Naufrage au large de Kourou : une des victimes raconte son calvaire

faits divers
Naufrage au large de Kourou : une des victimes raconte son calvaire
©DR / Police Civile de l'Amapá
Les circonstances du chavirage d'une pirogue, samedi soir, au large de la Guyane se précisent. L'une des survivantes, une jeune femme Brésilienne, témoigne des dangers du périple et du drame.

Samedi 28 août, il est aux environs de 14h lorsque la pirogue quitte l’embarcadère d’Oiapoque. Neuf heures plus tard, ballotté par les vagues, le navire chavire, en mer, entre l‘Approuague et l’Oyapock. La vingtaine de passagers (des migrants d'origine brésilienne) tombe à l’eau dans une mer rendue dangereuse par la houle et les courants.

 

Parmi les 4 rescapés (bilan provisoire), une jeune femme brésilienne. Encore en état de choc, elle raconte ses heures de calvaire, seule en mer.

« Quand nous avons pris le bateau avec mon amie, une jeune fille, cela a été très difficile. Elle n'a pas l'habitude de faire des vrais repas. Elle n'était déjà pas très bien au départ. Nous ne connaissions personne sur le bateau. Plusieurs venaient de Santa Helena (une municipalité brésilienne située dans l'État du Maranhão.). Mon amie vomissait beaucoup. Elle vomissait sans arrêt. Elle pleurait, elle criait. »


En mer, les difficultés s'accumulent. « L’eau était froide. Nous avions peur. La mer était très forte. J'étais l'une des rares à avoir un gilet. C'est pour cela que j'ai peur pour les autres qui n'en avaient pas. J'espère qu'ils sont encore vivants. On ne peut pas rester en mer quatre jours sans boire ni manger

Quatre jours seule en mer


Dans la soirée, l'embarcation est chahutée par les vagues. « Les passagers ont commencé à crier, à paniquer. La marée était très forte. La mer s’est déchaînée. J'ai beaucoup prié dieu pour rester en vie. L'eau a commencé à entrer, puis il y a eu une forte vague et tout s'est effondré », raconte la rescapée.

Le navire prend rapidement l'eau. « Nous avons coulé d'un seul coup et tout le monde est tombé dans la mer. Ma tête a heurté quelque chose. Je n’ai plus rien vu. Je ne voyais plus les gens. Je ne voyais plus rien. J'ai dû boire de l'eau salée. J'ai dérivé pendant des heures, des jours et des nuits sans pouvoir dormir, dans cette immensité d'eau, sans voir personne.»

Naufrage au large de Kourou : une des victimes raconte son calvaire
La photo de la pirogue au départ à Oiapoque prise par l'un des passagers. ©ZAP Notícias AP

 

La jeune femme regrette d'avoir pris part à ce voyage. Une expédition, qui ,très vite, aurait pris une mauvaise tournure. «A Oiapoque, le pilote a fait monter beaucoup de personnes dans le bateau. Plusieurs personnes nous avaient conseillé de ne pas partir, même les pêcheurs que nous avons croisés sur le fleuve. Mais le pilote, lui, il a dit qu’il voulait quand même y aller. Il y a eu une vilaine dispute entre lui et un assistant car nous avons remarqué qu'il ne savait pas naviguer en mer. J'ai eu peur. Il ne naviguait pas bien. Les vagues étaient trop fortes.  »

Les famille des victimes toujours sans nouvelles


Victória habite Macapá. Elle est la petite amie d’un des disparus, Joao. Elle n’a plus de nouvelles depuis samedi en début de soirée. Par le biais des les réseaux sociaux, la jeune femme tente d’avoir des informations.

« Deux jours après le naufrage, nous, les familles, nous nous sommes regroupées et, avec l'aide de propriétaires de bateau, nous avons débuté des recherches. Quatre jours plus tard, nous avons appris qu'une femme avait été retrouvée vivante près de Kourou. »

Victória, petite amie d'un des disparus


Aujourd’hui Victoria et les membres des familles des autres victimes savent que des rescapés et des corps ont été retrouvés. « Nous ne savons pas qui sont ces personnes retrouvées, nous n'avons pas eu d'autres informations. Il doit y avoir encore des rescapés. Ces personnes doivent être retrouvées et sont toujours sur une île ou une forêt, affamées et assoiffées, attendant de l'aide ! »

Le bilan provisoire fait état pour l'instant de 4 rescapés et 3 noyés. Dix-huit personnes sont toujours portées disparues. La Police Civile d'Oiapoque collabore toujours avec la gendarmerie française pour l’identification des victimes par les proches.