Papiers d’Identité # "Nous, les nègres "

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Nous, les Nègres
Cette semaine, notre chronique littéraire ‘’Papiers d’Identité’’ nous emmène vers une œuvre qui ne prend pas une ride.
’Nous les Nègres’’ est une série d’entretiens publiés aux Editions la Découverte. 
Cet ouvrage retranscrit des interviews réalisées en 1963 aux Etats Unis. 3 hommes et 3 visions de l’approche de la question des Noirs aux Etats Unis.
La Non violence de Martin Luther King, la radicalité de Malcom X et enfin la sincérité et l’intelligence de James Baldwin..
Papiers d’identité nous replonge dans un combat qui a cours encore, dans l’Amérique d’aujourd’hui.

Christelle Martial

 
La question de l’oppression et de la violence qu’elle suscite est toujours présente, dans le tiers monde comme dans les cités ghettos des métropoles de l'Amérique du Nord. D’où l’intérêt de lire (ou relire) aujourd’hui ces entretiens, diffusés en 1963 par une chaîne de télévision américaine, avec trois des figures marquantes des mouvements noirs américains des années 1960 : l’écrivain James Baldwin (1924-1987), « déchiré, intelligent et passionné, qui comprend tout et pardonne beaucoup » ; le « ministre » Malcolm X (né en 1925 et assassiné le 21 février 1965), leader des Musulmans noirs qui « ne comprend plus et ne veut plus comprendre personne » ; et le pasteur Martin Luther King (né en 1929 et assassiné le 4 avril 1968), adepte de la non-violence et de l’amour de l’adversaire. 
Malcom X
Pour Robert Gauthier du "Monde Diplomatique" :

La discordance était évidente entre les trois déclarations. A une extrémité de la chaîne, le pasteur et ses fidèles. Formés aux disciplines de la « résistance non violente » ils se flattent d’obtenir progressivement par des méthodes pacifiques leur intégration politique. A l’autre bout, les Musulnzans noirs, retranchés dans leur méprisante ségrégation et engagés dans la lutte pour la sécession. Entre les deux des intellectuels « intégrés » qui, sensibles à la révolte de leurs frères de couleur et sentant venir le combat, ne s’en estiment pas moins d’abord Américains.


En 2012, éclairé par l'élection de Barack Obama à la présidence des Etats Unis, un éditeur disait de l'ouvrage, 50 ans après sa parution : 
"Trois trajectoires édifiantes sur cette Amérique qui n’a de fait toujours pas cessé de construire autour des noirs ses murs terrifiants. Malcom X avait sans doute raison, sans doute la lutte aurait-elle dû être plus radicale que ne le voulait Luther King. Reste le témoignage plus mesuré et superbement émouvant de Baldwin, évoquant la schize dans laquelle on verrouille les mentalités noires : ils étaient américains, oui mais, bien qu’ils étaient là par la volonté des blancs, et bien qu’ils ne pouvaient plus être ailleurs, là où ils étaient, les blancs n’en voulaient pas. Baldwin interrogeant une société capable de produire cinq agents de police battant une femme à mort dans les rues d’une grande ville : "cette société a accepté d’être monstrueuse". Superbe plaidoyer du même enfin, non pour contraindre l’état américain à s’engager moralement auprès des noirs, mais auprès de la nation américaine elle-même. "On ne peut pas survivre à tant d’humiliations sociales" Obama ferait bien de l’entendre de nouveau, tant la situation des noirs d’Amérique est restée douloureuse. "

 Papiers d’identité # "Nous, les nègres" : En rediffusion ce soir sur L'antenne radio de Guadeloupe La 1ère