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Alerte Guadeloupe

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Le SDIS, tous azimuts.

Les pompiers de Guadeloupe sur le pied de guerre. L’archipel étant exposé à plusieurs risques majeurs, ils se forment, s’équipent et adaptent leurs actions préventives à la réalité du territoire. Un des messages prioritaires : « chaque Guadeloupéen doit être acteur de sa sécurité ».
 

© Nadine FADEL/
© Nadine FADEL/
  • Par Nadine Fadel
  • Publié le , mis à jour le
Pour ce qui est du cadre réglementaire, les missions du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) sont définies dans le code général des collectivités territoriales, dont l’article L1424-2 dit que les pompiers ont pour « mission exclusive la prévention, la protection et la lutte contre l’incendie ». Ils sont donc seuls à devoir faire face aux incendies.
En revanche, ce même article stipule que le SDIS « participe à l’évaluation et à la prévention des risques technologiques ou naturels, avec les autres services et professionnels concernés ». La réponse aux risques majeurs est ainsi le fruit d’un travail collectif.
Les pompiers, dans ce cadre, interviennent en amont, pendant les évènements dangereux et après la crise.
En termes de prévention, leur double difficulté est de devoir se préparer, en tant que professionnels, tout en accompagnant la population dans la mise en œuvre de sa propre sécurité.

Entretien « Alerte Guadeloupe », avec le Lieutenant-Colonel Didier VALMY-DHERBOIS, chef du groupement « prévention / prévision » du SDIS Guadeloupe.
 

« En prévention des phénomènes majeurs, le SDIS fait l’acquisition du matériel nécessaire, forme son personnel et organise des exercices régulièrement. Autre mission : informer et préparer la population. »

Alerte Guadeloupe : La Guadeloupe étant un territoire particulièrement exposé aux risques, les pompiers s’organisent-ils de manière spécifiques ?

LCL Didier VALMY-DHERBOIS : Oui. Les documents légaux, tels que le DDRM* et le DICRIM*, dans lesquels sont pris en compte les risques, prévoient l’acquisition du matériel nécessaire au SDIS et la préparation des personnels, via des formations spécifiques.
Par exemple, pour faire face au risque sismique, des spécialistes ont été formés au sauvetage/déblaiement ; ils sauront, le moment venu, conforter des bâtisses fragilisées et permettre le sauvetage des personnes. On a aussi des équipes cynotechniques (avec des chiens) aptes à rechercher des personnes ensevelies. Ces spécialités (il y en a d’autres) sont réparties sur l’ensemble du département. Par ailleurs, dans le Sud Basse-Terre, les pompiers sont sensibilisés au risque volcanique ; quant à la conduite à tenir, elle est précisée dans le « Plan ORSEC volcan »** qu’il suffit de décliner.
Les pompiers qui ont des compétences particulières se réunissent régulièrement, pour des modules de perfectionnement et de maintien des acquis.
Quand le risque est prévisible, du personnel et des moyens sont pré-positionnés là où il y a des besoins, sur le territoire ou sur les îles voisines. Sinon, ils sont déployés après l’évènement.
Autre travail préventif important que nous faisons : des exercices.
Les phénomènes majeurs ne surviennent pas tout le temps mais, quand ils arrivent, ils engendrent de gros dégâts. Il faut s’y préparer, notamment par des simulations.

A.G. : Les pompiers doivent s’y préparer… mais la population aussi ! D’où les actions de sensibilisation que vous proposez aux Guadeloupéens ?

LCL D.V.D. :
Absolument ! Il y a une conduite à tenir avant, pendant et après l’évènement majeur. 
C’est ainsi que nous participons à l’information et à la préparation de la population face aux risques naturels. Tout au long de l’année, nous convions les Guadeloupéens à des conférences, à notre initiative ou à celle de collectivités, d’associations, d’acteurs privés ou publics.
Les médias peuvent également nous aider à véhiculer nos messages de prévention.
L’information préventive concerne aussi, de longue date, les établissements scolaires ; nous savons qu’elle atteint le foyer de chaque élève. Mais nous ne les sensibilisons que sur les risques qui les concernent ; donc on n’aborde pas, avec eux, le risque cyclonique, parce qu’en cas de cyclone, les établissements sont fermés. En revanche, on évoque les risques sismique, de tsunamis, ou d’inondation, qui peuvent survenir à tout moment.
Enfin, nous accentuons nos messages quand, lors d’un évènement, les personnes n’ont pas réagi conformément aux consignes qui devaient être appliquées.

VIDEO chapitre 1/ Les actions de prévention du SDIS, face aux risques majeurs :
- auprès de la population ;
- et au sein des casernes de pompiers.
Actions préventives.
 

« Pendant le phénomène, deux consignes principales : écouter les informations et ne pas se mettre en danger. »

A.G. : Pendant l’évènement, le travail préventif que vous avez mené doit porter ses fruits : la population ne doit pas se mettre en danger.

