer la campagne 2022. Car depuis novembre, ils ont alerté, par courriers, sur leurs difficultés financières, liées à la campagne 2021, où 60 % des cannes n’ont pas pu être coupées ; d’où une perte de chiffre d’affaires évalué à près de 400 000€ au total pour ces acteurs de la filière. Confrontés à un manque de trésorerie, les opérateurs estimaient ne pas avoir les moyens de réinvestir dans l’entretien des engins, pour préparer la campagne 2022. Ils demandaient ainsi à la SRMG (Sucrerie-Rhumerie de Marie-Galante) de les indemniser, comme l’ont été les planteurs. Ayant par ailleurs du mal à payer leurs charges sociales et fiscales, ils demandaient à l’interprofession Iguacanne d’assouplir les conditions d’obtention de l’agrément pour la récolte 2022. 

Une délégation d’Iguacanne a fini par se rendre sur place, ce lundi 28 mars, pour rencontrer les sept opérateurs agréés de l’île. Ce mercredi, ils devraient être reçus par les dirigeants de la SRMG. Outre la question de l’indemnisation de leur manque à gagner, les opérateurs réclament un paiement de leurs prestations (géré par l’usine, et déduit sur le prix de la canne payé aux planteurs) à la fin de chaque quatorzaine, et non plus 45 jours plus tard. 

Ces discussions retardent le démarrage de la récolte. Les premiers bons de coupe auraient dû être délivrés vendredi dernier, pour permettre à la sucrerie de recevoir suffisamment de cannes jeudi, à l’ouverture de la pesée, et commencer le broyage vendredi. Mais ce calendrier risque d’être différé de quelques jours…