LCL D.V.D. :
Lors des conférences, nous disons à la population d’être attentive aux messages des autorités, en cours d’évènement. Cela sous-entend que l’on a pensé à s’équiper d’une radio à piles, pour écouter les informations. C’est ainsi que l’on apprendra quelle est l’évolution du phénomène (risque cyclonique ou d’inondation), si une évacuation est préconisée (risque volcanique) et/ou quelles sont les consignes de la préfecture. Ainsi chacun adaptera son comportement. Il faut surtout ne pas prendre de risque.

A.G. : A contrario, pour vous, professionnels de secours, intervenir n’équivaut-il pas à vous mettre en danger ?

LCL D.V.D. :
Même les pompiers, nous sommes amenés à nous confiner. On doit se protéger aussi. En cas de cyclone, en fonction de son intensité, les pompiers peuvent ne pas pouvoir sortir. Là, c’est compliqué. Il y a des demandes de secours. Elles sont analysées et, malgré tout, ça arrive que l’on sorte.
En 1989 , par exemple, pendant le cyclone Hugo, lorsque qu’un incendie s’est déclaré à Carénage, on a estimé qu’il fallait y aller. Sinon, on se serait retrouvé avec des morts. Alors les pompiers sont intervenus, mais en prenant beaucoup de risques.

VIDEO chapitre 2/ Quid des possibilités du SDIS, pendant les phénomènes ?
Pendant un phénomène.

« Après un évènement majeur, engendrant de gros dégâts, les services seront désorganisés. Nous le savons. Et il faudra un temps d’évaluation, avant la moindre action. »

A.G. : Quand la catastrophe a eu lieu, c’est là qu’il y a le plus à faire ?

LCL D.V.D. :
Pour le SDIS, oui ! Après l’épisode, nous déployons les moyens matériels et humains prévus dans les plans de préventions, en fonction du risque survenu. Quand ces moyens départementaux ne sont pas suffisants, la préfecture fait appel à des renforts régionaux (de la Martinique ou de la Guyane), voire à des aides nationales ou européennes. Mais heureusement, nous avons quand même des centres de secours bien répartis sur tout le département, donc il y aura des secours de proximité. Tout est une question d’organisation, alors que des demandes affluent de partout. On est conscients qu’en cas de risque majeur, avec de gros dégâts, comme on en a peu chez nous, on sera désorganisés. Il faudra un temps pour constater, avant d’agir, en fonction de l’accessibilité des différents sites.
Par ailleurs, s’il s’agit d’un cyclone que nous, pompiers, avons vécu en caserne, il faut bien se rendre compte que nous ne savons pas dans quelles situations sont nos familles. Idem, en cas de séisme, où, de là où nous sommes, nous devons rejoindre notre caserne, voire la caserne la plus proche. Cet aspect psychologique est aussi à prendre en compte.
Les plans trouvent, là aussi, toute leur importance. Ce sont des guides.
 

« En territoire exposé, il est essentiel que les Guadeloupéens se forment aux gestes de premiers secours. »

A.G. : De nombreux enseignements ont été tirés du triste épisode Irma, en septembre 2017. On a notamment pu constater les limites des secours dans les îles du Nord. Une des parades ne serait-elle pas d’inciter chaque citoyen à être acteur de sa propre sécurité ?

LCL D.V.D. :
Face à un risque majeur, à l’ampleur des dégâts occasionnés et au nombre de personnes à secourir, les moyens des sapeurs-pompiers peuvent être insuffisants. C’est la raison pour laquelle, la loi du 13 août 2004 de modernisation de la sécurité civile veut que le citoyen soit au cœur de la sécurité civile. Elle demande à tout citoyen, dès le collège, de se former aux gestes de premiers secours. Comme sur les premières heures, voire les premiers jours, les moyens ne seront pas suffisants, il faudrait que chacun puisse dispenser les premiers soins aux personnes de son environnement proche. Il y aura des blessés légers ou graves à gérer. Le PSC1*** permettra à chacun d’agir, en attendant que les secours arrivent.
On peut s’adresser, pour être formé, au organismes publics et associations agréées "sécurité civile", (la liste des prestataires est consultable en préfecture****).

VIDEO chapitre 3/ Après l'évènement, risque de désorganisation des secours... mais possibilité, pour chacun, d'agir !
Après le phénomène.
POUR ALLER PLUS LOIN /

* Tout sur les documents légaux, dans cet article Alerte Guadeloupe : « Les autorités organisent / La population s’informe »

**  Tout sur le Plan ORSEC volcan, dans cette interview exclusive Alerte Guadeloupe : « Face aux menaces du volcan, les autorités ont un plan ! »

*** Le PSC1, certificat prévention et secours civiques de niveau 1, est la formation de base aux premiers secours en France. 

**** En Guadeloupe, il existe actuellement quatre organismes et neuf associations agréées pour l'enseignement et la pratique du secourisme.
Liste à consuter sur le site de la préfecture : CLIQUER ICI.

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